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EUROPÉENNES 2014: Pourquoi l’extrême droite ne prend pas au Portugal


International
Lundi 2 Juin 2014 - 15:00

Alors qu'une vague de partis eurosceptiques et populistes s'est imposée lors de ces dernières élections européennes, l'extrême droite n'existe presque pas au Portugal. L'hebdomadaire Expresso nous proposait, avant même le résultat des élections, quelques éléments d'explications.


EUROPÉENNES 2014: Pourquoi l’extrême droite ne prend pas au Portugal
Quelle est la situation au Portugal ? Courons-nous nous aussi le risque, comme l'a affirmé récemment dans une entrevue au Journal ¡  l'entrepreneur Pedro Ferraz da Costa, “de nous réveiller un jour avec un parti d'extrême droite” ?

Cela semble peu probable : “Les conditions sociales et politiques ne sont pas réunies”, assure quant à lui le politologue José Adelino Maltez. D'une part, le PCP [Parti communiste portugais] a remplacé cette extrême droite : “C'est le parti le plus nationaliste depuis la chute du mur, c'est ce qui équilibre le système”, ajoute-t-il. D'autre part, “Dans le cadre de l'Union européenne, notre pays est celui qui connaît la relation la plus stable entre l'État et la nation”, dit-il, ce qui constitue un obstacle à un facteur nationaliste. 

Le Portugal, pays de réactionnaires mais pas de fascistes

Parlant sans détours, ce professeur de l'ISCSP de l'Universidade Técnica de Lisbonne avance par ailleurs que “Le Portugal compte plus de réactionnaires que de fascistes. Cela a toujours été le cas, même sous Salazar. Et le système leur convient.” Quant aux “rares” véritables fascistes, poursuit-il, “ils sont du genre lâches et hypocrites : ils se sont fondus dans les grands partis et préfèrent tirer profit des structures influentes.” L'extrême droite ne pourrait l'emporter qu'avec un “véritable soutien ouvrier”, comme c'est le cas en France. C'est une configuration qui n'existe pas au Portugal. 

Son collègue de l'ICS [Institut de sciences sociales de Lisbonne], António Costa Pinto, admet qu'il existe “des sensibilités” pouvant entraîner la montée de l'extrême droite – “entre 15 et 20 % des Portugais expriment des valeurs telles que l'euroscepticisme et le souci de la souveraineté nationale, qui peuvent être mobilisatrices pour l'électorat le plus à droite” – mais il manque “des hommes politiques pour incarner cette tendance, des personnalités politiques fortes”. Ce n'est pas la seule raison : “Le salazarisme n'a pas laissé de parti néo-salazariste” [du nom du dictateur António Oliveira Salazar qui tint le Portugal pendant trente-sept ans], et le changement de régime du 25 avril [Coup d'Etat qui mit fin à la dictature de Salazar] a contribué au “blocage” des partis d'extrême droite au Portugal.

Une droite qui se suffit à elle-même

Le CDS (droite) fait obstacle à la l'extrême droite : “L'électorat portugais se situe davantage à gauche qu'à droite”, ajoute-t-il, et depuis 1974, à l'exception du BE [Bloco de Esquerda, gauche radicale], nous “sommes dominés par des partis issus de la révolution”. Même “l'espace politique et critique de l'Union européenne a été intégré depuis longtemps par le PCP”. Et par la suite, conclut encore le politologue de l'ICS, “le CDS a permis de contenir l'expansion de la droite”, en se chargeant de la défense de la cause souverainiste ou des anciens combattants de la guerre coloniale.

Riccardo Marchi, chercheur spécialisé dans l'étude de la droite portugaise, va dans le même sens : “L'extrême droite au Portugal n'a jamais eu de leader”. Paulo Portas, sans être leader d'un parti d'extrême droite, est celui qui occupe cet espace laissé vacant : “A l'occasion des campagnes électorales, il aborde un grand nombre de thèmes d'extrême droite – la sécurité, l'enrichissement illicite, la fierté nationale – sans tomber ni dans le racisme ni dans la xénophobie”, qui sont par ailleurs des thèmes difficiles à vendre au Portugal, un pays sans problème d'immigration. C'est un “programme d'extrême droite soft”.

Contrairement à ceux qui voient dans l'héritage de l'Estado Novo une explication possible aux difficultés actuelles d'affirmation de l'extrême droite, il garantit que “L'histoire ne peut rien contre un parti crédible et qui dispose d'un programme moderne de revendications”. Dans son ouvrage Império Nação Revolução de 2009, Riccardo Marchi conclut : “La disparition progressive de cette frange nationaliste radicale au cours des années de transition et de consolidation de la démocratie est due, non pas à la disparition du régime autoritaire, mais à la disparition de la cause principale de son apparition et de sa mobilisation : la lutte intégrationniste pour l'empire. Il ne s'agit donc pas d'un manque de soutien, mais d'une absence de cause.”

Pas de base sociale pour soutenir l'extrême droite

Il rejoint en cela Jaime Nogueira Pinto.
Cet intellectuel de droite, reconnaît dans l'article “Direitas e nova direita no regime democrático” (“Droites et nouvelle droite dans le régime démocratique”) que “la question du Portugal transeuropéen et de ses limites territoriales était le dénominateur commun de la droite, le point d'unité”. “Plus portée sur des projets idéalistes et transcendants que sur la politique au quotidien”, la droite n'a pu trouver “une base sociale qui la soutienne” et que – Nogueira Pinto l'espère encore – “la décadence de ces quarante dernières années finira peut-être par lui apporter”. 

Récemment, dans un entretien à Expresso, le sociologue António Barreto a affirmé : “Pour que l'extrémisme puisse prospérer, il faut des institutions, une mobilisation, une volonté politique, une agitation, une organisation, une capacité d'association (…). Notre société civile et notre volonté politique sont si faibles que nous n'avons même pas d'extrême droite.” Pinto Coelho, leader du PNR, l'unique parti qui prétend occuper l'espace de l'extrême droite, partage cette vision des choses : “Il nous est impossible de progresser, nous n'avons pas accès aux médias, nous n'avons pas de moyens financiers, et de plus, les Portugais sont respectueux et politiquement corrects, c'est une particularité nationale.” “La société civile ne fait rien pour véritablement réagir”, regrette-t-il.

* Article publié le 3 mai 2014

Courrier International


              

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