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Diplomatie mauritanienne: La fin du «ni-ni»?


Société
Mardi 19 Juillet 2011 - 18:19

* Rétrospective sur cette article paru il y a un an : mise à jour 22 juillet 2012.

Dans le cadre d'une brève rétrospective sur la diplomatie mauritanienne de ces cinquante dernières années, trois articles sont à paraître. Ce premier papier se propose d'évoquer ce trait d'union géographique naturel et culturel qu'est la Mauritanie pour le monde arabe et le monde sahélien. Si là doit être le fondement de sa diplomatie, il n'en en est peut-être plus ainsi, depuis la fin des années 70.


De gauche à droite: Hamdy Ould Mouknass, Moulaye El Hassen et Ahmedou Ould Abdallah
De gauche à droite: Hamdy Ould Mouknass, Moulaye El Hassen et Ahmedou Ould Abdallah
La diplomatie c'est «l'action multiforme, systématique et méthodique qui permet de mettre en œuvre la politique extérieure d'une nation. Cette politique en soi est un aspect de la conception que cette nation a d'elle-même, et de la place qu'elle ambitionne d'occuper parmi les nations.» rappelait Mohamed Lemine Ould El Ketab, ancien ambassadeur.  Il s'agit donc d'un moyen d'action ayant pour finalité ultime de servir la nation et ses intérêts. «Et ce moyen d'action doit être décidé par rapport à une analyse approfondie, stratégique et multidimensionnelle des intérêts économiques, moraux, politiques, sociaux, géopolitiques d'un pays.» explique-t-il aujourd'hui.
Or, «Vous ne retrouvez aucun de ces éléments dans la «stratégie diplomatique» mauritanienne depuis trente ans. Car en réalité il n'y en a pas; on avance à vue.» continue-t-il.

«La diplomatie aujourd'hui ne suit pas de ligne réfléchie, clairement déterminée. Aujourd'hui par exemple, on cherche en priorité à rassurer les bailleurs de fonds. Quitte parfois à s'emmêler les pinceaux. Ou à aller à l'encontre de cet intérêt premier, comme lors de la visite du premier ministre Ould Laghdaf en Syrie il y a quelques semaines» déclare Ely Ould Allaf, ancien ministre sous Mokhtar Ould Daddah, et ancien ambassadeur durant une vingtaine d'années.

Ce constat est partagé par d'autres anciens fonctionnaires de la diplomatie mauritanienne. «Les militaires ont amené avec eux une époque d'extravagance c'est vrai. Depuis leur arrivée, ils ont voulu briser cet ancrage de la Mauritanie dans les deux mondes. Ils ont voulu cloisonner ce pays à une unique entité arabe.» soutient un ancien haut-fonctionnaire au ministère des affaires étrangères, qui a requis l'anonymat. 

«C'étaient des régimes sans vision. Surtout celui de Maouiya, qui a voulu rompre avec l'ancrage naturel de la Mauritanie dans l'Afrique noire; d'où sa sortie de l'Union Africaine. C'est directement ce métissage non-assumé qui a mené la Mauritanie à cette longue période diplomatique du «ni-ni»; ni du monde noir, ni du monde arabe, et presque sortie du traité de l'Afrique-Caraïbes- Pacifique (ACP) à un moment des années 90» continue ce haut fonctionnaire.

Diplomatie mauritanienne: La fin du «ni-ni»?
«Du temps de Mokhtar Ould Daddah nous étions un pays arabe, en même temps sahélien, un pays non-aligné; on combattait pour le mouvement de libération en Afrique du Sud, en Palestine, en Guinée-Bissau... Notre politique tenait compte de notre philosophie affichée que tout peuple décidait de son sort. Ce fut la seule période où ce pays a eu  une vraie vision géopolitique.» explique Ould El Ketab.

Diplomatie mauritanienne: La fin du «ni-ni»?
Un complexe arabe?
 
Cette période de «vision géopolitique» saluée à l'époque par l'Afrique et le monde aurait laissé la place à une politique basée essentiellement sur les intérêts personnels et surtout sur une idéologie qui aurait poussé sur les terreaux baasistes et nasséristes dans les années 80.
«Les militaires ont depuis longtemps été sous influence nassériste et/ou baasiste, bien que ces deux mouvements aient été vidés de leur idéologie de départ, en Mauritanie en tout cas. Comprenez que le nassérisme n'est pas un mouvement exclusivement arabe, ni raciste. Nasser avait pour vision un tiers-monde fort. Contrairement au baasisme qui est replié sur l'identité arabe, influencé par le socialisme. Maouiya à un moment s'en est réclamé, galvanisé par le sommet sur la sécurité arabe en 1990, organisé par Saddam Hussein à Damas. C'est dans l'esprit de ce mouvement que Saddam visait la reconstitution de l'empire des Abbassides» narre Ould Allaf.
Cela a contribué à l'isolement de la Mauritanie sur la scène internationale. La fin de cet isolement sera marquée par la reconnaissance d'Israël par Maouiya, à un moment où la Mauritanie «étouffait littéralement». « Cette reconnaissance ne s'est faite que pour avoir accès aux fonds du FMI et de la Banque Mondiale » selon un diplomate mauritanien de Nouakchott qui a requis l'anonymat.
Mais pas uniquement. «Maouiya avait reconnu Israël aussi pour une importante raison de protection. Ça n'allait pas avec la France à cette époque, alors pour plaire aux USA, il a reconnu Israël. Tout simplement.» dit Ould Allaf.
 
Il ne s'agirait même pas de cela, ou en tout cas pas directement. «Les gens qui ont notre destin entre les mains sont des petits soldats avec une vision inexistante du passé qui peut servir de ressort pour l'avenir. Ce n'est pas un problème idéologique.» estime Mohamed Lemine Ould El Ketab. Comment expliquer sinon, selon lui, que les autorités actuelles soutiennent des régimes massacrant leurs propres populations, comme en Syrie, ou au Yémen? «La visite de Ould Laghdaf a été perçue comme un important soutien moral au régime syrien isolé sur la scène internationale.» note-t-il.
«Le Moyen-Orient est assurément la zone du monde la plus complexe. Et les mauritaniens en réalité ne comprennent rien à ce qui s'y passe. On devrait être moins naïf, plus prudent quand on s'y aventure.» acquiesce Ould Allaf.

Diplomatie mauritanienne: La fin du «ni-ni»?
A nouveau un trait d'union?
 
Aujourd'hui, la diplomatie mauritanienne serait caractérisée par un retour dans son cadre géopolitique sahélien. «la présidence d'Aziz du panel pour la paix de l'Union Africaine en est le symbole le plus frappant. Même si ce panel a un bilan plus que mitigé. Il est en train d'ancrer la Mauritanie dans le Sahel» explique Oumer Fall, directeur de publication de La Tribune.
À l'heure des discours politiques sur l'unité nationale on se rend compte qu'en fait, les événements intérieurs influencent fortement la politique étrangère du pays. «Quand les communautés noires se révoltaient, on coupait les amarres avec le Sénégal, mais idem par rapport à des relations perturbées avec le Yémen et l'Arabie lorsque Maouiya a combattu fermement les discours religieux radicaux.» rappelle Oumer Fall.
 
Pourtant, selon Ely Ould Allaf, les intérêts mauritaniens sont d'abord et avant tout en Afrique noire.
«La diaspora mauritanienne est composée d'un demi-million de personnes. Un peu moins des ¾ d'entre eux se trouvent en Afrique noire. Il est évident qu'une grande partie de nos intérêts et ceux de nos concitoyens se trouvent dans cette partie du monde, de Saint-Louis au Cap. Et c'est un atout qui impose au gouvernement présent, et ceux à venir, de bonnes relations avec tous ces pays qui accueillent bien nos compatriotes.» explique-t-il.
 
«La Mauritanie est un pays à nécessité géopolitique; c'est une terre de convergence entre le Maghreb et l'Afrique noire. À ce moment précis, la Mauritanie doit être cette interface. C'est pour cela que ce problème avec le Sénégal n'arrive pas au bon moment.» déplore Oumer Fall.
 
Mamoudou Lamine Kane
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