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Dossier: Quand le Mali perd le Nord, c’est toute la région sahélo-saharienne qui est dans la tourmente


Actualité
Mardi 10 Avril 2012 - 09:00

De rébellion en rébellion, les Touaregs peuvent-ils imposer un Etat indépendant ? L’Azawad dont ils revendiquent l’indépendance peut-il devenir un Etat ? Avec qui partagent-ils ce territoire ? Comment on en est-on arrivé là ? Quel rôle pour les jihadistes d’Ançar Eddine et ceux d’Al Qaeda au Maghreb Islamique ? Quels objectifs ? Quelles forces ? Quels rôles pour les factions en présence ? Pourquoi sont-elles en concurrence ? Qui est qui ? Des questions auxquelles nous allons essayer de répondre à travers un dossier que nous espérons complet sur la question. Mais d’abord qui sont ces Touaregs dont on parle tant…


I. Le pays des hommes bleus

Dossier: Quand le Mali perd le Nord, c’est toute la région sahélo-saharienne qui est dans la tourmente
Malgré la proximité géographique et socio-historique du monde de l’Azawad, il reste peu connu en Mauritanie. On sait en général qu’il y a des populations arabes avec lesquelles la majorité des Mauritaniens partagent la culture hassaniya qui a fait le Traab el Bidhâne (l’espace maure pour reprendre les concepts qui ont fini par être universellement connus). Et c’est sur cette base que la Mauritanie de la veille de l’indépendance avait, par la voie de son premier président Mokhtar Ould Daddah, demandé le rattachement de ces zones à l’Etat futur. Tout comme elle avait revendiqué le territoire du Sahara occidental.

Derrière cette démarche, se profilait l’idée, un moment envisagé, d’un Etat saharien correspondant grossièrement à cet espace maure. Avec une nuance : si l’administration coloniale avait pensé cet Etat comme une possibilité d’amputer l’Algérie d’une partie de son territoire, celle qui recèle les richesses, dans la tête de Ould Daddah se profilait surtout le vieux projet du «pays des Maures», un pays qui engloberait tous les espaces où se meuvent les populations hassanophones et même celles nomades considérées proches comme les Peulhs et les Touaregs. Un temps envisagé, ce projet a été abandonné à la faveur des indépendances, et surtout de la construction du panafricanisme qui se basait sur le principe sacro-saint de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.

On sait vaguement qu’il y a des populations touarègues, appelées localement «La’jaam». Pour les désigner, les hassanophones ont repris le terme utilisé par les Arabes pour qualifier les non-Arabes. C’est une forme du concept de «barbare» dans la culture grecque. Le mode de vie imposé par le nomadisme, a donné naissance à de fortes similitudes dans la culture que se partagent souvent les deux ensembles sahariens (maures et touaregs).
Populations d’origine berbère, les Touaregs ont gardé leur langue et leur culture originelle même s’ils furent fortement islamisés. Le tamasheq, probable altération du mot «amazigh», s’est préservé comme langue commune grâce notamment à l’existence d’un alphabet, le tifinagh. Ce peuple vit dispersé dans et autour du Sahara central, au Mali, au Niger, en Algérie, au Burkina Faso, au Tchad et en Libye, avec plus ou moins de concentrations dans l’un ou l’autre des pays.

Réfractaires à toute domination extérieure, à toute forme d’administration ou d’organisation moderne, ces populations sont plus portées sur la sédition. Fils de l’endurance quotidienne dans un environnement hostile, ils sont marqués par un complexe de supériorité vis-à-vis de l’autre. D’où la culture communautariste qui reste aujourd’hui l’un des éléments fondamentaux pour la compréhension des évènements présents.

Touareg dans un camps à la frontière entre le Mali et le Niger ( Photo: Pierre Abensur)
Touareg dans un camps à la frontière entre le Mali et le Niger ( Photo: Pierre Abensur)
Nous allons aussi retenir pour comprendre les rivalités et les enjeux actuels, que ces tribus nomades sont fortement hiérarchisées. Entre les tribus guerrières, particulièrement féroces (Imajaghan et Ifoghas), celles maraboutiques (Ineslemen, nobles mais non guerrières), et les tribus vassales (Imghad) ou populations castées (forgerons Inaden, anciens esclaves Irawellen et Bellas, serviteurs Iklan…), entre toutes ces composantes, les lignes de fractures sont énormes et toujours vivantes.

Les Etats indépendants ont mal géré les espaces sahariens en les considérant comme des sources de problèmes à laisser à la marge. En Algérie comme en Libye, ce sont les gens du nord qui ont été aux commandes de l’Etat indépendant, le Sud fut laissé pour compte. C’est le contraire qui s’est passé au Mali, au Niger et au Burkina Faso où ce sont les cadres du sud qui furent les héritiers de la colonisation, chacun de ces pays oubliant son Nord, s’il ne l’a pas abandonné comme ce fut le cas pour le Mali qui nous intéresse.
Le conflit qui a éclaté le 17 janvier dernier, à la faveur du retour en masse des combattants touaregs revenant de Libye, n’est en réalité  pas né d’aujourd’hui. Il s’inscrit dans une série d’insurrections dont la plupart des acteurs sont encore vivants.

La première insurrection date de 1916 et se passe au Niger mais se fait au nom de l’ensemble touareg. Elle inspire le Mouvement populaire de l’Azawad qui demande la création d’un Etat touareg dès 1958. Entre 1962 et 1963, le Mali connait sa première rébellion touarègue, durement réprimée par les forces armées du jeune Etat. De là débute l’exode vers les pays voisins. Cet exode va s’accentuer avec les cycles de sécheresse qui frappe le Sahara et le Sahel en général. La mauvaise gouvernance et l’incapacité des jeunes gouvernements à répondre aux attentes des populations, vont encore pousser vers l’exil sous des cieux plus cléments.

Les années 70 coïncident avec la montée en puissance du panarabisme kadhafiste en Libye. Le Guide ouvre les portes de son pays aux arrivants et met à leur disposition ses ressources. Il embrigade ceux qui peuvent l’être dans ses légions islamiques lesquelles vont servir ses projets hégémoniques dans la région, notamment au Tchad. C’est cette diaspora qui est à l’origine de la création du Mouvement populaire de libération de l’Azawad en 1988.
Deux ans après, une rébellion éclate. Elle dure jusqu’en 1995. Elle touche et le Niger et le Mali. Des pourparlers sont ouverts. Ils permettent la signature d’accords à Tamanrasset en Algérie en 1991. Les nouvelles autorités maliennes acceptent d’élaborer un Pacte national et le font signer par toutes les parties en 1992. Il prévoit la prise en charge du développement du nord du pays et de ses populations, l’implication de celles-ci dans les affaires, l’intégration des éléments armés dans l’Armée régulière… Mais ceci ne permet pas cependant d’éviter les affrontements en 1994-95. C’est seulement le 27 mars 1996, à Tombouctou qu’une cérémonie dite de «la Flamme de la Paix» signe la fin officielle de la rébellion. Une partie de l’armement qui a servi pendant l’insurrection est détruite ou remise aux autorités et la plupart des rebelles s’insèrent dans la vie active.

Le Pacte national cache mal ses insuffisances. Peu à peu, il n’est plus qu’un prétexte pour les Touaregs de reprendre le chemin de la rébellion, pour les gouvernements maliens d’abandonner une portion de leur pouvoir à des caïds locaux, pour ceux-ci d’organiser les espaces contrôlés selon leurs bons désirs et pour les pays voisins de manipuler faisant de l’espace nord-malien un théâtre d’affrontements entre différentes velléités, notamment entre l’Algérie et la Libye qui mènent une lutte d’influence en vue de conquérir le leadership régional.
Les soulèvements continuent : le 23 mai 2006 au Mali. Un accord est signé le 4 juillet 2006 à Alger et entre 2007 et 2009 la rébellion touche aussi le Niger. Quand les accords sont signés sous l’égide d’Alger, l’insurrection est inspirée par la Libye qui utilise pour cela ses hommes dans le milieu. Et quand c’est la Libye qui préside les pourparlers, c’est l’Algérie qui souffle sur les braises.
Entretemps, la zone est devenue une zone de non-droit. Avec notamment l’installation et l’insertion sociale du Groupe Salafiste de Prédication et de Combat (GSPC) devenu Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI). Dirigé par des anciens combattants du GIA algérien, le GSPC-AQMI, va se fondre dans l’espace et embrigader ses habitants. Le Mali de Amadou Toumani Touré (ATT) refuse de réagir. L’Algérie, la plus puissante armée de la région, affiche l’indifférence. Le Niger et la Mauritanie subissent.

AQMI encadre et protège les trafics dont vivent les populations du Nord. Elle tente de remplir le vide laissé par l’absence de l’Etat central, surtout dans le domaine social et politique. Elle insère les réseaux de trafic, notamment de drogue, dans son circuit. Les prises d’otage se multiplient. Elles rapportent gros et supplantent le trafic de drogue dont le chiffre d’affaires augmente exponentiellement avec la démission de plus en plus forte des autorités centrales. Les milices se multiplient. Elles s’affrontent parfois. Mais elles réussissent à corrompre le cœur du pouvoir. Généraux et administrateurs maliens ont leurs parts des retombées du trafic et des prises d’otages. Certains hauts dignitaires du régime sont ainsi impliqués. ATT est impuissant. Il préfère jouer. Il perd le 22 mars, à un mois de la présidentielle qui devait le célébrer comme «président démocrate ayant accepté de quitter le pouvoir humblement». La chute de l’Aigle du Mali est terrible pour toute la sous-région.

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Quand les bidasses chassent ATT de Koulouba – on ne peut pas dire qu’ils ont pris le pouvoir -, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) est déjà en action depuis près de trois mois. Créé le 16 octobre 2011, ce mouvement avait déjà déclenché les hostilités. D’ailleurs le prétexte principal des mutins n’était-il pas de se donner les moyens de combattre dans le Nord. En réalité, on l’a dit dès le 23 mars, ce sont les réflexes d’une armée vaincue et qui connait la débandade annoncée depuis des années.

La fulgurante avancée des rebelles du Nord et des factions islamiques qui ont finalement pris possession de tout l’Azawad en quelques jours était une issue fatale pour un Mali qui a refusé de livrer bataille pendant que cela était possible. Ce n’est pas le coup d’Etat qui a changé le cours des évènements parce que, sur le plan militaire, tout était prévisible, y compris la désertion des forces armées maliennes. Sur le plan politique, peut-être que ATT en aurait profité pour demander le report des élections. Rien de plus n’était envisageable.
Comment faire pour que le chao actuel ne dure pas ? C’est la question que tous les amis du Mali doivent se poser, la solution ne pouvant venir de l’intérieur du pays.
Le processus enclenché par la CEDEAO a consisté à adopter une attitude ferme vis-à-vis des putschistes, comme si remettre ATT en scelle pouvait résoudre le problème du Mali. Puis on a envisagé une intervention militaire à laquelle la France serait prête à apporter son soutien. Les chefs d’état-major réunis à Abidjan ont juste confirmé l’option qui viserait désormais à faire face à la rébellion du Nord. Un peu pour jouer les supplétifs de la France dans une zone qui ne demande pas tant.

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Quelques trois mille hommes ressortissants de pays de la CEDEAO et appartenant à une force commune, seraient prêts à intervenir dans le nord du Mali. On ne dit pas comment, ni quand, encore moins avec quels objectifs. Est-ce seulement pour chasser les jihadistes ? Ou les rebelles touaregs ? Ou les deux ?
On ne dit pas non plus ce qu’on attend de l’Algérie ou de la Mauritanie. Ni comment et avec quelles forces maliennes, ceux de la CEDEAO vont agir.
On sait cependant que le Nigéria, pays pôle de l’organisation ouest-africaine, serait tenté d’en découdre avec les jihadistes du nord malien, principaux soutiens et inspirateurs de Boko Haram, le mouvement qui sème la terreur au Nigéria. On sait que Blaise Compaoré, le médiateur dans le conflit, est très intéressé par ce qui se passe. A plusieurs reprises, il a fait jouer à son pays un rôle de négociateurs dans les affaires de prises d’otages occidentaux. L’intermédiaire attitré dans ces affaires a toujours été Iyad Ag Ghali, le chef des jihadistes d’Ançar Eddine, aujourd’hui maîtres des principales grandes villes du Nord. On sait enfin que le Niger reste très concerné – plus que tout autre pays – par le développement des évènements du Mali. Comment va-t-il réagir ?

II. Un nouveau Jihadistan est né,

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Qui est qui ? Le who’s who d’un chao

A écouter les médias occidentaux – principalement français – on croirait que dans le nord du Mali, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) est la seule force du pays et qu’il tient les «zones libérées». Sur le terrain la réalité est tout autre. Plusieurs forces se partagent cette «zone libérée».

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Le MNLA, victime du sectarisme ?
 
Dans l’Azawad d’aujourd’hui, aucune grande ville n’est sous le contrôle du MNLA. Ni Tombouctou, ni Gao, ni Kidal, ni Tessalit… Toutes ces villes sont aux mains de factions islamistes jihadistes dont nous parlons plus loin.
Créé en octobre 2011, suite à l’arrivée massive de combattants des légions de Kadhafi dans la région, le MNLA rassemble les ex-Libyens, les militants du Mouvement national de l’Azawad (MNA) et les fidèles d’Ibrahim Ag Bahanga (mort en août 2011). Son chef militaire est Mohamed Ag Najim qui a dirigé les places de Bani Walid et de Tripoli pendant la guerre de Libye. Militant aguerri, Mohamed Ag Najim est un fin organisateur nourri à la littérature pan-arabiste de l’idéologie Kadhafi. Il est pour cela moins sectaire que les autres chefs du mouvement. Contrairement aux autres chefs politiques du mouvement qui ont  une aversion prononcée pour les autres habitants de l’Azawad notamment pour les Arabes, les Songhaïs et les Peulhs.
Sur le terrain, ce sectarisme a conduit au pillage des maisons et commerces arabes dès l’entrée des troupes du MNLA à Gao. Les Arabes n’ont eu d’autre choix que de faire appel aux jihadistes avec lesquels ils traitaient déjà dans le cadre des trafics. Ce sont les éléments du Mouvement pour Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) qui seront les premiers à venir à leur secours (voir plus loin). Même comportement à Tombouctou.


Mahmoud Ag Aghaly
Mahmoud Ag Aghaly
Les leaders du MNLA soutiennent que «les populations du nord et du sud du Mali sont trop différentes pour composer un État ensemble, comme le Mali et le Sénégal n'étaient pas faits pour être un seul pays. C'est pour ça que nous en appelons à la communauté internationale, afin qu'ils convainquent le Mali de nous donner notre indépendance» (interview de Mahmoud Ag Aghaly du bureau politique du mouvement à Jeune Afrique). Pour ses dirigeants «le MNLA n’est pas une rébellion, ni un groupe armé. C’est un mouvement révolutionnaire qui œuvre pour la libération des régions nord du Mali, que nous appelons Azawad. Le mouvement revendique le droit d’autogestion, le droit politique et le droit aux populations autochtones vivant sur ce territoire de décider pour elles-mêmes et par elles-mêmes. Aujourd’hui, suite à toutes les frustrations et toutes les déceptions nées des relations malsaines avec le Mali depuis des années, il est impératif de devenir indépendants et de s’octroyer le droit de s’autogérer». Le mouvement ne reconnait aucun accord du passé et veut créer un Etat laïc et indépendant.

Fortement implanté en Europe, en France particulièrement, le mouvement a pu faire adhérer une large part de l’opinion publique occidentale à la cause touarègue. Il utilise parfaitement l’arme de la communication et déploie un lobbying sur toutes les scènes politiques. Toléré, voire soutenu, par la France officielle, il semble avoir déçu avec notamment la sortie de l’ombre des groupes jihadistes. En effet, la justification essentielle fondant la légitimité du mouvement était de pouvoir «épurer» le nord du Mali «des bandes criminelles». Le voilà qui travaille côte à côte avec les fauteurs. La déception est si forte qu’on ne sait plus quoi en faire aujourd’hui.

Si le ministre français des Affaires étrangères continue d’affirmer qu’il faut continuer le dialogue avec le mouvement, ce n’est pas forcément l’avis des chefs d’Etats de la CEDEAO qui semblent vouloir en découdre avec toute la rébellion.
La France opterait pour l’utilisation des rebelles du MNLA dans la lutte contre les factions jihadistes. Cela se concrétiserait par un fort soutien militaire apporté aux rebelles du MNLA quitte à trouver un accord politique avec eux. Accord qui se traduirait soit par l’indépendance – ce qui serait dangereux pour toute la zone -, soit une large autonomie pour la province et des promesses d’aide au développement.
Mais cette perspective est-elle jouable quand on compte avec la présence d’Ançar Eddine ?

Iyad Ag Ghali
Iyad Ag Ghali

Le mouvement Ançar Eddine

C’est un mouvement d’inspiration salafiste jihadiste. Il est lié à celui qui l’a créé, Iyad Ag Ghali, un fervent religieux qui a épousé les thèses salafistes après un passage dans les mosquées de Nouakchott dans les années 2000. Son dernier séjour ici daterait de 2006, alors que le pays était en pleine transition. Il aurait alors écrit un livre sur la polémique de l’obligation de faire la prière du vendredi dans l’Azawad. Célèbre dans les milieux de la prédication, cet ancien nationaliste qui a fait la guerre du Liban de 1982 et qui a été lié à toutes les rébellions touarègues du Mali, devient incontournable pour le gouvernement malien. Surtout qu’il est déjà très ancré dans le tissu social touareg.

Issu de la noblesse Ifoghas, il est l’héritier d’une longue tradition de savoirs et de pouvoirs. A l’instar du mythique Mano Dayak, et plus récemment des leaders Ibrahim Ag Bahanga et de Hassan Fagaga, il allie autorité politique légitimée par le rôle joué dans les rébellions, et enracinement traditionnel. C’est sans doute ce rang qui lui permet de diriger le Mouvement populaire de l’Azawad (MPA).dont la création remonte à 1988 et qui déclenchera la rébellion de juin 1990. Il prend langue avec le gouvernement malien et participe aux pourparlers de paix.
Mais c’est seulement en novembre 2007 qu’il est nommé conseiller consulaire à Djeddah en Arabie saoudite. On le dit proche de ATT qui le maintient malgré les réserves de la partie saoudienne laquelle finit par le renvoyer.

Il s’installe alors chez lui et commence à tisser ses réseaux. Il participe pour le compte de nombre de gouvernements dont celui de son pays et le Burkina, dans les négociations visant à libérer les otages occidentaux retenus par AQMI, principalement la branche dirigée par le redoutable Abu Zeyd. Il prêche et tente de reconstituer le noyau initial du MPA.
En 1991, au lendemain de la première rébellion, ce mouvement s’est scindé en trois groupes : le Front populaire de libération de l’Azawad (FPLA) dirigé par Mohamed ag Ghissa avec comme secrétaire général, Zeidane ag Sidalamine, l’Armée révolutionnaire de libération de l’Azawad (l’ARLA) de Abderamane Ghala, et enfin le nom historique de MPA qui revient à Iyad Ag Ghali. Il s’agit alors d’une force constituée d’un millier d’hommes, tous des Ifoghas. C’est ce groupe qui soutiendra le Pacte national de 1992, d’où l’extrême diligence du gouvernement malien à son égard.

Sentant le vent tourner et fortement impliqué dans les histoires d’otages et de trafics, il reprend la route de la guerre à la faveur de la rébellion du 17 janvier dernier. C’est au début du mois de mars que la présence des éléments de Ançar Eddine devient évidente aux côtés des combattants du MNLA. D’ailleurs deux des Mauritaniens appartenant à AQMI meurent dans les combats d’Aguelhok.
Ce sont donc les éléments de ce mouvement qui commettent les exactions de Aguelhok, notamment l’assassinat de 83 soldats maliens appartenant à des ethnies autres que celle des Touaregs. On croit alors à une manœuvre du pouvoir d’ATT qui reçoit personnellement les images sur clé USB et qui les distille par la suite. On inscrit cela dans le cadre d’une tentative de détruire l’image du MNLA sur la scène internationale. Mais l’on n’oublie pas qu’il s’agit là aussi  d’une manière d’attiser les ressentiments ethniques et tribaux pour entraîner le Mali dans une nouvelle guerre civile. Les réactions ne tardent d’ailleurs pas. Un peu partout, en commençant par Bamako, les populations blanches, Touaregs et Arabes (Maliens et non Maliens) sont violemment prises à partie par une population déchainée. L’exode commence. Et avec lui, les misères et la souffrance. Ce qui nourrit les sentiments anti-maliens. Mais c’est le coup d’Etat du 22 mars qui donne un coup d’accélérateur à l’insurrection généralisée. C’est aussi à ce moment que les factions jihadistes décident d’y aller carrément.

Plus rapides, plus mobiles, mieux équipées et plus aguerries que les combattants du MNLA, les unités salafistes s’empressent de prendre les villes les unes après les autres.
C’est à Kidal que ces groupes vont décider de faire sans le MNLA. Au moment du siège de la ville, l’une de ses «entrées» est confiée au MNLA qui négociait déjà avec le commandant de la place, le colonel El Haji Gamou. Celui-ci pose ses conditions pour le ralliement : le laisser sortir avec ses hommes, sécuriser ceux parmi eux qui n’appartiennent pas aux tribus de l’Azawad et annoncer plus tard son ralliement au mouvement de rébellion. Ce qui fut fait. Pas du tout du goût des factions jihadistes qui décidèrent alors d’éjecter le MNLA de la ville. Et surtout de faire vite pour occuper le maximum de villes du Nord avant le MNLA. Ce qui fut fait.

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La grande ville de Tombouctou tombe et c’est le moment pour les jihadistes de pavaner.
Tous les chefs se retrouvent aux côtés d’Iyad Ag Ghali qui déclame ses objectifs. «Nous voulons imposer la loi islamique dans notre pays. Pour y arriver, nous suivons le chemin du prêche et de la bonne parole, selon les préceptes édictées par Allah et son Prophète, notamment en assistant les plus faibles et en combattant les impies jusqu’à ce qu’ils témoignent de l’unicité de Dieu». L’objectif n’est pas la partition du Mali, mais son islamisation et l’application de la Chari’a dans tout son espace.

Dans une déclaration publiée par nos confrères de l’ANI, le chef de Ançar Eddine déclare que son mouvement n’est pas «un rassemblement ethnique ou tribal, encore moins racial, mais nous appartenons à tous les musulmans, à toute la Umma islamique et nous n’avons d’ennemis que les impies et les incroyants». Il ajoute dans la même déclaration : «nous appelons ceux de nos frères et de nos familles de la province de Tombouctou à travailler avec nous en vue de la réalisation de nos objectifs». Lesquels se résument ainsi : islamisation et application stricte des préceptes islamiques ; normalisation la vie quotidienne par le retour aux activités dans la ville ; soutien du développement de la région. Son mouvement a installé un conseil provisoire dirigé par Cheikh Oussa, deuxième figure du groupe Ançar Eddine, à Kidal et un deuxième à Tessalit dirigé par Brahim Bonneh.

Ainsi donc le Mollah Omar de la région sahélo-saharienne vient-il donner son onction à Al Qaeda au Maghreb Islamique en recevant ses différents chefs chez lui et en appelant à l’application stricte de la Chari’a. Reste à savoir si c’est l’objectif réel d’AQMI ou si c’est plutôt, pour elle, une catastrophe.

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Le MUJAO, cibler l’Algérie d’abord

Le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest est le dernier-né des groupes jihadistes opérant au sein de la nébuleuse AQMI. Il est dirigé par Sultâne Ould Badi, un Arabe malien de Gao. D’ailleurs la majorité de ses combattants sont de Gao. Les autres appartiennent à l’ensemble maure, soit du Sahara occidental (camps de réfugiés sahraouis), soit de Mauritanie. En fait, le porte-parole actuel n’est autre que Hammada Ould Mohamed Khayr, évadé de prison en Mauritanie en 2006 en même temps que Khadim Ould Semane, condamné à mort plus tard. Interpellé par les autorités maliennes, il sera libéré en contrepartie de la libération d’un diplomate canadien fin 2007. Des négociations où, soit dit en passant, Iyad Ag Ghali a joué son premier grand rôle.
Pour comprendre le mouvement, il faut rappeler qu’il est une réaction au refus des chefs d’AQMI de confier la direction d’une Seriya (unité) à un Maure. La seule Seriya dirigée par un non Algérien est celle que dirige Abdel Kerim Targui, le proche parent d’Iyad Ag Ghali. Cette seriya dépend de la katiba (bataillon) Tarek Ibn Zeyad de Abdel Hamid Abu Zeyd, rendu célèbre à la suite des différents assassinats dont il serait coupable.


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C’est une partie de l’élément maure (de Mauritanie, du Mali et du Sahara) qui a fait scission. Est-ce vraiment une scission ?
Le 23 octobre 2011, trois humanitaires européens – deux Espagnols et une Italienne – sont enlevés par un groupe armé en plein jour dans le camp de réfugiés sahraoui de Rabouni, non loin de Tindouf. On sait immédiatement que les opérateurs directs ne sont que des intermédiaires. Ils sont en contact direct avec Bella’war qui les dirige pendant les premières vingt-quatre heures qui ont suivi l’enlèvement. Il semble prêt à prendre possession du «butin» et demande par intermittence s’il s’agit de la «bonne qualité», sous-entendu s’il s’agit d’Espagnols, de Français, d’Italiens… de ressortissants de ces pays qui acceptent de payer les rançons. Les Anglais dont le pays ne paye pas, ne sont pas appréciés comme denrée.
Alors que tous les services de renseignements de la région et même du monde sont braqués sur l’itinéraire que pourraient suivre les ravisseurs, Bella’war se défile brusquement et disparait des radars de contrôle. On apprend alors l’existence d’un groupe appelé Unicité et Jihad en Afrique de l’Ouest qui revendique le rapt. Inconnu jusque-là, il s’impose comme une nouvelle katiba, sinon un avatar de l’une des katibas existantes.

Son deuxième fait d’arme est l’opération du 4 mars dernier à Tamanrasset. Un attentat à la voiture piégée est perpétré contre un centre de sécurité. Le modus operandi, la symbolique de la cible (Tamanrasset est le siège du commandement unifié des forces antiterroristes des pays du champ), les moyens utilisés… tout indique que c’est AQMI. Surprise : le MUJAO revendique l’attaque. On comprend alors que derrière ce mouvement se cache un objectif, celui de toucher l’Algérie, de lui faire ressentir l’effet boomerang de AQMI.
Les évènements de cette semaine révèlent une animosité particulière vis-à-vis de ce pays de la part de cette excroissance de la nébuleuse terroriste. En effet, le premier acte du mouvement à Gao qu’elle occupe, est l’enlèvement du consul algérien dans la ville et du personnel du consulat d’Algérie à Gao. En occupant les locaux du consulat, ils ont brûlé le drapeau algérien et saccagé le bâtiment. Une preuve de plus que l’inspiration première est de «mordre dans l’Algérie».

De leurs côtés, les chefs AQMI, Bella’war, Abu Zeyd et Abul Hammam ont tenu une réunion à Tombouctou autour de Iyad Ag Ghali dans les locaux utilisés un moment par l’Armée mauritanienne comme base avancée dans la lutte contre AQMI. Un air de revanche symbolique à défaut de signifier quelque chose sur le terrain.
Malgré cette inspiration anti-algérienne et le parcours de sa deuxième personnalité, le Mauritanien Ould Mohamed Khayr alias Abu Qoulqoum, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest reste au niveau de la simple milice. Surtout que son chef, le Malien Sultâne Ould Badi est un trafiquant notoire. Alors que Ould Mohamed Khayr a toujours été jugé comme un aventurier par ses compères d’AQMI qui n’ont jamais eu confiance en lui.

Un autre mouvement partage le souci de cibler l’Algérie. Un peu plus marginal que le MUJAO, le «mouvement des fils du Sahara pour la justice islamique», composé essentiellement des ressortissants des zones sahariennes algériennes. Né en 2007, il a eu à son actif une attaque célèbre : l’opération de Djanet effectuée le 8 novembre 2007 et à la suite de laquelle les autorités algériennes ont ouvert des pourparlers avec le mouvement. Pour ce faire, elles auraient utilisé les services des notabilités locales pour avoir une accalmie. Le mouvement réapparait en septembre 2011 à travers un violent communiqué annonçant que le mouvement prend ses bases dans le nord malien avec pour objectif de s’attaquer au pouvoir algérien. Les combattants de ce mouvement seraient aujourd’hui sous la bannière du MUJAO pour certains, de Ançar Eddine pour d’autres.


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AQMI dans tout ça ?

Si l’on fait le parallèle entre ce qui s’est passé en Afghanistan et ce qui se passe encore dans la zone sahélo-saharienne, on pourrait dire que le mouvement Ançar Eddine serait à AQMI et aux autres factions jihadistes, ce que les Talibans du Mollah Omar ont été à Al Qaeda et à Ben Laden, un parrain protecteur.
Les retrouvailles de Tombouctou entre les chefs de différentes factions indiquent le degré d’implication de l’ensemble des groupes armés jihadistes. Mokhtar Belmokhtar alias Bella’war chef de la katiba des Mulathamine (bataillon des enturbannés), Abdel Hamid Abu Zeyd chef du bataillon Tareq Ibn Zeyad et Abul Hammam, qui dirige le bataillon Al Furqan se seraient retrouvés autour du chef du groupe Ançar Eddine, Iyad Ag Ghali. Pour parler probablement de la création d’un Etat islamique salafiste et du rôle futur de chacune des factions. Ou pour préparer les contre-attaques éventuelles, venant ou non de l’extérieur. Ils peuvent déjà se congratuler.
Créé en 1998, le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) est venu s’implanter dans cet espace sahélo-saharien, créant un Emirat qui a vécu du rapt d’Occidentaux et des trafics notamment de drogue.

Dirigé depuis 2004 par Abdel Malek Droukdal alias Abu Mus’ab Abdel Wedoud, ce groupe a pris langue avec Al Qaeda. Le 11 septembre 2006, le deuxième homme de la nébuleuse, Ayman Al Dhawahiri, annonçait le ralliement du GSPC à Al Qaeda mère. Ce qui sera confirmé par Droukdal deux jours après.
Mais il faudra attendre le 24 janvier 2007 pour voir le GSPC changer de nom et devenir Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI). Droukdal rêve d’un Emirat au Sahara. «Nos objectifs principaux sont les mêmes qu’Al-Qaïda mère, affirme-t-il dans une interview au New York Times en 2008. Concernant le Maghreb islamique, le plus important est de sauver nos pays des tentacules de ces régimes criminels, qui ont trahi leur religion et leurs peuples. Parce qu’ils sont tous les sécrétions de la colonisation qui a envahi nos pays pendant deux siècles et permis à ces régimes de gouverner, les intérêts occidentaux ne peuvent être protégés».

Il nomme Yahya Jouady à la tête de l’Emirat du Sahara (9ème région après les huit de l’Algérie). L’Emirat couvre cet espace sahélo-saharien qui s’étend sur les frontières du Mali, du Niger, de la Mauritanie, de la Libye, du Tchad et même du Nigéria (plus tard). A l’origine, Yahya Jouady alias Abou Ammar devait supplanter Bella’war accusé d’être plus occupé à faire des affaires qu’à développer le Jihad dans la région. Son arrivée en 2007, ne changera rien dans le dispositif existant. Bella’war est déjà assez implanté dans le tissu social pour se laisser faire facilement. Scellant des alliances avec les tribus locales à travers les mariages et l’assistance sociale en cas de besoin. La première approche consistera à susciter la création d’autres bataillons, afin de marginaliser Bella’war.

La katiba Tarek Ibn Zeyad, appelée aussi El Fatihine, voit le jour. Elle est dirigée par Abdel Hamid Abu Zeyd rendu célèbre par l’assassinat de certains de ses otages, notamment le Britannique Edwin Dyer et le Français Michel Germaneau. Il opère plus à l’est, vers la frontière avec le Niger. Il serait derrière le rapt des cinq français travaillant à Arlit au Niger.
Un autre bataillon voit le jour. Il est constitué autour de Yahya Abu Hammam, plus proche d’Abu Zeyd que de Bella’war. Sa katiba s’appelle «Al Fourqane». C’est lui qui va s’occuper un moment du dossier Mauritanie. Il est derrière toutes les attaques perpétrées contre notre pays, et participe en personne à certaines d’entre elles.
Bella’war, le plus saharien et le plus ancien de tous, dirige la katiba des «Moulathamine». Il est le moins brutal de tous et le plus lié aux trafics de tout genre. C’est le preneur d’otages numéro un. Des otages qu’il négocie toujours et qu’il libère en contrepartie de sommes faramineuses (trois à quatre millions d’euros par tête en moyenne), ou de libération de prisonniers jugés proches de son réseau.


Dossier: Quand le Mali perd le Nord, c’est toute la région sahélo-saharienne qui est dans la tourmente
Enfin, pour couronner l’opération d’implantation et d’insertion sociale, une quatrième katiba a été créée. «Al Ançar», c’est son nom, est dédiée aux Touaregs salafistes jihadistes. Elle est dirigée par l’un d’eux, Abdel Kerim Targui, proche cousin de Iyad Ag Ghali qui créera plus tard Ançar Eddine. Le prosélytisme salafiste jihadiste a porté ses fruits dans une région de non-droit, abandonnée par les pouvoirs centraux et où le crime organisé s’est développé à la faveur de ce foisonnement d’organisations combattantes illégales.
Ils seraient entre quatre et cinq cents combattants dont la moyenne d’âge est de 25 ans, venant de tous les pays de la zone sahélo-saharienne : Algérie, Maroc, Mauritanie, Mali, Niger, Burkina, Tchad, Sénégal et même Nigéria. Ils auraient largement profité du chao libyen pour acquérir de nouvelles armes, plus sophistiquées, plus meurtrières que celles qu’ils ont utilisées jusqu’à présent.
Que veut AQMI ? Créer un Emirat islamique qui servira de base pour «combattre les impies», gouvernements jugés à la solde de l’ennemi de l’Islam (l’Occident), populations ne se pliant pas aux «préceptes originels de l’Islam», intellectuels, cadres, femmes dévoilées… et surtout lutter contre la démocratie considérée comme une apostasie, source des malheurs des peuples de la sous-région. C’est du moins l’objectif officiellement exprimée des chefs de l’organisation.

Dans la vie de tous les jours, on les voit se mêler aux trafics les plus illicites : drogue, armes, personnes, cigarettes et même alcool. Et s’ils ont réussi leur insertion sociale dans cet espace sahélo-saharien, c’est bien parce qu’ils ont pu «accompagner», couvrir et promouvoir les activités qui font vivre les populations et qui sont nécessairement des activités illégales.
Avec la prise des grandes villes du nord malien par ses alliés d’Ançar Eddine et ceux de MUJAO, AQMI aura à faire une mutation. De mouvement faisant des montagnes Tegharghar un Tora Bora saharien, AQMI est désormais adressée dans des villes comme Tombouctou, Gao ou Kidal. Peut-être pas ses éléments algériens, mais son élément africain, surtout malien et mauritanien. Est-ce à dire qu’il est plus facile désormais d’éradiquer le mouvement ? Rien n’est moins sûr maintenant qu’elle a de nouveaux armements, des bases fixes et un territoire à défendre.
Les spécialistes ont souvent parlé de la volonté d’Al Qaeda de provoquer l’arrivée sur ses territoires d’opération d’un élément militaire occidental. Cela lui permet à chaque fois de transcender le débat sur la légalité de combattre une armée d’occupation, et en même temps de justifier de nouveaux recrutements. C’est la théorie de «l’ennemi lointain» qu’il faut amener à proximité en combattant «l’ennemi proche» que sont les gouvernements locaux (Jean-Pierre Filiu).

Certains considèrent que les attaques du 11 Septembre ont été une catastrophe pour Al Qaeda et ses protecteurs Talibans, pour ce qu’elle a signifié de désastres, de morts ciblées, de démantèlements de réseaux, de perte d’initiative… D’autres estiment par contre qu’elle a permis à la nébuleuse de vivre une multitude de vies et sur tous les continents.
Qu’en sera-t-il de l’expérience que nous voyons se déployer au Mali ? Va-t-elle servir AQMI en en faisant un mouvement de libération nationale, ou, au contraire, va-t-elle la desservir en mettant à nu son caractère encombrant pour les populations ? En d’autres termes, dans les jours qui viennent, l’enjeu ne sera pas seulement «quelle intervention pour éradiquer le mouvement ?», mais celui de savoir qui des protagonistes présents, aujourd’hui alliés, va servir l’autre (ou le desservir).

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La drogue dans tout ça ?

En Mauritanie, les saisies de drogue ont connu une multiplication au lendemain du coup d’Etat du 3 août 2005. C’est à cette date-là que, partout en Afrique de l’Ouest, les saisies augmentèrent. L’on découvrait alors l’ampleur du phénomène et son implantation. On se souvient combien chez nous cela a été laborieux de mettre à nu les réseaux et leurs commanditaires.
On estime que ces années-là voyaient passer entre 80 et 100 tonnes de cocaïne en transit sur le continent africain. Particulièrement par les pays de l’Afrique de l’Ouest. On découvrait, au milieu des années 2000, que des Etats étaient en passe de devenir des Rogue States (Etats voyous). La Guinée Bissau, la Guinée Conakry, le Mali, le Nigéria, un peu le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie.


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Les routes que prenait le trafic de drogue allaient des côtes vénézuéliennes, de Colombie et d’autres pays latino-américains, traversaient l’Atlantique pour aller dans les ports africains, et souvent dans les déserts. En Mauritanie, les réseaux de ce genre ont été vite démantelés au lendemain du putsch de 2005 (comme si le changement avait mis à nu des réseaux de trafic qui ne prenaient pas de précaution particulière). Cela continua dans le désert malien où l’existence de foyers de tension multiples était propice à l’absence d’autorité sur place.
Les réseaux impliquèrent des dignitaires du régime, comme partout ailleurs en Afrique de l’Ouest. Et, plus grave, les groupes terroristes commencèrent à en vivre. Soit en faisant payer des droits de passage aux trafiquants, soit en leur proposant protection et patrouille de sécurité moyennant une partie des bénéfices.

L’argent généré sert à corrompre les hautes sphères de l’Etat. Pour AQMI, il sert aussi à faire des actions sociales qui lui permettent de se rapprocher des populations. On estimait que l’argent de la drogue servira à certains politiques dans les élections initialement prévues le 29 avril prochain. Le coup d’Etat intervenu a peut-être cassé le rythme, remettant en cause l’establishment lié au trafic de drogue. Ce qui a accéléré l’évolution sur le terrain des mouvements armés qui sont souvent – très souvent – des milices formées et organisées dans la seule perspective de protéger les réseaux.

Ce n’est pas par hasard si certains officiers appartenant aux communautés du nord malien, se sont donnés dans la résistance à l’avancée des factions armées, en fait ils ne faisaient que défendre leurs intérêts. En filigrane se dessinait la bataille pour le contrôle des routes commerciales transsahariennes des trafics, notamment de drogue. Les communautés qui risquent d’être supplantées sont celles des Arabes – fortement présents dans les réseaux – et celle des Imghad. Elles le seront par des éléments Ifoghas et ceux des groupes AQMI qui se seront convertis carrément dans le trafic.

La première conséquence «sociale» de ce changement de parrains, est la mise à l’écart de l’ensemble arabe qui n’aura plus d’autre choix que de se jeter dans les bras des factions AQMI. Dans un environnement comme celui qui va suivre le départ de l’armée malienne du Nord et l’arrivée en puissance des Touaregs, les Maures de Tombouctou, de Gao et du Nord en général vont rallier en masse les groupes armés dits salafistes. Ne serait-ce que pour se défendre.

Dossier réalisé par Mohamed Fall Oumeir
La Tribune


              

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