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Djihâd: Les enfants de l’Occident


International
Lundi 8 Septembre 2014 - 08:00

On assiste aujourd’hui à l’émergence d’une nouvelle vague de terroristes panislamistes. Sa particularité : la forte présence de militants issus du monde occidental.


Djihâd: Les enfants de l’Occident
L’accent british du bourreau de Jim Foley [le journaliste américain assassiné le 19 août] matérialise le cauchemar des gouvernements occidentaux : celui de la guerre à domicile. Un thème d’ailleurs exploité dans une vidéo de l’Etat islamique qui circule depuis quelques semaines sur la Toile, où, sur fond de villes américaines, une voix off lance un inquiétant : “Nous sommes déjà parmi vous”, avant d’enfoncer le clou : “Nous l’avons toujours été !”
 
Mais ce cauchemar ne concerne pas seulement les Etats-Unis. L’Etat islamique attire des milliers de jeunes Européens, des musulmans de deuxième génération, citoyens ou résidents de l’Union européenne. Ils sont britanniques, français, allemands, scandinaves, belges ou italiens.
 
Pouvait-il en être autrement à l’ère de la mondialisation, qui transforme les sociétés occidentales en sociétés multiethniques et multiculturelles ? Ce n’est pas un hasard si le groupe chargé du “circuit pénitentiaire” des otages de l’Etat islamique, et notamment le “John” qui a mis fin aux jours de Foley, est surnommé “les Beatles” par les djihadistes. Et ce n’est certainement pas parce qu’ils psalmodient Lucy in the Sky with Diamonds entre deux versets coraniques. Les “insectes” britanniques, de même que leurs compagnons partis de France ou d’Allemagne, constituent la cinquième génération panislamiste. Ce sont les descendants spirituels de ceux qui ont pratiqué le djihad contre les “athées” soviétiques dans les années 1980, de ceux qui ont fait leur baptême du feu en Bosnie au cœur des années 1990, de ceux qui se sont fédérés autour d’Al-Qaida dans l’Afghanistan des talibans, et enfin de ceux qui ont combattu en Irak durant l’épopée sanguinaire d’Al-Zarkaoui.
 
Mais cette cinquième vague est inédite par la forte présence de combattants qui sont nés ou ont grandi dans le monde occidental. Certains d’entre eux sont très jeunes, et il ne s’agit pas toujours de garçons. Par son dogmatisme, ses réponses claires aux incertitudes de la vie et son appel à la dimension communautaire, l’islam radical offre des réponses qu’aucun système culturel n’est plus en mesure d’offrir depuis la fin des grandes idéologies. Pour les membres de cette génération du refus et de la rancœur, ce n’est pas seulement une politique qui criminalise l’islam, c’est tout un système de valeurs. Pour eux, aucun passeport ne peut remettre en question la seule appartenance qu’ils revendiquent : celle d’une communauté transnationale fondée sur les principes radicaux d’une idéologie.
 

Djihâd: Les enfants de l’Occident
Pour une partie de ces jeunes, après avoir fait campagne en Irak ou en Syrie, il est normal de retourner dans le pays où ils ont grandi et de reprendre une vie quotidienne ponctuée d’autres impératifs, comme la famille et le travail.
 
Plusieurs portes s’offrent aux jeunes moudjahidin qui ont échappé aux mains ou aux yeux de l’ennemi, et qui ne sont donc pas fichés à jamais par les services de renseignements. Certains ont vécu cette période comme une expérience existentielle liée à leurs 20 ans ; ils considèrent que les kalachnikovs ont constitué un moment fondamental de leur vie, mais qu’elles appartiennent désormais au passé. De plus, l’aggravation des conflits internationaux et la perception d’une criminalisation collective de l’islam, souvent alimentée dans les communautés locales, n’excluent pas qu’ils reprennent un jour les armes. D’autres en revanche restent liés de plus ou moins loin au réseau djihadiste, ce qui permet à ce dernier d’étendre ses tentacules dans les métropoles occidentales. Il s’agit dans ce cas de djihadistes masqués, ou d’“agents dormants”, qui ne prennent surtout pas part à la vie du quartier. Ce sont des individus potentiellement très dangereux, qui savent manier armes et explosifs et qui peuvent frapper sur demande extérieure ou décision autonome. Le risque aujourd’hui est de voir les villes occidentales se transformer en avant-postes du conflit irako-syrien. Ce qui confirmerait, si besoin est, que la distinction entre le global et le local est toujours plus ténue.

Renzo Guolo
La Repubblica (Rome)

 
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