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Discours de Mohamed Ould Abdel Aziz, à l’occasion du 28 novembre: Discours à la nation ou présentation de bilan?


Actualité
Mardi 29 Novembre 2011 - 07:02

Le président de la République, Mohamed Ould Abdelaziz, a prononcé, à la veille de la fête de l'Indépendance, un discours à la nation mauritanienne. Les présidents se limitaient à féliciter la Nation et à faire un bref passage sur les «grands enjeux nationaux». Mais, Ould Abdelaziz s’est contenté d'énumérer et de détailler les réalisations du gouvernement pendant l'année écoulée.


Discours de Mohamed Ould Abdel Aziz, à l’occasion du 28 novembre: Discours à la nation ou présentation de bilan?
D’habitude, ceci échoit au Premier ministre. Ce dernier présente, chaque année, le bilan annuel de son gouvernement et la politique générale de celui-ci pour l’année suivante. Pourquoi
préfère-t-il que le discours du 28 novembre soit une présentation de bilan ? Est-ce à dire, en d'autres termes, que les réalisations doivent être attribuées à la présidence et non au gouvernement (malgré tout, il s’agit de deux institutions distinctes) ? Est-ce pour couper l'herbe sous les pieds du gouvernement ? Cela augure-t-il d’un remaniement ministériel à l’horizon, surtout que le président a tantôt utilisé la forme passive («un tel a été fait, il a été procédé à….») tantôt attribué les réalisations à «l’État» et non au gouvernement («l’État a poursuivi sur ses fonds propres son action»; «l’État n'hésitera pas à améliorer les conditions matérielles et morales de notre peuple…») ? Est-ce une manière de dire que l’État c’est lui et lui c’est l’État ? Ou s’agit-il juste d’une pure et simple autocratie où tout est attribué à un seul individu ?

Reconnaissance (et défis) de la résistance

Le Président a commencé son discours par «prier pour le repos des martyrs de la Résistance nationale et de tous ceux qui ont suivi la voie qui fut la leur en présentant le sacrifice de leur vie sur le champ d'honneur pour la défense de la Mauritanie, la liberté et la dignité de ses fils». Si Ould Abdel Aziz avait pris soin dans la même occasion l'année dernière pour donner le nom «Rue de la Résistance» à la plus grande rue de Nouakchott, comme il a donné, l’année précédente, le nom de «Rue Mokhtar Ould Daddah» à l'une des plus grandes rues de Tevragh Zeina, il s’est limité cette année à ces deux lignes envers les symboles de la résistance. Qu’aurions-nous perdu si, par exemple, nous avions donné à l'aéroport en construction le nom «Aéroport international Mokhtar Ould Daddah» à l’instar de «Aéroport international Mohammed V» et «Aéroport international Léopold Sédar Senghor»?

Ould Abdelaziz a, tout de même, fait deux mises en gardes, à peine voilés, relatives au printemps arabe ; la première est destinée à son système pour «faire son autocritique, mobiliser ses énergies afin d'accompagner un monde qui évolue à un rythme effarant», la deuxième est destinée aux prétendants à printemps «qui a désorienté bien des peuples dans leur totalité, les a exposés à l'insécurité, à la désunion et à la banqueroute». Il a conclu son discours par le même ordre d’idées en prenant compte de la polémique autour du passif humanitaire: «les défis du développement durable nous appellent à nous départir des mentalités déviantes, à unifier nos rangs et à conjuguer tous nos efforts en vue de surmonter les tares héritées du passé et d'affronter les contraintes imposées par les bouleversements itératifs qui secouent le monde d'aujourd'hui. C'est seulement ainsi que nous pourrons garantir la sécurité de notre pays, renforcer notre unité nationale…».

Réalisations (et échecs) en vrac

Ould Abdelaziz a dit que «les autorités publiques ont fourni d'intenses efforts pour consolider les acquis et élargir leur champ afin qu'il englobe, entre autres domaines vitaux, l'assainissement de l'état civil, l'amélioration des mécanismes de l'exercice démocratique, la modernisation du secteur de la pêche et la révision de notre système éducatif». Bref, tous les dossiers qui donnent lieu à des polémiques au sein de l'opinion publique sont, à ses yeux, des exemples de la réforme du système.
Pourtant l’état-civil constitue aujourd’hui plus que jamais un élément de division: l’enrôlement pour les uns (le recensement pour les autres) ne rassure pas, nos citoyens qui voyagent dans les pays voisins sont l’objet d’ironie et de chantage pour port des cartes nationales d’identité expirées, le risque est évident de voir impossible l’organisation des prochaines élections dans les délais parce qu’on n’est pas (encore) doté d’un état-civil fiable...

Quant à «l'amélioration des mécanismes de l'exercice démocratique», ce n’est (encore) qu’une déclaration de bonne foi convenue dans un dialogue qui n’a convaincu qu’une majorité déjà (trop) convaincue et engagée, avec 4 partis de l'opposition, dont la représentativité de deux est très discutable.

«La modernisation du secteur de la pêche» veut dire, pour lui, les engagements de l’entreprise chinoise dans le fameux accord de pêche entre elle et la Mauritanie. Un accord qui a suscité un tollé de réactions dans l'opinion publique nationale. Un accord qui a été approuvé par l’Assemblement nationale lors d'une séance boycottée par les députés de l'opposition. Pour Ould Abdelaziz «la révision de notre système éducatif» veut dire, d’après son discours, la construction d’une nouvelle université des sciences islamiques, d'un campus universitaire et la création de plusieurs instituts supérieurs spécialisés, d'une école polytechnique à Nouakchott, d'une école des mines à Akjoujt, d'une école de génie civil à Aleg, de lycées d'excellence et de centres d'enseignement technique et professionnel dans les wilayas. Aucun mot sur les États généraux de l’éducation qu’il a tant promus. Ni sur l’augmentation de la durée de formation dans les écoles des instituteurs au détriment du contenu. Ni sur le recrutement d’instituteurs arabisant, d’instituteurs francisant et d’instituteurs bilingues alors que la généralisation de la forme de l’éducation de 1999 suppose la suppression de la différenciation sur la base des langues.

«Excellence» à la Défense et «silence» sur les ministères dominants

Le président Mohamed Ould Abdelaziz a valorisé l’amélioration du «niveau opérationnel de nos forces armées et de sécurité, ce qui a donné des résultats positifs dans les domaines de la prévention et de l'élimination des menaces terroristes. De même, une stratégie globale de sécurisation de nos frontières a été mise en œuvre à travers la création de points de passages précis». En y ajoutant, pour des raisons peu probables, «l'organisation d'une opération d'enrôlement des populations qui se caractérise par l'ouverture, la transparence et l'équité».

Si le secteur de la Défense jouit de l’estime du président, celui-ci a passé sous silence les éventuelles réalisations des trois plus importants ministères du gouvernement: celui de l’intérieur, celui de la justice et celui des affaires étrangères. Est-ce-que les services rendus gracieusement par Boidiel Ould Houmeid exigent une forme d’ «ingratitude» face aux réalisations de son rival qui, en tout cas, ira à la retraite dans les prochaines semaines ? Est-ce-que les ressentiments au sein de la justice contre son ministre Abidine Ould El Kheïr font de toute valorisation de son action une sorte d’offense à la pudeur ? L’absence de valorisation des réalisations éventuelles du ministère des affaires étrangères est-elle due au «thiébtib à échelle internationale» qui caractérise la diplomatie mauritanienne depuis quelque temps ?

Estimes variables

Si on organise les secteurs en fonction des priorités aux yeux du président Mohamed Ould Abdelaziz, les premiers de ces secteurs seraient la santé, l’habitat et l’équipement et les transports. Tout de même, Ould Abdelaziz n’a pas parlé de la santé mais plutôt de l'accès aux services de santé. Il a énuméré «la création de trois hôpitaux publics à Arafat, Zouérate et Akjoujt ; de trois autres
formations spécialisées dans les domaines de la santé mère et de l'enfant, de la cardiologie et de l'oncologie ; de trois nouvelles écoles de santé publique à Néma, Sélibaby et Rosso, ainsi que la dotation de nombreux hôpitaux et centres de santé en équipements appropriés». Il se peut que cela porte un message d'avertissement au ministre: toutes les réalisations dans votre secteur sont soit datées d’avant votre nomination soit faites sur intervention personnelle de ma part.

Dans le secteur de l’habitat et l’aménagement territorial, Ould Abdelaziz a déclaré que "l’État" a supervisé «la réhabilitation de l'ensemble des quartiers précaires. Le taux de réhabilitation de ces quartiers à Nouakchott a déjà dépassé les 75% et atteint 95% à Rosso au moment où cette opération, qui s'est complètement achevée à Nouadhibou, a débuté à Kaédi, Zouérate et Akjoujt. De nouvelles collectivités urbaines, répondant aux exigences du développement, comme N'Beyket Lahouach ou Termessa, ont été bâties alors que les regroupements de Chami et Bourate ont commencé à voir le jour. Dans le même ordre d'idées, les travaux de reconstruction de la ville de Tintane avancent normalement. 8000 parcelles à usage d'habitation ont été distribuées, 27 kilomètres de routes bitumées ont été construits et 22 ouvrages collectifs couvrant notamment les domaines de l'éducation, de la santé, de l'eau et de l'électricité ont été édifiés».

Une fois encore «l’État» a créé deux sociétés pour le transport terrestre et aérien qui sont déjà opérationnelles. Une création qui entre, d’après lui, «dans le souci de dynamiser l'économie». Paradoxalement, il a évité de parler des efforts du ministère de tutelle visant à réglementer le secteur des transports, de veiller à la sécurité routière et de «moraliser» le métier des transporteurs. Pourtant, le citoyen lambda sent que quelque chose bouge dans ce secteur qui touche sa vie quotidienne. Concernant l’équipement, Ould Abdelaziz a déclaré que "l'Etat" continue à poursuivre tous les «efforts en matière de construction et de réfection de routes sur toute l'étendue du territoire national. Ainsi, des routes bitumées pour une longueur linéaire de 1280 kilomètres ont été effectivement exécutées depuis 2009 et sont en phase d'exécution.

Il y a également plus de 1400 kilomètres de routes dont le lancement des travaux est en cours de préparation». Il ne fait aucun doute que la construction des routes est l'un des paris que ce pouvoir est en train, très semblablement, de gagner, étant donné qu’il a pu construire au bout de deux années ce que les régimes d’avant n’ont pas construit durant les trois décennies d’avant. Et pris en compte le plan d’actions du ministère, Ould Abdelaziz aurait eu droit, dans les trois prochaines années, à exhiber que son pouvoir a réalisé, dans le domaine des infrastructures, le double de ce qui a été réalisé depuis l’indépendance de la République, d'autant que les partenaires du développement en Mauritanie ne cessent d’envoyer des signes d’approbation de ce plan d’actions.

Mots croisés

Ould Abdelaziz a valorisé le projet Aftout Essahli «qui a permis de résoudre le problème de l'eau à Nouakchott». Ajoutant que les travaux sont en cours d’exécution en «deux autres projets non moins importants». Il s’agit de la nappe du Dhar au Hodh Charghi et Aftout Charghi «qui couvrira les besoins en eau du triangle de l'Espoir à partir de Foum Gleita». Il a parlé du «caractère stratégique de l'agriculture» sans pour autant dévoiler ce qui en résulte. Il a annoncé que «les rendements (de l’agriculture) ont accusé une hausse de 39% par rapport aux dix années précédentes». Bien qu’il ait dit que ce secteur «a été frappé par une anarchie sans précédent au cours des périodes écoulées». Il a valorisé «la création d'une société des équipements agricoles, le grillage de 1000 kilomètres pour la protection des cultures sous pluies, la distribution d'importantes quantités de semences et d'engrais aux paysans et la distribution de 1324 hectares aménagée, en toute transparence, à 125 diplômés chômeurs».

Il a évoqué la création d'un fonds pour l'environnement, de la plantation de centaines d'hectares dans l'Intérieur et de la mise en œuvre du projet de protection de la ville de Nouakchott à partir du sable, un projet qu’il a violemment critiqué il y a trois mois. Dans le domaine de la Communication, Ould Abdelaziz a parlé de l'établissement de stations de radio dans toutes les capitales des wilayas, «la libéralisation de l'espace audiovisuel, la connexion du pays au câble sous marin des télécommunications et la révision de la loi sur la presse afin d'y introduire la dépénalisation des délits de presse et de conférer aux journalistes les moyens d'exercer leurs devoirs». On se demande sur l’utilité de tant de chaînes de propagandes alors qu’on se scandalise déjà de leur radio mère (Radio Mauritanie) ? Tout comme sur l’utilité d’une telle libéralisation tant que les licences sont exclusives à ceux qui rassurent le système ? Sur l’avantage des amendements au moment où on assiste à une politique officieuse qui vise à étouffer financièrement les journalistes ? Le message le plus significatif de tout le discours aura été l’aveu de Ould Abdelaziz, qui n’a cessé de blâmer nos hommes politiques de tous les maux, sur «la maturité et le savoir-faire de la classe politique mauritanienne ainsi que son patriotisme».

El Mechri Ould Rabbany
Mamoudou Kane


              

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