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Égypte : La charia exclusive ne nourrit pas son peuple


Lu sur le web
Mardi 2 Juillet 2013 - 13:57

Cri de colère du Prix Nobel de la paix, l’Egyptien Mohamed El-Baradei, contre l’état de déliquescence de son pays et l’incompétence des dirigeants islamistes.


Deux manifestants brandissent un drapeau égyptien lors du rassemblement anti-Morsi au Caire, le 30 juin - Photo AFP.
Deux manifestants brandissent un drapeau égyptien lors du rassemblement anti-Morsi au Caire, le 30 juin - Photo AFP.
Deux ans après la révolution qui a chassé Hosni Moubarak du pouvoir, l’Egypte est un Etat en déliquescence. Selon l’indice des Etats en faillite, nous sommes passés de la 45e place, un an avant la chute du dictateur, à la 31e. Je n’ai pas regardé où nous en étions dernièrement parce que je n’ai pas envie de déprimer davantage. Mais les preuves de cette aggravation sont autour de nous.
 
Nous assistons aujourd’hui à une érosion de l’autorité de l’Etat égyptien. Il est censé assurer la sécurité et la justice. Mais l’Etat de droit est en voie de désintégration. En 2012, les meurtres ont augmenté de 130 %, les vols de 350 % et les enlèvements de 145 %, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Des gens se font lyncher en public sous les yeux de passants qui s’arrêtent pour prendre des photos. Nous sommes au XXIe siècle, pas pendant la Révolution française. Résultat, les gens pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Et naturellement cette situation crée beaucoup de peur et d’angoisse. On ne peut pas demander à l’économie égyptienne de fonctionner normalement dans ces conditions. Egyptiens ou étrangers, ceux qui ont de l’argent n’investissent pas. Lorsque l’Etat de droit n’est plus respecté, lorsque les institutions ne fonctionnent plus et que vous ne savez pas ce qui peut se passer le lendemain, il est naturel de rester prudent. 
 
Résultat, les réserves de devises étrangères sont épuisées, le déficit budgétaire s’élèvera à 12 % du PIB cette année et la monnaie perd de sa valeur. Près d’un quart des jeunes Egyptiens se lèvent le matin et restent désœuvrés toute la journée. Dans tous les domaines, les facteurs économiques fondamentaux sont dans le rouge. Au cours des prochains mois, l’Egypte risque de se trouver en cessation de paiement de sa dette extérieure. 
 
"Ces gens n’ont pas les compétences pour gouverner"
 
Le gouvernement tente désespérément d’obtenir une ligne de crédit ici ou là, mais ce n’est pas ainsi qu’il relancera l’économie. L’Egypte a besoin d’investissements étrangers, d’une politique économique cohérente, d’institutions efficaces et de main-d’œuvre qualifiée. Le gouvernement égyptien n’a toujours pas réussi à proposer une vision globale, il ne prend que des mesures économiques ponctuelles sans maintenir de cap ferme. En décembre, il a adopté un plan d’austérité pour se conformer aux exigences du Fonds monétaire international (FMI) et l’a suspendu le lendemain. Pendant ce temps, les prix grimpent en flèche et la situation devient intenable, notamment pour près de la moitié de la population qui vit avec moins de deux dollars par jour. Le pouvoir exécutif ne sait tout simplement pas comment diriger le pays. Ces gens n’ont pas les compétences pour gouverner. 
 
Cela fait des mois que l’opposition rappelle au président Morsi que l’Egypte a besoin d’un gouvernement compétent et impartial, au moins jusqu’aux prochaines élections législatives. Nous avons besoin d’une commission pluripartite pour amender la Constitution, dont à peu près tout le monde s’accorde à dire qu’elle ne garantit ni un bon équilibre des pouvoirs, ni les droits et libertés fondamentales. Nous avons besoin d’une coopération politique entre partis établis – y compris ceux de sensibilité islamique – et les Frères musulmans, qui représentent probablement moins de 20 % de la population. Ces recommandations n’ont pas été entendues. Le gouvernement perd également du terrain car, en dépit de ses beaux discours, il s’est révélé incapable de tenir ses promesses. Les gens veulent de la nourriture, des soins, de l’éducation, autant de choses que les Frères musulmans ne leur ont pas apportées. On ne peut pas se nourrir de la charia. 
 
Les Egyptiens disent aujourd’hui quelque chose d’encore impensable hier : ils réclament le retour de l’armée. Nous pourrions également assister à une révolte des pauvres, ce qui serait désastreux. Il y a pire qu’un Etat en déliquescence, et je crains que l’Egypte soit à la veille de le découvrir.

Mohammed El-Baradei
Pour Foreign Policy
Lu sur courrierinternational.com
Mamoudou Kane


              

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