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Egypte : Les Frères musulmans incapables d'arrêter le chaos


International
Jeudi 7 Février 2013 - 12:45

De nouveaux groupes violents s'en prennent aux symboles du régime islamiste égyptien. Sans réelle expérience politique, les Frères musulmans répondent par une dure répression qui rappelle celle de l'ancien régime.


Un dessin de Capdevila.
Un dessin de Capdevila.
Les récents affrontements entre les manifestants et la police ont fait 46 morts et plusieurs centaines de blessés. Il y a deux ans, à la même époque, 7 manifestants avaient été tués. Par ailleurs, la nouvelle dynamique de la contestation égyptienne est illustrée par le battage médiatique autour de l’apparition de deux groupes : Black Bloc et Public Army, qui appellent ouvertement à la violence face aux échecs répétés des tentatives visant à atteindre des objectifs révolutionnaires.

Ces deux groupes proclament que les Frères musulmans ne satisferont aux revendications de l’opposition que si elles s’accompagnent de manifestations violentes de la population. Ils demandent également que soient rejugés tous ceux qui ont été accusés d’avoir tué des manifestants et ont été acquittés.

"Ces nouveaux groupes violents doivent être totalement rejetés"

Depuis que la désobéissance civile a commencé à tourner à l’émeute, les paroles apaisantes du régime n’ont guère d’effet. Selon Mustafa Al-Sayed, professeur de science politique à l’Université américaine du Caire, la situation est dangereusement tendue. "L’histoire des révolutions précédentes montre que l’usage de moyens pacifiques est la seule manière d’atteindre des objectifs révolutionnaires. Ces nouveaux groupes violents doivent être totalement rejetés."

Pour lui, la désobéissance civile pacifique est la démarche la plus efficace pour mener des revendications révolutionnaires. "Les Frères musulmans, ou plutôt les islamistes en général, manquent d’expérience politique", souligne-t-il. "Ils ont été en prison pendant des années et sont incapables de faire face aux vrais problèmes."

L'Etat mis en cause

Le journaliste Mustafa Bakri impute au président Mohamed Morsi et aux Frères musulmans la responsabilité de l’actuelle montée de violence. Selon lui, ils utilisent les mêmes tactiques que le régime Moubarak. "Les Egyptiens se rendent compte que Morsi sert davantage les intérêts des Frères musulmans que les leurs", explique-t-il.

De nombreux organes de l’Etat sont mis en cause et les poursuites contre des journalistes et des présentateurs de télévision accusés d’avoir insulté le président sont le signe d’une nouvelle atteinte à la liberté de la presse. "Ces tactiques répressives, qui incluent l’intimidation des journalistes, sont une réplique exacte des mesures de l’ère Moubarak."

Mustafa Bakri ne prend pas au sérieux les menaces islamistes d’exercer des représailles. "Ils se sont déjà aperçus qu’ils étaient incapables de faire quoi que ce soit. S’il leur prenait l’idée de faire appel à leurs milices, ils seraient confrontés au peuple tout entier. Quelques milliers d’hommes ne peuvent faire face à 90 millions de personnes."

Emad Gad, analyste au Centre des études politiques et stratégiques d’Al-Ahram, perçoit une lueur au bout du tunnel, "mais, pour que les affrontements prennent fin, dit-il, il faudra que le président Morsi satisfasse aux quatre conditions posées par le Front du salut national [l'opposition] : ouverture d’un large et véritable dialogue national, formation d’un gouvernement de salut national, amendement de la Constitution et abrogation des nouvelles lois électorales. Pour donner au peuple la garantie que le dialogue national sera sérieux, il doit notamment limoger le gouvernement en place, y compris le Premier ministre, Hicham Kandil”. "S’il n’agit pas maintenant, ajoute l’analyste, l’Egypte risque de connaître une nouvelle spirale de violence.”

Reem Leila
Pour Al Ahram Weekly
Mamoudou Kane


              

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