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Dossier esclavage (4 et fin) : La victoire douce-amère de Saïd et de Yarg


Société
Mardi 21 Janvier 2014 - 16:00

Pour la mère de Saïd et de Yarg, le prix de la liberté était de 70 000 ouguiyas. C'est ce qu'un homme a dû payer à son maître, il y a 10 ans, pour l'affranchir et l'épouser.


Agrandir Saïd Ould Halim PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE
Agrandir Saïd Ould Halim PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE
Ce n'était pas un forfait de groupe. L'indemnité versée, l'esclave affranchie est partie avec son futur époux, mais a dû laisser ses deux enfants derrière. Saïd et Yarg avaient 5 et 2 ans.
 
Les deux garçons ont grandi chez le maître, en connaissant leur place : celle des serviteurs, des esclaves. Pendant que les fils du maître allaient à l'école, eux s'échinaient aux corvées ménagères et à la garde des chameaux.
 
À 12 ans, épuisé, Saïd s'est enfui. Il s'est réfugié chez une femme compatissante, qui l'a mis en contact avec des militants de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). Ces derniers ont récupéré le petit Yarg chez le maître. Et ont tout fait pour obtenir justice.
 
En novembre 2011, Ahmed Ould El Houceine a été condamné à deux ans de prison pour pratique esclavagiste envers Yarg et Saïd. C'était la première fois qu'un maître était condamné depuis l'adoption, en 2007, d'une loi criminalisant l'esclavage en Mauritanie.
 
Obtenir la tenue d'un procès n'a pas été sans mal, raconte Brahim Bilal, vice-président de l'IRA. Pour faire pression sur le pouvoir, les militants antiesclavagistes ont multiplié les manifestations et les coups d'éclat. « Ça nous a coûté 15 jours de sit-in et 12 arrestations ! »
 
Mais cette victoire a un goût amer. Ahmed Ould El Houceine n'a finalement été détenu que huit mois, alors que la loi prévoit des peines de cinq à dix ans de prison. Depuis, aucun autre maître n'a été condamné pour esclavage. «La loi n'est pas appliquée. C'est un écran de fumée destiné à rassurer les Occidentaux », dit M. Bilal.
 
Malgré la loi, les victimes d'esclavage ont très peu accès à la justice. Elles doivent porter plainte elles-mêmes, alors qu'elles sont pour la plupart illettrées. Or, le gouvernement ne leur fournit aucun soutien. Soumises depuis leur naissance, elles peinent à affronter leurs anciens maîtres au tribunal. Pourtant, le fardeau de la preuve repose sur leurs épaules.
 
Un autre problème, c'est que la majorité des esclavagistes sont des maures, qui détiennent le pouvoir au pays. C'est en grande partie ce qui explique la réticence des policiers, des procureurs et des magistrats - eux-mêmes maures - à répondre aux plaintes des esclaves, des Haratines.
 
« La loi de 2007 est excellente sur papier, mais elle n'a pas su créer de jurisprudence malgré les innombrables cas d'esclavage qui ont été soulevés, dit Salimata Lam, coordonnatrice nationale de l'organisme SOS Esclaves. La majorité des affaires sont étouffées et se terminent en queue de poisson. »
 
Aujourd'hui âgés de 15 et 12 ans, Saïd et Yarg ont été pris en charge par l'IRA, qui les héberge et paie leurs cours à l'école privée. « Je suis premier de classe », glisse Yarg avec fierté avant de s'éclipser pour reprendre sa partie de soccer. Pour lui, pas de temps à perdre : il a toute une enfance à rattraper.

Isabelle Hachey
Pour La Presse
Mamoudou Kane


              

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