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Edition littéraire: La traversée du désert


Culture
Jeudi 5 Janvier 2012 - 09:52

Plus de cinquante ans après son indépendance, la Mauritanie n’a toujours pas de maison d’édition malgré l'effervescence dans laquelle baigne sa littérature ces dernières années.


Yahya Ould Rajel
Yahya Ould Rajel
«Il est désolant de constater que la majorité des hommes de lettres se tournent vers l’étranger pour se faire éditer, même si les conditions d’édition là-bas sont souvent couteuses et très sélectives» affirme le conteur Yahya Ould Rajel. Un vrai parcours du combattant pour les auteurs les plus patients et les plus tenaces. Une dure réalité qui fait dire au conteur et guide que «toutes les questions culturelles sont reléguées au second plan». Ce conteur a pris part en novembre dernier au Festival International du Conte et de la Parole, dont le leitmotiv était la réhabilitation et la pérennisation des valeurs de la société mauritanienne. En d'autres termes, comment faire en sorte de continuer à la diffuser dans l'avenir, au-delà de l'oralité. Si la solution de l'édition s'avère évidente, celle-ci est quasiment impossible pour le moment.

En Mauritanie, l’art du conte est confronté selon Rajel, au manque de structure d’édition, de rentabilité, de difficultés de la collecte et de moyens techniques, ajoutant qu’il est «plus difficile d’éditer que de collecter les contes traditionnels, alors que c’est l’inverse qui devrait se produire». Il s’apprête à publier un recueil de poèmes hassanya en français en 2012. Ce dernier est par ailleurs le président de l’Association des conteurs-guides du désert; un regroupement de 125 conteurs-guides mis en place en 2004.

S’il existe une certain édition arabophone, les auteurs francophones peinent à se faire éditer au niveau local, alors qu'on assiste parallèlement à la croissance d'un marché de la distribution assez vive, avec des structures comme l'Harmattan, les librairies Vents du Sud et 15/21. Les seules structures de distribution en réalité.

Edition littéraire: La traversée du désert
Une "maison" à la place d'un "garage"?

La plupart des acteurs de la culture littéraire ont conscience de ces écueils, mais il manque un rouage essentiel à toutes ces volontés privées. Une volonté politique. Ainsi, l'édition reste inexistante, à cause entre autres du manque de conscience de son importance au niveau étatique et populaire, de la faiblesse du pouvoir d’achat, du niveau d’instruction du public en général, du lectorat en particulier, de l’absence de publications et de recherches scientifiques.

Bref, la culture de la curiosité intellectuelle serait absente en Mauritanie de nos jours. «Les gens ne lisent plus, leur capacité d’expression et de rédaction est extrêmement faible» note le Pr Mohamed Lemine Ould El Kettab, écrivain, ancien diplomate, et par ailleurs directeur de la librairie Harmattan à Nouakchott.

«J'ai cinq manuscrits en réserve, dont un pour la jeunesse, qui ont des promesses d'édition. Je ne sais encore si ils seront publiés et par qui» explique l'ancien diplomate. Pour lui, «la politique en faveur de l'édition, on en parle du bout des lèvres», tellement le manque d’intérêt pour cette cause «d'intérêt général» est criant, critique Ould Kettab, dont la structure-mère vient d’éditer l’essai du professeur Cheikh Saad Bouh Kamara, «L’Afrique: Espérance»

Implantée en Mauritanie depuis 2006, L'Harmattan a édité seulement une quinzaine de livres. Une donne qui pourrait changer tant elle se considère selon Ould Kettab comme «LE recours» pour les pays en voie de développement, à qui elle offre des facilités: elle rejette rarement les manuscrits, n’exigeant pas de nombreux tirages d’exemplaire, fait des réductions aux étudiants, au corps professoral, aux libraires. En échange, l’auteur doit acheter des exemplaires et signer un contrat par rapport à la vente du livre.

Rétorquant que «l’édition est limitée et non soutenue», la réaction du directeur de l’espace Diadié Camara, Siré Camara s’inscrit dans une autre logique par rapport à l’Harmattan. Pour lui, L'Harmattan est «un garage pour les écrivains africains» en mal de publication en France. En dernier recours ils se dirigent vers ce que Ould Kettab nomme «la maison tiermondiste».

Awa Seydou Traoré
Mamoudou Kane


              

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