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Dix choses que vous ignorez (sans doute) sur la Corée du Nord


Lu sur le web
Mardi 9 Avril 2013 - 20:00

Kim Jong-un, troisième du nom à la tête du régime communiste dynastique nord-coréen, affole la planète avec ses menaces de frappes nucléaires contre les Etats-Unis et leurs alliés en Asie. Ces menaces ne sont pas totalement prises au sérieux, même si chacun se méfie des engrenages fatals ou du caractère irrationnel du régime de Pyongyang.


Churchill, Roosevelt et Staline à Yalta en février 1945 (SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA)
Churchill, Roosevelt et Staline à Yalta en février 1945 (SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA)
De la Corée du Nord, on connaît à la fois beaucoup et peu de choses. Voici dix éléments que vous ignorez peut-être, et qui permettent de mieux cerner ce point chaud planétaire qui inquiète jusqu’à Fidel Castro, sorti de sa retraite pour conseiller la prudence à son jeune camarade de Pyongyang, un peu trop impulsif aux yeux du barbu de La Havane qui a lui-même frôlé la guerre nucléaire en 1962.

1/Une victime collatérale de Yalta

Février 1945 à Yalta, station balnéaire sur la mer de Crimée. Il y a un parfum de victoire dans l’air à ce sommet réunissant le Britannique Winston Churchill, l’Américain Franklin D. Roosevelt et le Soviétique Joseph Staline. Même s’ils ne se sont pas partagé le monde comme le veut la légende, il y a eu des décisions lors de ce sommet destiné à préparer le monde de l’après-guerre.

L’une d’elle, à laquelle ils n’ont pas consacré beaucoup de temps, a été de diviser la péninsule coréenne entre deux zones d’influence à la défaite japonaise, l’une américaine au sud du 38e parallèle, l’autre soviétique et chinoise au Nord.

Même si, à Yalta, Winston Churchill aurait déclaré qu’il n’avait « jamais entendu parler de ce foutu endroit » (« never heard of the bloody place », cité par Jasper Becker dans « Rogue Regime »). Cette division devait être provisoire, mais 68 ans plus tard, les Coréens en paient toujours le prix.

C’est Staline et son service secret, le NKVD, qui prennent les choses en main à partir de 1945 pour bâtir de toutes pièces un régime communiste au Nord, comme ils le feront ailleurs.

Leur choix se porte sur Kim Il-sung, un obscur militant communiste coréen ayant grandi en Chine où il était arrivé à l’age de sept ans, parlant mal le coréen, inconnu dans son pays, mais dont ils feront, par un subtil mélange de force et de propagande, un dieu vivant.

« Nous l’avons fait à partir de zéro »

« Nous l’avons fait à partir de zéro », se vante même Leonid Vassin, agent du NKVD, cité par Jasper Becker, qui a écrit une histoire du régime des Kim :

« Quand Kim est arrivé, nous avons remarqué qu’il ne parlait pas couramment coréen », se souvient Vassin. Le 23 août [1945], Vassin explique qu’il a reçu l’ordre de lui donner un costume civil, et lui a donné trois jours pour apprendre un discours qui avait été écrit pour lui.

Ce discours a été prononcé devant le premier congrès du parti organisé par des vétérans communistes, qui avaient été libérés à la suite de la défaite japonaise. Comme Kim n’avait aucune légitimité ni soutien, le NKVD a préféré lui créer son propre parti, le Parti des travailleurs. Très vite, ils ont contraint les autres partis à fusionner avec lui et brouillé les pistes sur son origine. »

Jasper Becker raconte comment, « dès 1949, la République démocratique et populaire de Corée était devenue une dictature stalinienne à part entière, avec ses camps de travail, ses purges, ses détentions arbitraires, et son culte de la personnalité. Kim a érigé la première statue à son effigie alors qu’il n’avait pas 40 ans, et commença à se faire appeler “le Grand Leader”, ou Suryong en coréen ».

Mao et son fils Anying en 1949 (DR)
Mao et son fils Anying en 1949 (DR)
2/Le fils de Mao est mort pendant la guerre de Corée

La guerre de Corée (1950-1953) est le premier conflit de la guerre froide Est-Ouest.

Selon les archives soviétiques découvertes à Moscou après la fin de l’URSS, c’est Kim Il-sung qui a lancé l’idée d’attaquer le Sud, et a réussi à en convaincre Staline. Le leader soviétique, alors au faîte de sa gloire et de sa puissance, a poussé la Chine de Mao, alors dans son orbite, à aider la Corée du Nord.

Près d’un million de Chinois, membres d’une armée de « volontaires », s’engageront dans cette guerre de trois ans, pensant remporter une victoire facile sur une Corée du Sud à laquelle les Etats-Unis semblaient alors attacher peu d’importance.

Ce fut une erreur de calcul, et l’armée chinoise subit de très lourdes pertes. Parmi les victimes, le propre fils de Mao Zedong, Mao Anying, qui s’était engagé parmi les « volontaires ».

Ce prix du sang crée un lien particulier entre les Chinois et la Corée du Nord. En 2003, pour le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre, une grande exposition au musée militaire de Pékin avait attiré une foule immense, souvent des familles guidées par des anciens combattants.

Le clou de cette expo était un planisphère géant de la Corée en relief et en bronze, sur lequel on pouvait marcher, et qui indiquait les lieux des grandes batailles. J’ai observé des hommes âgés qui y passaient des heures, visiblement en repensant à des événements vécus sur ces reliefs, aux amis perdus. Le sujet reste très sensible en Chine. Les historiens qui tentent de raconter une histoire différente de l’épopée officielle sont réprimés.

Et c’est de son exil aux Etats-Unis qu’un écrivain chinois, Ha Jin, a raconté pour la première fois, en s’inspirant de l’histoire de son père, le sort de ces milliers de prisonniers de guerre chinois tombés aux mains des Américains, et que Mao ne voulait plus revoir vivants puisqu’ils avaient été capturés au lieu de se sacrifier au combat.

Ha Jin raconte dans son magnifique roman, « War trash » (« Les rebuts de la guerre » en traduction française, Le Seuil, 2006), comment ces prisonniers, dans des camps sud-coréens, se voyaient offrir le choix entre rejoindre Tchang Kaï-chek, l’anticommuniste de Taïwan, ou retourner en Chine vers un sort incertain. Ou comment certains étaient tatoués de force par des agents de Tchang Kai-chek avec des slogans hostiles à Mao, pour empêcher tout retour en Chine où ils seraient exécutés pour ce crime...

Park Geun-hye, l’actuelle présidente sud-coréenne, s’était rendue à Pyongyang en 2002 (Kim Jong-il, par Michael Breen, éd. John Wiley & Sons)
Park Geun-hye, l’actuelle présidente sud-coréenne, s’était rendue à Pyongyang en 2002 (Kim Jong-il, par Michael Breen, éd. John Wiley & Sons)
3/La Corée du Nord a assassiné la mère de la présidente sud-coréenne

La Corée du Sud vient d’élire démocratiquement une nouvelle présidente, Park Geun-hye, une vieille connaissance de la Corée du Nord, à plus d’un titre. Mme Park est la fille d’un ancien dictateur militaire de la Corée du Sud, Park Chung-hee, qui a régné sur le pays d’une main de fer de 1961 jusqu’à son assassinat en 1979. Ce ne sont pas les Nord-Coréens qui l’ont tué, bien qu’ils aient tenté de le faire, mais son propre chef des services de renseignement.

En revanche, au cours d’une de leurs tentatives d’assassinat de Park Chung-hee, en 1974, des agents commandités par la Corée du Nord ont tué son épouse, la mère de l’actuelle présidente sud-coréenne, d’une balle destinée à son mari.

Malgré ce passé tragique, Park Geun-hye a fait le voyage de Pyongyang, en 2002, lors d’une brève période de rapprochement et d’espoir de paix entre les deux Corées. Il en reste cette étrange photo en compagnie de Kim Jong-il, avec en arrière-plan cette fresque de nature déchaînée, un couple qui ne semble pas avoir grand-chose à se dire, fixant l’objectif pour meubler leur silence...

Depuis son élection en février, la présidente Park Chung-hee n’est pas épargnée par la propagande du Nord, qui la traite de « prostituée ». Depuis, les menaces d’annihilation nucléaire font passer ces insultes pour de banales querelles de voisinage...

Cette connaissance intime, quoique tragique, entre la nouvelle présidente sud-coréenne et son voisin du Nord, pourrait, le cas échéant, devenir le meilleur atout pour la paix dans la péninsule.

4/La DMZ est la zone la plus militarisée au monde

De même qu’on ne franchissait pas, avant la chute du mur, le point de passage de Check Point Charlie, à Berlin, entre est et ouest, sans avoir une boule à l’estomac, il faut avoir visité Panmunjon, dans la zone démilitarisée entre les deux Corées, pour comprendre la froide hostilité entre les deux mondes.

La grande attraction touristique est évidemment la minuscule baraque au toit en tôle ondulée, séparée en deux par la ligne de démarcation de la fin de la guerre en 1953.

On y pénètre en compagnie d’un soldat (américain si l’on vient du Sud, nord-coréen si on vient du Nord), à la condition de se tenir de son côté de la ligne. Au bout de la pièce, un soldat de l’autre bord surveille la scène, et des micros enregistrent les explications données par les guides militaires pour qu’aucune incitation à la guerre ne soit prononcée...

La zone démilitarisée porte mal son nom, puisque c’est, de fait, la zone la plus militarisée au monde, se disputant ce titre avec la frontière indo-pakistanaise...

La guerre est aussi celle de la propagande. Les Nord-Coréens y construisent un mât géant auquel est accroché un drapeau, dont la taille lui vaudrait une entrée au Guiness Book of Records si Pyongyang en faisait la demande... Et les slogans lancés par haut-parleurs dans les moments de tension font partie des grands classiques de la guerre psychologique.

A l’heure nucléaire, toutefois, la DMZ perd de son enjeu stratégique. Si la guerre devait un jour éclater, elle passerait sans doute par les airs, à coups de missiles, avec ou sans tête nucléaire. Et la ligne peinte au travers de la baraque de Panmunjon perdrait aussitôt de son importance...

Kim Kong-il looking at things (via Tumblr)
Kim Kong-il looking at things (via Tumblr)
5/Kim Jong-il était (malgré lui) une icône pop

Kim Jong-il a vite été repéré pour son potentiel artistique. Certes, le défunt dictateur nord-coréen avait lui-même un goût artistique prononcé, en particulier pour le cinéma, sa passion. Mais nous parlerons ici de l’objet iconique qu’est devenu le fils de Kim Il-sung et père de Kim Jong-un.

Le Web a assurément beaucoup fait pour la gloire artistique de Kim Jong-il, en particulier avec la diffusion des images de la propagande nord-coréenne.

Cela a donné une série à succès, un tumblr intitulé « Kim Jong-il looking at things », Kim Jong-il regardant des objets, inspiré par les photos de tournées d’inspection du Grand Leader, observant avec la plus grande concentration un légume, un balai, une machine... Des photos généralement signées de l’agence officielle KCNA, mais détournées de leur sens initial.

Le plus hilarant, dans ce comique de répétition visuel, c’est l’attitude des gens qui l’entourent, journalistes prenant soigneusement des notes (voir le point 8), généraux fiers de l’être, ou cadres obséquieux attentifs à ce que tout soit parfait.

Il y a deux ans, l’exposition de ces photos, collectionnées par l’artiste allemand Marco Bohr, a même fait son entrée aux Rencontres d’Arles, haut lieu de la photographie d’art contemporain, le couronnement d’une carrière involontaire, interrompue trop tôt par la mort.

Mais les artistes orphelins comptent beaucoup sur le potentiel du fils pour prendre le relais, même si, pour le moment, la série s’intitulerait sans doute, de manière sinistre, « Kim Jong-un playing with nukes », Kim Jong-un s’amuse avec le nucléaire.

Photo satellite des deux Corées en 2011, la Corée du Nord dans le noir (via Gizmodo)
Photo satellite des deux Corées en 2011, la Corée du Nord dans le noir (via Gizmodo)
6/La nuit en Corée du Nord, il fait vraiment noir

L’image est connue, mais on ne s’en lasse pas. Une image satellite prise de nuit fait apparaître le plus grand contraste entre la Corée du Nord et celle du Sud : la seconde regorge de lumière, la première reste dans un noir intégral.

Ce constat, je l’ai fait sur place, à Pyongyang, en tentant de marcher, de nuit, à la recherche d’un casino chinois, à l’aide d’un plan dessiné à la main...

Inutile de dire que dans la ville plongée dans le noir, je n’ai pas trouvé, et, surtout, au bout d’un moment, le policier en civil chargé de nous surveiller, mes compagnons de marche et moi, est venu jusqu’à nous pour nous dire que nous faisions fausse route. Avant qu’un véhicule officiel ne nous ramène de force à notre hôtel dont nous nous étions échappés...

Ce contraste, on le constate également à la frontière entre la Chine et la Corée du Nord, Dandong côté chinois, Sinuju côté Corée, séparées par le fleuve Yalu et son pont à moitié détruit par un bombardement américain il y a plus d’un demi-siècle.

La nuit, Dandong brille de tous ses néons, avec ses grands restaurants, y compris ceux ouverts par la Corée du Nord pour gagner quelques devises, dans lesquels les serveuses portent le badge de Kim Il-sung et peuvent entonner quelques chants patriotiques si on les y invite...

La nuit, Sinuju est plongée dans le noir le plus profond. Pas une lumière ne provient de la rive coréenne, comme si on changeait de siècle en traversant le fleuve.

Ça n’a pas toujours été le cas, jusqu’à l’effondrement du soutien soviétique en tout cas, comme on peut le voir au regard de l’architecture moderne (années 70) de Pyongyang. Aujourd’hui, la nuit nord-coréenne est bien noire.

« Le Camarade Kim Jong-il, Dirigeant bien-aimé, orientant le travail de la Rédaction du journal » (Rodong Sinmoun, Grand Guide des Journalistes)
« Le Camarade Kim Jong-il, Dirigeant bien-aimé, orientant le travail de la Rédaction du journal » (Rodong Sinmoun, Grand Guide des Journalistes)
7/Kim Jong-il, l’ami des journalistes

Au cours d’une visite en Corée du Nord, on m’a remis un livre précieux : « Grand guide des journalistes », un ouvrage traduit en français, en forme de petit livre rouge, qui s’est révélé d’une lecture fascinante, dès l’avant-propos :

« Notre presse écrite et parlée a atteint à l’heure actuelle son plein épanouissement et nos journalistes déploient tout leur talent au service du Parti et de la révolution.

Les progrès qui se constatent chaque jour dans notre presse et le développement des qualités humaines et professionnelles des journalistes ainsi que les émouvantes histoires d’affection d’homme à homme seraient inconcevables sans la direction clairvoyante et la sollicitude immense du camarade Kim Jong-il, Dirigeant bien-aimé de notre peuple.

Aimant la compagnie des journalistes, le camarade Kim Jong-il s’applique à régler les problèmes grands et petits qu’ils rencontrent dans leur travail et leur permet, en leur fournissant de claires orientations, de produire des textes et de réaliser des publications de valeur réelle, tout à la fois conformes aux intentions du Parti et à l’attente du public.

En prenant les journalistes sous sa généreuse protection, qui s’étend jusqu’à leur vie quotidienne, il les aide à mieux répondre à la confiance du Parti. Sous sa brillante direction, grâce à sa vive intelligence et à l’affection dont il entoure les travailleurs de la presse, celle-ci connaît maintenant un essor continu très remarquable. »

Dès le premier chapitre, intitulé « Travaillons à notre manière », le guide précise :

« Tous les jours, à l’aube, dans le pays du matin calme qu’est redevenue la Corée du Djoutché [l’idéologie nord-coréenne, ndlr], la radio diffuse la mélodie du “Chant du général Kim Il-sung‘, immortel hymne révolutionnaire. En l’entendant, notre peuple commence sa journée, rempli de la fierté d’avoir pour Leader le grand camarade Kim Il-sung et de vivre en Corée.

Le choix de cette mélodie pour commencer les émissions radiophoniques du jour est un témoignage de la volonté du camarade Kim Jong-il, Dirigeant bien-aimé, de mettre en valeur cette voix du Djoutché qui accomplit la révolution sous la conduite de son grand Leader.

La musique signalant le début des émissions d’une station de radio est un des aspects importants de celles-ci. C’est en effet un facteur déterminant de leur caractère. Auparavant, la mélodie du Chant de printemps qui, par son lyrisme, invitait à méditer, commençait ces émissions.

Le camarade Kim Jong-il, qui considère tous les problèmes de façon créatrice, saisissant parfaitement les exigences de l’évolution de la réalité et les aspirations de notre peuple, a fait remplacer la mélodie du Chant de printemps par celle du Chant du Général Kim Il-sung comme signal d’annonce de nos émissions radiophoniques.’

Des leçons de professionnalisme qui restent d’actualité pour tous les journalistes du monde entier.

8/La crise diplomatique ‘à l’allemande’ qui a tourné court

25 mai 2002, 8 heures du matin : je me trouve sur le trottoir en face de l’ambassade d’Espagne à Pékin, dans le quartier de Sanlitun. Un car de ‘touristes’ débarque ses passagers à 200 mètres de là, devant le ‘Friendship store’, un grand magasin bien connu.

Le groupe d’hommes, femmes et enfants, casquette d’une agence de voyage vissée au crâne, avancent lentement jusqu’à l’entrée de l’ambassade espagnole, gardée par un policier chinois armé.

Soudain, trois hommes s’emparent du policier, le maîtrisent, pendant que le groupe pénètre en courant dans l’enceinte diplomatique. Une fois le dernier passé, les trois hommes libèrent le garde et entrent à leur tour.

C’est une première : les assaillants sont des réfugiés nord-coréens, et ils ont choisi l’Espagne car ce pays assure la présidence tournante de l’Union européenne. Ils réclament le droit de se rendre en Corée du Sud, ce que leur interdit la Chine, point de passage obligé pour ceux qui fuient le goulag nord-coréen.

L’assaut a été mis au point la veille au soir dans une salle d’un restaurant coréen de Pékin, et doit marquer le début d’une offensive sur les ambassades destinée à créer une crise diplomatique internationale.

La référence est évidente : en 1989, quelques mois avant la chute du mur de Berlin, des dizaines, puis des centaines de jeunes Est-Allemands ont occupé les missions diplomatiques ouest-allemandes dans plusieurs pays, créant une crise internationale qui a précipité les événements conduisant à la chute du régime communiste est-allemand.

Un Allemand fait d’ailleurs partie des stratèges qui, au côté de Sud-Coréens et de... Français, aide les Nord-Coréens à préparer leur coup d’éclat.

La ‘campagne des ambassades’ durera plusieurs mois, avec plusieurs occupations de missions diplomatiques. Elle permettra effectivement à plusieurs dizaines de réfugiés nord-coréens de gagner la Corée du Sud et leur liberté, mais ne fera pas tomber le régime de Pyongyang.

A la différence des régimes communistes d’Europe centrale en 1989, la Chine réagira avec vigueur, installant des barbelés autour des ambassades étrangères, et multipliant les gardes. Y compris autour de celle de Corée du Nord, un immense bunker d’architecture stalinienne au cœur de Pékin, au cas où un transfuge nord-coréen distrait se serait mis dans la tête de se réfugier chez ses bourreaux...

9/Transfuge du Nord, citoyen de troisième classe au Sud

Pendant plusieurs années, pour Médecins du Monde, Marine Buissonnière et Sophie Delaunay ont aidé, par tous les moyens, les Nord-Coréens qui cherchaient à s’enfuir via la Chine. Elles ont publié en 2005 ‘Je regrette d’être né là-bas’ (éd. Robert Laffont), des récits de transfuges.

Voici les impressions de Pok-Yôl, un jeune Nord-Coréen qui a réussi à gagner la Corée du Sud :

‘Quand on se sent enfin en sécurité, la première chose qui vient à l’esprit c’est de se dire qu’on va gagner un maximum d’argent pour aider nos compatriotes du Nord. Mais la réalité n’est pas aussi simple.

Quelques jours après mon arrivée à Séoul, on a estimé mon niveau scolaire à celui d’un enfant de sept ou huit ans en Corée du Sud. Je me suis senti si inférieur et humilié lorsque l’instructeur m’a dit qu’il faudrait tout recommencer à zéro !

J’avais passé mes vingt premières années à me battre pour survivre, je n’avais plus sept ans ! J’ai abandonné l’idée de reprendre des études dans un institut de remise à niveau et j’ai essayé de trouver un travail manuel à ma sortie de Hanawon. Cela s’est révélé presque aussi difficile qu’en Chine.

J’ai d’abord décroché un petit boulot dans un restaurant traditionnel. Le patron m’a renvoyé lorsque, le troisième jour, je suis arrivé avec quelques minutes de retard. Il m’a dit qu’il souhaitait vraiment me donner une chance, mais que nous, les Nord-Coréens, nous étions tous pareils et qu’on ne pouvait pas nous faire confiance. Le plus dur, en Corée du Sud, c’est de ne pas se sentir compris.

S’il m’avait laissé le temps, je lui aurais peut-être expliqué que je n’avais pas fermé l’œil la nuit précédente, et que je m’étais finalement endormi, épuisé, au petit matin. Je lui aurais sans doute aussi parlé des camps et des geôliers qui sont toujours là, dans ma tête. La nuit, on n’a nulle part où s’échapper quand on a peur. Mais personne ne s’en soucie.’

‘C’est comme si on leur faisait peur’...

‘Je pensais que la Corée du Sud serait une seconde patrie pour moi, mais on ne nous traite pas comme les Sud-Coréens et c’est un vrai choc. J’ai parfois le sentiment que les Sud-Coréens n’ont pas envie d’employer des Nord-Coréens. Comme si on leur faisait peur. [...]

J’ai détesté les deux mois que j’ai passés à Hanawon [centre d’accueil des transfuges nord-coréens, ndlr]. C’était vraiment stupide la manière dont ils essayaient de nous rééduquer, comme si nous étions inférieurs, immatures et rustres. Pourtant, la seule différence entre nous et eux est économique, c’est tout.

Hanawon, c’était exactement ce à quoi j’avais voulu échapper en partant : la discipline spartiate et absurde. C’est ça qui nous empêche de nous adapter.

Quand j’étais en Chine, j’avais entendu dire que le gouvernement du Sud considérait les Sud-Coréens comme des citoyens de première classe, les ouvriers étrangers comme des deuxième classe, et les transfuges nord-coréens comme des troisième classe et ça m’inquiétait un peu. En fait, je crois que c’est vrai. On n’est que des citoyens de troisième classe [...].

Mon vœu le plus cher est que dans deux ou trois ans, nous soyons réunifiés. Mais je ne suis pas sûr que le gouvernement de Séoul s’y prenne très bien pour faire progresser ce dossier. Il suffit de voir comment la Corée du Sud traite les transfuges pour comprendre que leur vision de la réunification est fausse.

Accueillir des réfugiés d’Allemagne de l’Est a été pour l’Allemagne de l’Ouest le moteur de l’unification. La Corée du Sud, elle, est très réticente à accueillir des réfugiés. J’ai été mis dans la position d’un mendiant. Nous sommes traités comme des gens qui viennent quémander à manger.’

10/La France s’est battue deux fois sur le sol coréen

Le saviez-vous ? L’armée française s’est battue à deux reprises sur le sol coréen.

L’intervention la plus connue, quoique négligée par l’histoire, est bien sûr l’envoi d’un contingent français d’un millier d’hommes dans le cadre de la force des Nations Unies (en fait une armée sous commandement américain) pendant la guerre de Corée, de 1950 à 1953. Un navire de guerre français a également participé aux opérations.

Mais, fait totalement occulté par les livres d’histoire, on sait moins que l’armée française a mené une expédition punitive contre le Royaume de Corée en 1866, en représailles contre la mort de plusieurs missionnaires catholiques français et l’extermination de milliers de fidèles coréens convertis.

A l’époque, la Corée est surnommée le ‘royaume ermite’, et cette expédition française, conduite par le contre-amiral Pierre-Gustave Roze, est la première d’une puissance occidentale dans ce pays.

L’opération navale qui remonte jusqu’aux portes de Séoul, se termine de manière non concluante. Les Français estiment avoir ‘lavé la mort’ de leurs missionnaires, mais les Coréens estiment avoir opposé une telle résistance que l’envahisseur n’a pas insisté et s’est retiré...

L’épilogue de cette opération attendra... 2010. Car, au cours de leur razzia, les militaires français firent main basse sur 297 manuscrits royaux coréens anciens, déposés ensuite à la Bibliothèque nationale de France et versés au patrimoine national inaliénable de par la loi française.

Aux demandes répétées de restitution de ces précieux manuscrits par la Corée du Sud, la France opposa une fin de non-recevoir, jusqu’au jour où les enjeux économiques ont commencé à être importants avec une Corée du Sud devenue puissance industrielle.

François Mitterrand avait promis le retour, mais c’est Nicolas Sarkozy qui l’a fait, sans violer la loi puisqu’il a conclu en 2010 un accord de prêt renouvelable tous les cinq ans, donnant ainsi satisfaction aux Coréens, au grand dam des gardiens des archives nationales qui redoutent un précédent fâcheux...

Pierre Haski
Pour rue89.com
Mamoudou Kane


              

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