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Egypte : Morsi, du super président au super dictateur?


International
Vendredi 23 Novembre 2012 - 18:00

Près de 6 mois après sa victoire électorale, le président islamiste Mohammed Morsi sort grand vainqueur de la crise à Gaza et de la bataille diplomatique qui s’est jouée dans les coulisses. Tous les yeux des observateurs étaient tournés vers le Caire, haut lieu historique de la médiation dans le conflit israélo-palestinien. Morsi a plus ou mois été le chef d’orchestre des négociations. 24 heures avant la signature de la trêve, le président égyptien annonçait déjà l’obtenir dans la soirée. Il a été félicité tant par Washington que Paris.


Egypte : Morsi, du super président au super dictateur?
Au centre du jeu politique régional et international, c’est lui qui a obtenu la cessation des hostilités. Sans remettre en cause les accords de paix avec Israël, Mohammed Morsi n’a pas tardé à rappeler son ambassadeur après l’assassinat du leader du Hamas Ahmad al Jabari. Autre action hautement symbolique, l’envoi du Premier ministre égyptien Hicham Qandil dans la bande de Gaza le 16 novembre dernier. Un effort reçu positivement par la société égyptienne solidaire de la cause palestinienne. Des prises de positions qui tranchent avec la politique de complaisance menée pendant plusieurs décennies par le raïs déchu Hosni Moubarak. Pour le spécialiste du Proche Orient, Dominique Vidal, la position de Mohammed Morsi n’est pas une surprise.

« C’est la conséquence des changements en Egypte et dans la région, à travers ce qu’on a appelé le Printemps arabe. Vous avez aujourd’hui des dirigeants qui sont eux-mêmes plus à l’écoute de leur population, dont le soutien aux Palestiniens est constitutif de leur identité »

Des évolutions politiques qu’Israël aurait, selon Dominique Vidal, sous-estimé en lançant une offensive sur Gaza. Israël se retrouve isolé et perd son allié historique égyptien.Les contraintes liées au rôle de l’armée, à son financement par les Etats-Unis, aux traités de paix avec Israël, laissent des marges de manœuvres au président Morsi.

« Une paix chaude peut se transformer en paix froide », souligne Dominique Vidal.

Morsi sort évidemment renforcé sur le plan régional et international. Mais qu’en est-il sur le plan intérieur? Les Egyptiens plébiscitent depuis longtemps une révision de la politique menée à l’égard du voisin israélien. Une grande partie de la population a donc été satisfaite des prises de positions du président islamiste.

Un régime au dessus des lois

Mais il ne faudrait pas que le super président se transforme en super dictateur…Une crainte alimentée par la déclaration constitutionnelle du président dans la soirée du 22 novembre. Une déclaration de 7 articles qui lui confère davantage de pouvoirs. Il a dans le même temps limogé le puissant procureur général du pays. La Haute cour constitutionnelle est clairement visée. La même qui a, à deux reprises, annulée les décisions du président islamiste. En juin dernier, elle s’était opposée à la volonté de Mohammed Morsi de rétablir le parlement que le tribunal avait dissous. En octobre, les juges ont poussé Mohammed Morsi à faire marche arrière quant à sa volonté de pousser le procureur général à démissionner.

« Le président peut prendre toute décision ou mesure pour protéger la révolution », a déclaré son porte-parole, Yasser Ali

Morsi, le pharaon

L’article 2 protège les décrets présidentiels pris depuis le 30 juin dernier de toutes remise en cause ou contestation. Ces lois et décrets sont « définitifs » et « exécutoires » et ne peuvent pas être contestées. Et cela même devant une instance judiciaire. Idem pour le Conseil de la Shura [chambre haute du parlement] ou l’Assemblée constituante, par ailleurs dominés par les islamistes. La justice ne peut pas ordonner leur dissolution. L’article 3 va plus loin en s’attaquant à la fonction du procureur général qui doit, selon l’article, être nommé par le président de la République pour une période de quatre ans.

Les partis libéraux et l’opposition ont rapidement réagi à une déclaration assimilé à une loi martiale, que 52% des votants égyptiens ne peuvent acceptés.

Morsi profiterait de son « capital légitimité » à l’internationale pour se débarrasser du procureur général et parfaire le contrôle des rouages de l’Etat. Plusieurs forces politiques ont appelé à des manifestations de masse sur la place Tahrir ce vendredi contre la déclaration constitutionnelle émis par le président Morsi.

Nadéra Bouazza
Mamoudou Kane


              

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