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Noorinfo

Drogue/Dossier 101 : les chainons manquants


Lu sur le web
Mardi 1 Mars 2016 - 12:35

La drogue a été, encore une fois, le sujet principal en Mauritanie au cours de ces dernières semaines. La nouvelle affaire enregistrée auprès du parquet général de Nouakchott sous le nom de « dossier n°101/2016 », concerne un vaste réseau de trafiquants (17 individus, de diverses nationalités), selon le ministère mauritanien de l’Intérieur. La quantité saisie, toujours selon les services de sécurités, est de 1,3 tonne de drogue, introduite en Mauritanie par embarcation, à partir de Lagouira, une enclave marocaine aux portes de Nouadhibou, vers la localité de Lemhayjratt, à 120 km au nord de Nouakchott.


La nouvelle affaire ramène dans les esprits d’autres dossiers de narcotrafic dont les vrais contours n’ont jamais été élucidés, notamment le dossier connu en 2007 sous le nom de « l’avion de la drogue ». Et comme ce dossier a été clos de manière étrange, la nouvelle affaire pose des questions restées jusque-là sans réponses. De sorte que des observateurs croient, dur comme fer, que la présente affaire est appelée à suivre la même voie que celle de ses précédentes et notamment la rocambolesque « affaire de l’avion de la drogue ». Car l’enquête qui a été menée jusque-là laisse supposer qu’il y a plusieurs chainons manquants, soit au niveau des individus, soient des procédures et des faits.
 

Les chainons manquants

La première question restée sans réponse, un mois après le démantèlement de ce vaste réseau, concerne 3 individus dont les noms apparaissent dans les déclarations du principal suspect, Sidi Mohamed Ould Haidalla, mais que les services de sécurité n’ont pas arrêtés, malgré que l’une de ces personnes se soit présentée, en tant que simple témoin, et a été libérée. Il s’agit du nommé Hacen Ould Htati, ressortissant de l’Azawad, dont le rôle est jugé essentiel, par les enquêteurs, dans cette histoire de trafic de drogue, mais qui a réussi à s’échapper, selon la police mauritanienne. Malgré un mandat d’arrêt international lancé contre lui, son nom n’est pas apparu dans le rapport des enquêteurs. Plus étrange encore, le fait que le principal accusé dans le dossier n°101, Sidi Mohamed Ould Haidalla, n’ait pas été interrogé à propos de ce personnage dont le rôle parait pourtant central. Autre indice qui aurait pu mettre la puce à l’oreille des enquêteurs : la relation entre les deux hommes remonte à 2007 dans l’autre dossier dit de « l’avion de la drogue ». Pour certains observateurs, cette faille dénote du peu de sérieux de l’enquête menée par les services de sécurités mauritaniens.
 

La deuxième personne qui suscite des interrogations est un certain Hacen Ould Boubacar, présenté comme celui qui a engagé l’équipe chargée de l’opération. Son frère Hamdi Ould Boubacar devait superviser  l’acheminement de la drogue par voie de mer depuis Lougueira.  Hacen se trouverait actuellement en Espagne et le fait qu’il n’ait pas été arrêté, vue la solidité de la coopération sécuritaire entre la Mauritanie et ce pays, est une autre preuve que l’enquête manque de sérieux.
 

La troisième personne est un certain Nagim Ould Abdalla Al Jekeni qui a reçu de Bouh Ould Mohamed Lemine, gérant d’un bureau de change, la somme de 27.700.000 UM (736.000 euros) à remettre à Sidi Mohamed Ould Haidalla. Le gérant a été arrêté et inculpé dans cette affaire alors que l’intermédiaire, l’homme qui a retiré l’argent, a seulement été entendu comme témoin et libéré peu après. Par la suite, les autorités réclameront l’arrestation d’Ould Abdalla Al Jekani, comme personne impliquée dans cette affaire de drogue, mais il se trouve qu’il s’est évaporé dans la nature.
 

 A qui appartient l’embarcation ?

Les enquêteurs mauritaniens n’ont pas cherché à savoir à qui appartient l’embarcation qui a transporté la drogue de Lagouira. Autre aspect resté sans intérêt pour les enquêteurs : de qui l’encombrante « marchandise » a été réceptionnée côté marocain, et non loin de la ville de Nouadhibou ? Aucune question aussi pour savoir si toute la drogue a été transbordée dans l’embarcation mauritanienne ou s’il en restait encore dans le bateau attendant, peut-être, l’opportunité de faire entrer une autre livraison sur le territoire mauritanien.
 

Toutes les questions ont tourné autour du rôle des individus arrêtés sans chercher à savoir si le réseau démantelé avait des ramifications transfrontalières ou non.
 

Les sources de financements

Comme l’enquête s’est arrêtée aux frontières nord de la Mauritanie et n’a même pas atteint la localité de Lagouiera où se trouve pourtant une unité de l’armée mauritanienne, elle s’est arrêtée également aux frontières est du pays sans chercher à savoir la provenance des 50 millions de FCFA parvenus à Sidi Mohamed Ould Haidalla du Mali par le biais du bureau de change de Bouh Ould Mohamed Lemine au Grand Marché de la Capitale. Aucune question sur l’expéditeur de ce montant pour connaître son identité et savoir s’il a effectué de tels transferts dans le passé.
 

Un oublié volontaire

Quand le principal suspect, Sidi Mohamed Ould Haidalla parle de « complot » contre sa personne organisé par divers milieu, et déclare ne connaître de ce réseau que son frère Ely Cheikh ou son proche Moudi Ould Slama, les enquêteurs se devaient de pousser les investigations plus loin pour voir clair dans cette affaire. Surtout qu’Ould Haidalla a cité trois individus qu’il soupçonne être derrière son implication dans cette nouvelle affaire de drogue. Pourtant personne ne lui a demandé de donner plus de détails sur ce qu’il avance, surtout que parmi les individus cités figurent trois ressortissants de l’Azawad : Al Barbouchi, Omar Ould Ahmed et Abdallahi Kaikouss.
 

Qui a informé Ould Haidalla ?

Maaloum Ould Ahmed Bellal a déclaré aux enquêteurs que Sidi Mohamed Ould Haidalla l’a contacté samedi matin, le 30/01/2016, pour l’informer de la présence sur la route Nouakchott-Nouadhibou de patrouilles à la recherche de salafistes et lui demander de stopper l’opération consistant d’acheminer la « marchandise » vers le puits de Boughabra, comme convenu auparavant.  Ould Ahmed Bellal a ainsi changé de direction, suite à l’appel d’Ould Haidalla, prenant la direction de Tijirit (120 km au nord de Nouakchott), où il recevra un coup de fil du commandant de la zone nord de la gendarmerie, Dey Ould Yezid, avant l’arrestation de tous les membres de la bande. La question posée est : qui a averti Ould Haidalla et pourquoi les enquêteurs ne cherchent pas à le savoir ?
 

Quel rapport avec 2007 ?

Cette nouvelle affaire de drogue est-elle liée à celle de 2007 dite affaire de « l’avion de la drogue » ? Le ministre de la Justice, Me Brahim Ould Daddah, a déclaré, lors d’une conférence de presse sur ce dossier, que l’une des personnes arrêtées (sans citer de nom) est poursuivie jusqu’à présent dans l’affaire de 2007, précisant que cet homme a bénéficié d’une liberté provisoire contre laquelle le parquet avait interjeté en appel et que le dossier est pendant, en ce moment, devant les tribunaux.
 

Le dossier de « l’avion de la drogue », en 2007, est l’une des plus célèbres affaires de trafic de cocaïne dans le pays. Les autorités avaient saisi à l’époque un avion transportant 750 kg de cocaïne et des voitures. Seulement, les personnes arrêtées ont été libérées sans jugement ! Seul Sidi Mohamed Oud Haidalla avait été arrêté au Maroc et avait purgé une bonne partie de la peine de sept ans de prison ferme à laquelle il a été condamné.
 

De l’argent pour le gouvernement

Le ministre de la Justice mauritanien a indiqué que le gouvernement a approuvé un décret qui autorise les autorités à vendre les biens saisis dans ce genre d’affaire et à répartir l’argent récolté comme suit : 50% pour l’Etat, 25%  pour l’équipe qui a procédé à l’arrestation des trafiquants et 25% pour l’ensemble des services qui luttent contre le trafic de drogue.
 

Les biens saisis dans cette affaire son : une Toyota V8 dans laquelle se trouvait Sidi Mohamed Ould Haidalla et trois autres tout-terrain avec Moudi Ould Slama, Maaloum Ould Ahmed Bellal et Ely Cheikh Ould Haidalla. A cela s’ajoute la saisie de 2.350.000 UM (6200 euros) et la montre d’une grande valeur de Sidi Mohamed Ould Haidalla (entre 10000 et 47000 USD).

La quantité de drogue saisie est estimée à 1,3 tonne répartie dans sacs de 12 et 25 kilogrammes chacun. Elle a été trouvée dans les véhicules conduits par Maaloum Ould Ahmed Bellal (24 sacs) et Ely Cheikh Ould Haidalla (57 sacs).
 

Composition du réseau

Le réseau était composé de quatre groupes, dont un servait d’appui (fausses plaques d’immatriculation pour les véhicules et change), selon les conclusions des services de sécurité mauritaniens. La première équipe, dirigée par Sidi Mohamed Ould Haidalla, coordonnait toute l’opération. Elle comprenait Hacen Ould Htati, qui a réussi à s’enfuir vers le Mali, et Hacen Ould Aboubakr, résidant en Espagne. Alors qu’Ould Haidalla a été arrêté, les deux autres sont sous le coup d’un mandat d’arrêt international.
 

La deuxième équipe avait pour mission de transporter la drogue d’un bateau marocain près de Lagouira vers la zone d’Amhaijrat (120 km au nord de Nouakchott). Le groupe était dirigé par Hamdi Ould Aboubakr, sur demande de son frère Hacen Ould Aboubakr qui se trouve en Espagne. Les autres membres de cette seconde équipe étaient Saleck Ould Bellal, les deux capitaines de bateau Hamadi Boubou Sall et Mohamed Moctar Ould Ahmed, ainsi que deux hommes de main répondant aux noms de Ousmane Diop et Moustapha Sall.
 

Enfin, le troisième groupe avait pour rôle d’acheminer la drogue, transportée dans une embarcation de Legoueeira à Mhaijrat, sur terre et plus précisément au puits de Boughabra. Cette équipe était composée d’Ely Cheikh Ould Haidalla, Maaloum Ould Ahmed Bella, son frère Mohamed Ould Ahmed Bellal et leur neveu Baba Ould Ely.
 

L’équipe qui assurait la logistique dans cette opération était composée du propriétaire du bureau de change, Bouh Ould Mohamed Lemine, qui avait remis 27 millions d’ouguiyas à Nagim Ould Abdalla en fuite au Mali, et Ahmed Ould Abdel Kader accusé d’avoir fourni une fausse plaque d’immatriculation SG (services du gouvernement) à la Toyota Land Cruiser d’Ely Cheikh Ould Haidalla.
 

Une opération complexe

L’opération qui a conduit au démantèlement de ce réseau de trafiquants a vu la participation de la police, de la gendarmerie et de l’armée et a duré trois jours (du 29 au 31 janvier 2016).

Sidi Mohamed Ould Haidalla, le cerveau présumé de la bande, a été arrêté à son domicile de Nouakchott par la police. Le groupe de l’embarcation et une des voitures ont été appréhendés par la gendarmerie tandis que le reste du groupe chargé du transport de la drogue, dont Ely Cheikh Ould Haidalla, a été arrêté par une unité de l’armée à 20 km sur la route Nouakchott-Akjoujt.

 

Source : alakhbar.info

Traduit de l’arabe par SNEIBA Mohamed

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