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Deux sacrés mauritaniens rencontrés entre Casa et Nouakchott : le vieil ange et le petit diable...


A.O.S.A
Lundi 8 Juillet 2013 - 14:39


Deux sacrés mauritaniens rencontrés entre Casa et Nouakchott : le vieil ange et le petit diable...
Le premier est un homme mûr sorti de nulle part dans la fameuse salle « secrète » de transit. J’étais bien installé à naviguer difficilement le net à 2H de l’embarquement quand soudain je vois à ma gauche un ancien en train de s’expliquer avec une charmante responsable des lieux à mon sujet. La femme semblait agacée et lui amusé de la prendre en défaut. Voilà comment nous avons fait connaissance avant la suite qui me fit rire aux larmes : la femme voulait le mettre dans la navette pour la salle d’embarquement mais lui refusait arguant que j’avais décliné l’invitation or nous allions tout deux à Nouakchott. C’est ainsi qu’elle a réalisé agacée, il n’avait rien manqué de notre conversation avant d’en arriver à lui.
 
 
En effet, m’ayant proposé de monter dans la navette, j’avais expliqué à la dame que c’était un peu tôt vu que l’embarquement n’était que dans 2H et nous étions à 3 minutes des lieux. De plus, les services de transit nous ont demandé de venir plus tôt pour avoir un « bon » pour le dîner mais, pour ma part, ça ira très bien en restant ici car je n’avais pas faim du tout ayant d’une part silencieusement à l’esprit le vieux sandwich sec de midi qui à lui seul annonçait, à intervalle régulier, sans risque de se tromper le menu du soir à éviter, d’autre part, en voyageur expérimenté en ce genre d’aventure, j’avais déjà consommé machallah deux petits sandwichs bios, confectionnés à la maison C.E.E avec les meilleurs produits les mieux adaptés pour remonter le moral, un pain artisanal on  ne peut plus frais et surtout toute l’expérience d’un palais averti autant dire qu’ils furent du meilleur secours  à l’heure fatidique, ce qui me permit de rester poli sans mérite.
 
Mais, pendant que j’étais maraboutiquement rassasié de milles petites bonnes choses, l’homme qui ne savait rien de mon menu gastronomique voulut paraître aussi détaché de ces choses alimentaires  en grand seigneur du désert qui sait supporter la faim sans s’en rendre compte. Aussi, a-t-il décidé de laisser passer le fameux « bon » pour un dîner en me jetant un regard de noble complicité. Ne le connaissant pas assez pour le détromper et surtout assez gêné d’avouer après ce regard complice que j’avais pris d’avance toutes les précautions alimentaires destinés d’habitude qu’aux enfants, j’ai donc laissé mon noble ami laisser échapper sa seule chance de mâcher quelque chose avant longtemps.
 
Ainsi, malgré la navette déjà avancée à vide, la femme ayant accepté gentiment de venir me chercher à ma guise, ne pouvait que faire de même pour ce seul compagnon de transit sorti d’on ne sait où après toute une aventure. Pourtant, il était temps pour lui de partir car figurez-vous que mon ami était là depuis la veille ! Voilà pourquoi.
 
Après avoir fait des yeux espiègles la navette entre la femme et moi expliquant ce que je viens de faire pour rester lui aussi plus longtemps et ayant réussi à établir l’autorité de ses arguments finalement acceptés, il s’assit en homme victorieux, heureux d’avoir enfin gagné une petite bataille en ces lieux. Je n’ai compris qu’ensuite pourquoi n’a-t-il pas forcé le ton et pourquoi avait-il un petit air nerveux derrière une admirable contenance à toute épreuve.
 
Monsieur K, dont je ne saurai jamais le nom, est un mauritanien d’une soixantaine d’années, en forme machallah, élancé à hauteur d’un 1 m 65 environ, se tenant toujours droit, l’oeil franc, l’air parfaitement bon, le regard sage avec quelquefois un éclair de malice parfaitement sous contrôle, portant admirablement bien un caftan de modeste facture mais comme taillé sur mesure avec un tissu assez souple permettant à l’homme d’être digne et élégant assis ou debout, une sorte de Kufi sur la tête. Sans le connaître, sans connaître cet air mauritanien qui même déguisé ne peut pas échapper à un autre mauritanien, on aurait pu le prendre pour un digne algérien ou un marocain ou n’importe quel patriarche arabe ou africain en déplacement sauf qu’il avait en plus l’aisance du commerçant habitué à être à l’aise qu’importe la compagnie et l’univers sans rien perdre de son âme.
 
Ce qui m’a frappé au premier regard c’est la bonté du personnage, la grandeur d’âme et ce côté musulman ou plutôt croyant qu’on retrouve  chez tous ceux qui croient tranquillement avec la sérénité de l’absolue conviction invinciblement émerveillée. Dès que je l’ai regardé, j’ai souri et j’ai ressenti beaucoup d’humanité chez ce monsieur comme c’est le cas quand on regarde les anciens d’une époque qui se perd. Cela n’a peut-être pas échappé à ce fin psychologue car en général je ne sais pas mettre un voile sur mon regard que n’importe qui peut lire comme un livre ouvert s’il sait lire avec l’esprit et pas seulement avec les yeux comme disent les amoureux de la littérature.
 
Toujours est-il que nous avons tout de suite sympathisé peut-être parce que mon ami avait aussi besoin de parler un peu car cela faisait presque 24H qu’il était là seul dans son coin tellement discret que je ne l’ai vu que lorsqu’il s’est manifesté tout à l’heure en échangeant avec la femme à mon sujet. Venu la veille des « émirates » après un départ nerveux et une vive altercation là-bas pour une mesquinerie des services compétents, il avait passé un mauvais moment avant d’embarquer pour Nouakchott via Casa. Mais arrivé sur place, il s’est calmé vite et n’a pas fait trop bruit pour avoir été abandonné presque 24H dans cette salle de transit, voilà pourquoi.
 
En bavardant, je lui ai expliqué que c’est la première fois que je prends la RAM car en général, je n’aime pas trop passer par les royaumes de « droit divin » car n’étant pas un européen ni un américain, on peut me jeter au trou pour rien et personne n’y pourra rien, certainement pas « mon » gouvernement. Je préfère en effet passer par Tunis car révolution ou pas, c’est autre chose.  A cet instant j’ai vu dans son œil passer un nuage comme s’il me disait de l’œil blessé : « ne m’en parle pas, j’en sais hélas quelque chose ». Il en savait tant et en avait autant sur le cœur qu’il n’a pas pu se retenir plus longtemps pour m’expliquer ses aventures qui lui valent de n’en mener pas large quand il remet les pieds au Maroc.
 
Jadis, comme c’était de coutume entre gens de bonne famille, on pouvait vous remettre une lettre ou un colis à transporter à l’étranger sans l’ouvrir ; la confiance régnant. Ainsi notre ami reçut «  rissale », un courrier à remettre à un grand patron dont je tairai le nom. Arrivé à Casa en pleine nuit, les policiers ont demandé à mon ami ce que contenait ce paquet qu’on découvre dès qu’on ouvre sa Samsonite de poche. Innocent il a expliqué que c’est un courrier pour tel personnage connu mais qu’il ne pouvait dire le contenu car l’éducation ne l’autorise pas à ce genre de curiosité. Il n’en fallait pas plus pour exciter les policiers qui ont ouvert la chose pour découvrir une somme respectable en devises.
 
Il faut connaître mon ami du jour, voir sa tête, ses silences, ce mouvement discret du sourcil ou du menton, l’inclinaison de la tête pour saisir pourquoi il s’est laissé faire sans broncher. En une seconde, abattu par le coup que lui a fait le mauritanien, il a tout de même trouvé l’esprit de réaliser que la situation à cette heure avec ce genre de policier faisait qu’il ne fallait plus dire un mot jusqu’à avoir affaire à un officier plus gradé.
Le voilà donc au « gniouf » comme il dit avec l’air d’une noble victime profitant de l’expérience pour faire une étude académique des lieux et de l’improbable compagnie. Le voilà tâté sans ménagement sans que je sache s’il fut tâté parfaitement. Le voilà ensuite jeté dans un trou du commissariat avec la compagnie des « loussouss » comme il dit en écarquillant les yeux comme on dit « ouf » après un coup sur la tête. Etc. Le supplice a duré toute la nuit jusqu’à ce que le lendemain l’officier du jour réalise qu’il n’y avait pas de crime car faire entrer ce genre de somme ce n’est pas comme les faire sortir surtout que les mauritaniens sont connus pour ce genre de service. Il fut donc libéré après une nuit qu’il n’a plus oubliée depuis. Aussi chaque fois qu’il vient au Maroc, il fait profil bas comme moi en ces terres royales.
 
Cela dit pendant tout son récit, je riais les larmes aux coins des yeux en essayant de rester sérieux car la manière de dire les choses, le ton, les nuances, la retenue étaient formidables comme savent faire les grands conteurs, la spontanéité en plus. Il m’a ensuite raconté, pour tuer le temps, un tas d’histoires dignes de nouvelles à succès car depuis 24H, il n’avait eu pour compagnie que les sympathiques femmes de ménage qui lui ont fait un thé du pays vu qu’il a passé la nuit sur place. J’ai tellement ri et j’en ris encore. La dernière fois que je l’ai vu c’était à l’arrivée des bagages, je n’ai pas pu l’aider longtemps à trouver sa valise car les miennes étaient déjà loin aux mains d’un agent qui voulait revenir au plus vite porter les valises d’un autre client. Pourvu que sa valise soit arrivée. Tout ce que je sais de ce monsieur c’est qu’il est des Oulad Ebéri.
 
Quant au second personnage, c’est un jeune islamiste tellement impressionnant que lorsque j’ai réalisé que je devais m’asseoir à côté de lui dans l’avion, j’ai pris le temps de voir si je pouvais m’asseoir ailleurs car il n’avait pas l’air commode du tout...

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chezvlane


              

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