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Noorinfo

Duékoué : Le difficile retour des déplacés


International
Dimanche 25 Septembre 2011 - 11:10

Ils sont encore plus de 10 000 déplacés à Duékoué, en Côte d'Ivoire. Si les conditions de vie sur les sites d'accueil se sont améliorées, beaucoup de familles ne supportent plus le quotidien. Certaines choisissent de rentrer chez elles de manière volontaire, pour retrouver des villages qui n'ont pas changé de visage depuis les affrontements du mois de mars.


Une déplacée de Duékoué, de retour dans son village dévasté
Une déplacée de Duékoué, de retour dans son village dévasté
Marguerite Yoro emballe les affaires de sa famille. Son balluchon est maigre: la totalité des biens qui lui restent tient dans un simple sac plastique bleu. La femme d'une cinquantaine d'années est désormais chef de famille : son mari a été tué à la fin du mois de mars, lors des affrontements meurtriers de Duékoué. Malgré le traumatisme, Marguerite a décidé de rentrer chez elle. Après cinq mois à partager l'abri d'une bâche avec une autre famille à la mission catholique de Duékoué, le quotidien est devenu trop lourd.

La famille Yoro habite à Niambli, à quelques kilomètres de Duékoué, au bord de la route qui mène à Daloa. C'est la première fois que Marguerite retourne chez elle après la crise. Sa maison est décoiffée, les murs sont en ruines et les herbes ont envahi plusieurs pièces. Ce spectacle lui est insupportable : la veuve s'effondre, en larmes.

Marguerite, comme tous les autochtones du village, dormira à l'école, le seul bâtiment épargné par les combats. La journée, chacun se débrouille pour reconstruire, petit à petit et à ses frais, car aucun programme de retour n'a encore été mis en place. Si tous assurent être soulagés et se sentir mieux maintenant qu'ils ont retrouvé leur village, les conditions sont encore plus dures que sur les sites d'accueil des déplacés : les puits restent empoisonnés et l'électricité a été coupée. Quant à la nourriture, si les ONG présentes à Duékoué sont très efficaces sur les sites, elles n'ont pas encore mis en place de distribution de riz dans les villages repeuplés. Une aide alimentaire pourtant indispensable : une grande majorité d'autochtones ont perdu leurs récoltes pour cette année. En fuite pendant la saison des semences, ils n'ont pas pu planter le riz, les bananes ou le manioc. Si le cacao a en partie été épargné, il leur faudra attendre plusieurs mois pour obtenir l'argent de la vente.

Des retours qui ne sont pas sans craintes
Des retours qui ne sont pas sans craintes
Des phrases de réconciliation comme apprises par cœur

A ces difficultés s'ajoute la crainte sécuritaire : les villageois tiennent aussi à rentrer pour éviter que leurs terres ne soient cultivées par d'autres, ce qui pourrait, à terme, faire naître de nouveaux conflits fonciers. Pourtant, beaucoup appréhendent de retourner aux champs par peur d'être pris à partie par les Dozo. Les chasseurs traditionnels assurent désormais la sécurité dans de nombreuses zones de l'ouest. Leur présence a permis de quasiment mettre fin aux braquages et agressions qui se sont multipliés ces derniers mois, mais de nombreux autochtones attestent que les Dozo leur ont confisqué leur plantation.

Livrés à eux-mêmes, certains habitants ont contracté un crédit pour acheter des briques. Des matériaux souvent vendus par les allogènes du village : eux sont rentrés plus tôt et ont pu reconstruire leur campement. S'ils assurent qu'ils aideront leurs tuteurs dans leur entreprise, jusqu'à présent les autochtones se débrouillent seuls, même les vieilles femmes dont les époux ont disparu.

Tous prétendent ignorer les raisons de la destruction de leur village et vouloir vivre ensemble dans la paix. Les mots sont toujours les mêmes, comme si les phrases de la réconciliation avaient été apprises par coeur. S'ils illustrent la volonté d'oublier les querelles, ils peuvent aussi se révéler inquiétants. A force de vouloir enterrer les conflits, on pourrait revenir à la case départ et ouvrir ainsi la porte à une possible instrumentalisation de ces tensions par des personnes mal intentionnées.

Collaboration spéciale de Maureen Grisot à Duékoué pour Noorinfo


L'Ouest, une priorité du gouvernement?

Distributions de riz assurées par les humanitaires, eau et soins médicaux fournis par l'ONUCI dans certains villages repeuplés: les autorités locales et/ou nationales sont invisibles dans l'assistance fournie aux populations de l'Ouest. Ce sont pourtant elles qui ont payé le lourd tribut lors des affrontements post-électoraux.
Interrogé sur un éventuel plan d'aide pour cette région, le Ministre des Solidarités évoque un projet pour la fin du mois de septembre. Malgré les visites de plusieurs ministres dans l'Ouest, le gouvernement semble ne pas considérer la situation de ses habitants comme une priorité. Alors que la prochaine échéance électorale semble se profiler pour la fin de l'année, reconstruire cette région qui a massivement voté pour Laurent Gbagbo lors de l'élection présidentielle pourrait illustrer la volonté de réconciliation prônée par Alassane Ouattara.
Mamoudou Kane


              

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