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Education nationale: L'autel des sacrifices


Société
Samedi 22 Décembre 2012 - 19:30

6% de taux de réussite au baccalauréat en moyenne depuis plus de dix ans. Une tendance impulsée par des réformes en série sans queues ni têtes, et la question des langues d'enseignements sacrifiant génération sur génération. Panorama d'une machine à sacrifices.


Des élèves avec d'insurmontables lacunes en français autant qu'en arabe
Des élèves avec d'insurmontables lacunes en français autant qu'en arabe
Après l'espoir né des 46% (critiqués) de l'an passé, on aura vite déchanté avec un nouveau taux à un chiffre, plus conforme à la réussite bachelière de ces dix dernières années. Un échec persistant, régulier du système éducatif mauritanien, qui n'engage bizarrement pas encore de réelle volonté politique de prendre ce problème (doux euphémisme) à bras le corps.

Même si le nouveau président, Mohamed Ould Abdel Aziz, laisse présager dans son programme politique une possible (r)évolution nette du système éducatif, cœur de l'unité nationale dont il se prévaut. «Pour consolider l’unité nationale, il est impératif d’unifier l’enseignement dans le respect des nos identités arabe et négro-africaine et de notre volonté à demeurer ouverts au monde.

Dans cette optique, une large concertation sur notre système éducatif regroupant toutes les composantes de notre société sera menée dans le cadre d’états généraux de l’éducation qui seront organisés à cet effet.» est-il écrit dans le programme de Mohamed Ould Abdel Aziz. Avec des objectifs à court et moyen termes bien définis. Des objectifs techniques et détaillés (revaloriser la place de l'enseignant, revaloriser les bourses d'études techniques, formations en adéquation avec les besoins de la vie active) sur les façons d'améliorer le système éducatif du pays. Tous plus louables et probablement importants les uns que les autres; mais pas un mot sur la pierre angulaire des échecs répétés du système mauritanien, le choix d'une langue d'apprentissage, unificatrice, à savoir le français. Entre arabe, français et langues nationales, les élèves se sont perdus depuis belle lurette dans les limbes de l'éducation nationale.

La réforme des «riennistes»

Le changement majeur de la dernière réforme est le retour à un enseignement unifié, mettant fin aux anciennes filières arabes et bilingues qui divisaient le pays. Aujourd’hui, les disciplines littéraires (histoire-géographie, éducation civique, philosophie…) sont enseignées en arabe et les disciplines scientifiques (mathématiques, sciences naturelles, physique…) en français. Une autre forme de schizophrénie sociale et culturelle en fin de compte. La génération «arabisée» s’est retrouvée en grande partie «sacrifiée»; en effet le manque de débouchés des bacheliers arabophones vis à vis des universités étrangères a pointé une insuffisance du système.

L'université de Nouakchott n’offrant pas encore de troisième cycle à ses étudiants, ceux-ci doivent poursuivre leurs études à l’étranger, or un mauvais niveau de langue en français ferme bon nombre de portes… D'autant «qu'un médecin ou un ingénieur formé en arabe doit travailler avec des documents généralement en français». Aujourd’hui, la réforme a atteint la seconde année du secondaire. Tous les élèves du fondamental ont donc suivi l’enseignement arabe (langue de culture) et français (langue scientifique). Mais les enseignants déplorent le niveau linguistique des élèves, tant en arabe qu’en français. Certains diront même qu’avant, au moins, le système formait des arabisants ou des françisants, maintenant il y a des «riennistes»...

Des bacs vidés de leur essence

En réalité, la plupart des spécialistes de l'éducation mauritanienne pointe du doigt les différents plans d'éducation successifs particulièrement le dernier. «Le plan décennal de 2001 à 2010 n'a pas porté ses fruits, après 6 ans d'action. Le système s'est effrité. Face à cela, une solution nationale s'impose, qui doit nécessairement dépasser le cadre du Ministère de l'éducation nationale, parce que c'est une affaire d'état tout simplement.» expliquait déjà il y a deux ans, Thierno Fall directeur des établissements Al Baraka. «Dans son état actuel, le baccalauréat mauritanien est un examen de sélection excessivement rigoureuse, dans le mauvais sens du terme, qui ne correspond donc plus à rien» continue-t-il.

Selon la plupart des professeurs entretenus, le baccalauréat devrait se présenter sous la forme d'un test de niveau, sanctionnant logiquement une année scolaire. «On ne recherche pas l'élite au bac, on cherche juste à savoir si un élève a le niveau moyen pour accéder à des études supérieures. Le bac est trop chargé au niveau des matières. Il n'est pas difficile au sens de la qualité, mais il est trop complexe: il y a tellement de matières que l'élève s'y perd. Il faudrait donc ramener chaque série à son essence.» rapporte l'un d'eux.

Cette complexité découlerait de la suppression de l'oral au baccalauréat; celle-ci a été compensée par le fait que toutes ces matières orales ont été reportées à l'écrit. Sans tenir compte des conséquences manifestes qui ne manqueraient pas de ressortir, comme par exemple de voir un élève avoir un baccalauréat C sans avoir eu la moyenne en mathématiques ou en physique. Ou avoir la moyenne en français et philosophie pour le bac A, mais ne pas avoir le diplôme. Une aberration donc. Le niveau des épreuves est resté le même depuis 1979 à aujourd'hui, malgré les réformes et le temps. «C'est donc le niveau des élèves qui a chuté, essentiellement du fait des mauvaises réformes entreprises. On doit remettre le bac à niveau pour arriver à un taux de réussite minimum de 45%. Actuellement on donne à l'élève l'illusion que le bac ne peut être obtenu qu'irrégulièrement.» concluait Thierno Fall.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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