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Développement : Plus un pays a de ressources naturelles, moins son niveau scolaire est élevé


Economie
Mardi 20 Mars 2012 - 12:10

C'est désormais prouvé : pétrole, gaz, charbon, or, fer, uranium et minerais de toutes sortes constituent une malédiction pour les petits écoliers des pays qui les abritent. A méditer en Mauritanie où effectivement l'explosion des ressources minières coïncident avec un marasme sans fin du système éducatif.


Développement : Plus un pays a de ressources naturelles, moins son niveau scolaire est élevé
"Montre-moi ton bulletin, je te dirai si le sous-sol de ton pays regorge ou non de richesses naturelles". Telle est (un peu caricaturée) la proposition que lance Andreas Schleicher, directeur adjoint de l'OCDE et conseiller de l'organisation en matière de politique éducative. Car c'est désormais prouvé: pétrole, gaz, charbon, or, fer, uranium et minerais de toutes sortes constituent une malédiction pour les petits écoliers des pays qui les abritent.

Andreas Schleicher a en effet trouvé une corrélation significative et statistiquement vérifiée entre, d'un côté, la part du PNB (produit national brut) venant des ressources naturelles dans plus de soixante dix pays, et, de l'autre, la performance de leurs élèves à des évaluations en mathématiques (ou équivalent).

Concrètement, lorsque la contribution des ressources naturelles au PNB augmente d'un point, on constate que les résultats à l'évaluation Pisa diminuent de 2,5 points (la moyenne des résultats étant de 450). Le tout, bien entendu, par rapport aux performances que les autres indicateurs décisifs pour l'enseignement pourraient laisser espérer, et, notamment, le PNB (car, –bien heureusement–, la qualité de l'enseignement ne dépend pas simplement des ressources naturelles!)

La palme à l'Arabie saoudite

Ainsi, aucun des pays qui arrivent en tête du classement Pisa ne dépend significativement de ses ressources naturelles pour développer son économie: c'est vrai par exemple de Singapour, de Hong Kong, de la Corée du Sud, de la Finlande ou encore du Japon, tous très bien classés.

En revanche, tous les pays où les ressources naturelles contribuent pour plus de 6,02% au PNB (6,02% étant la moyenne des pays considérés), affichent des résultats Pisa inférieurs à la moyenne: c'est le cas de la Malaisie, du Chili, de l'Algérie, de l'Iran, d'Oman, la palme revenant à l'Arabie saoudite, où les ressources naturelles représentent environ 47% du PNB alors que le score des élèves en mathématiques est l'un des plus bas des pays étudiés, avec le Kirghizistan, le Salvador et le Ghana.

Explication de l'expert: les pays pauvres en ressources naturelles savent qu'ils ne peuvent compter que sur leurs compétences, pour se développer et nourrir leur population. L'éducation –tout comme, ensuite, la recherche et développement par exemple– est donc érigée en priorité nationale.

La règle souffre cependant trois exceptions: le Canada, mais surtout l'Australie et la Norvège, dont les élèves décrochent de bons scores à Pisa malgré le rôle important que jouent les ressources naturelles dans l'économie de ces pays.

Andreas Schleicher ne s'en étonne pas: ces trois pays ont adopté des politiques rigoureuses de gestion de leur manne naturelle pour ne pas «flamber» immédiatement toutes leurs ressources et toutes leurs cartouches. La Norvège, avec son fonds pétrolier (dénommé fonds de retraite étatique), en constitue sans doute l'exemple le plus abouti puisque ce fonds gère la bagatelle de 3.000 milliards de couronnes (400 milliards d'euros) pour un pays de 5 millions d'habitants qui doivent vivre, donc, (presque) comme s'ils ne bénéficiaient du pétrole que pour leurs emplois...

La Mauritanie pas en reste

La Mauritanie n'échappe pas à cette règle. L'explosion de gisements miniers et pétroliers ces six dernières années, couplée à la manne halieutique, n'a pas particulièrement poussé les autorités à rechercher des voies de développement plus durables, liées notamment à l'éducation d'une population très majoritairement jeune. On se souvient de l'enthousiasme lorsque des perspectives de présence pétrolière ont été annoncées, ou lorsque l'or a été évoqué. "C'en est fini de la galère" entendait-on. Une demi-douzaine d'années plus tard, rien n'a changé: la pauvreté stagne au même niveau des 49% de la population, la répartition des richesses est toujours abyssale, l'économie est encore dépendante de ses ressources naturelles, pas diversifiée pour un sou.

Dans le même temps, les différentes tentatives de réformer un système éducatif "à la rue" selon les termes de plusieurs de ses acteurs, n'auront jamais été que des tentatives politiques de promouvoir telle ou telle langue, notamment l'arabe, au détriment d'une autre. Mais le contenu même et la qualification des pédagogues n'a jamais été évoqué.

Cette recherche n'est que la dernière de la longue histoire des études économiques qui ont démontré à quel point l'abondance de ressources naturelles –et tout particulièrement d'hydrocarbures– peut être, si le gouvernement n'y prend garde, néfaste pour l'économie dans un pays: il est tellement facile de s'enrichir en exploitant ces ressources que d'autres voies, plus durables mais plus difficiles à court terme, restent inexplorées.

Les exportations de matières premières contribuent aussi à renchérir la devise nationale, ce qui dope les importations et rend plus complexe le développement d'une base industrielle nationale. L'économie, par rapport à la richesse nationale, reste donc relativement sous-développée.

Noorinfo avec slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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