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Délit de parenté


Vu de Mauritanie par MFO
Dimanche 2 Février 2014 - 16:18


Le président Mohamed Ould Abdel Aziz, en posture de chef religieux face à une manifestation réclamant la mort du supposé blasphémateur à Nouakchott. Crédit : AMI
Le président Mohamed Ould Abdel Aziz, en posture de chef religieux face à une manifestation réclamant la mort du supposé blasphémateur à Nouakchott. Crédit : AMI
Les manifestants qui demandaient la tête de l’auteur des attaques contre le Prophète Mohammad (PSL), s’en prennent désormais à l’avocat Mohameden Ould Ichidou qui défend l’auteur en question. Comme si le droit à la défense et à un procès équitable n’était pas inscrit dans toutes les législations, y compris celle de notre sainte religion. La déraison ne s’est finalement pas arrêtée à l’attaque de la seule personne de l’avocat, ses fils aussi subissent l’ire de la foule qui veut bien donner l’impression qu’il s’agit là de mouvements spontanés. Sans convaincre.
 
Les appels au boycott de produits vendus par les fils Ichidou sont une dérive de plus qui doit trouver sa justification dans le background de l’avocat qui ne laisse pas indifférent.
Homme de gauche, Me Ichidou est un militant de première heure. D’abord farouche nationaliste, défenseur de toutes les causes arabes, il devient le chef de file de la mouvance du mouvement national qui donnera le MND et les Kadihines. Plusieurs fois prisonnier, il est aussi l’un des premiers militants des Droits humains, lui qui a inspiré, parfois dirigé des campagnes de libération d’esclaves dans les campements reculés, lui qui a animé les premiers journaux du pays. Avant de militer dans les partis d’opposition comme l’UFD.
 
C’est probablement ce passé de militant de gauche (marxisante) qui en fait une cible aujourd’hui dans l’affaire qui secoue l’opinion publique. En effet, l’auteur est lui-même fils d’un ancien cadre de cette mouvance. Le site accusé d’avoir été le premier à publier l’article est supposé (à tort ou à raison) être proche de la mouvance. C’est donc en partie une vieille querelle entre différentes mouvances politiques (nationalisme-islamisme-Kadihines…) qui revit à travers l’excitation du sentiment anti-Ichidou.
 
Il faut y ajouter les querelles professionnelles qui empêchent justement l’Ordre national des avocats de réagir aux attaques contre un avocat à qui est reproché le fait de vouloir défendre un accusé devant les tribunaux. D’autres avocats se sont constitués …partie civile. Du coup, renait le vieux contentieux du temps où le régime de Ould Taya tentait d’apprivoiser l’Ordre national des avocats. A ajouter à l’inspiration anti-Ichidou.
 
Il y a quelques semaines, un collectif d’Imams et d’érudits dénonçait la prise de parole de l’un des chefs de Tawaçoul qui a osé critiquer une certaine pratique du rôle du religieux. Mais au lieu de s’en prendre à l’auteur des propos, le collectif a demandé la fermeture de la chaine Sahel et exigé une limitation de la liberté d’expression. Aucun syndicat de la presse n’y avait vu une menace. Comme aujourd’hui, l’ONA ne semble pas voir dans les attaques contre Me Ichidou une menace pour l’exercice de la profession d’avocat. C’est dire que devant cette campagne dangereuse, les organisations de la société civile semblent baisser les bras. Et quand elles s’expriment comme l’ont fait les organisations l’autre jour, c’est pour interférer dans un débat politique qui n’est pas le nôtre.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de s’en prendre avec violence à tel ou tel courant de pensée, mais d’exiger clairement un procès équitable pour tout accusé, d’exiger le respect du principe de la présomption d’innocence, de refuser la justice de la rue et l’instrumentalisation de questions sociétales qui méritent, il est vrai, réflexion, mais réflexion ouverte. Ce qu’on peut reprocher aux ONG, c’est de s’inscrire dans un registre politique partisan. Alors que nous avons besoin de nous en éloigner pour revendiquer la toute-puissance de la loi pour nous séparer en cas de conflit.
 
Il y a certes toutes les raisons d’être en colère, mais seule la loi a pouvoir de calmer cette colère et de juger entre nous. Nous ne pouvons et ne devons chercher à faire justice nous-mêmes, à décider par nous-mêmes.

MFO
Mamoudou Kane


              

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