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Déguerpissement : Les vendeurs ambulants protestent en marchant sur la Présidence


Société
Lundi 24 Septembre 2012 - 08:20

Des dizaines de vendeurs ambulants ont organisé, ce dimanche, une marche allant du Marché de la Capitale à la présidence de la République. Les cris de ces marchands ambulants, leurs protestations disaient tout leur désarroi face à la volonté des autorités administratives et municipales de dégager les marchés et principales artères de la capitale Nouakchott, à travers une énième campagne d’assainissement qui semble avoir l’aval des plus hautes autorités puisque le président Ould Abdel Aziz lui-même a été sur les lieux pour constater l’état d’avancement des travaux.


Déguerpissement : Les vendeurs ambulants protestent en marchant sur la Présidence
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C’est ainsi que, depuis le début du mois de septembre, le Grand Marché de la Capitale et pratiquement tous ceux de Nouakchott, offrent à ses visiteurs et aux simples passants un visage tout à fait nouveau, celui d’une grande bâtisse complètement dégagée de tous ses petits commerces qui, tout en faisant de ce haut lieu du commerce un « fourre-tout » constituait également son charme. Et même, disent certains, sa raison d’être puisque les petits commerces boostaient, en réalité, les ventes des grands magasins.

Après avoir dégagé les marchés et les places attenantes, les autorités veillent au grain, car ce n’est pas la première fois qu’elles jouent au chat et à la souris avec les vendeurs ambulants ( vendeurs de tissus, les vendeuses de voiles, les bana-bana sénégalais, les réparateurs de chaussures, les vendeurs de viande et de thé, les horlogers guinéens et tant d’autres petits commerçants), pour les empêcher de reprendre possession des lieux.

Personne ne peut dire, à l’heure actuelle, si on ne va retourner, sous peu, à la case départ ! Car ce n’est pas la première fois qu’une telle opération coup de poing est menée par les autorités administratives (Wilaya, moughataa, commune) et les forces de sécurité. On se rappelle qu’à la veille de chaque fête, la police dégageait les lieux dans une sorte de chassé-croisé qu’on estime être motivée par autre chose que le désir de remettre de l’ordre. Mais cette fois-ci la décision de donner au Grand Marché de la Capitale – qui se situe en plein centre ville - une vue décente semble être plus sérieuse.

Construit en 1982 par un homme d’affaires du nom de Haji Ould Sidina, rendu célèbre par la suite par le commerce du basin riche, le premier Marché de la Capitale sera agrandi en 1984 par la partie appelée communément aujourd’hui « Kerche el batroun » (qui signifie littéralement « le ventre du patron »), partie intérieure qui renferme les plus grandes boutiques dont certaines sont devenues de véritables « banques » s’adonnant au change à ciel ouvert.

Cet agrandissement aurait été décidé par le District de Nouakchott qui a noué un contrat avec le groupe Noueigued dont l’entreprise de BTP (ERB) se chargera de la construction des nouvelles boutiques. Le contrat de gestion des nouvelles constructions s’est achevé en 2006 et le groupe AON devait passer la main, en principe, à la CUN (Communauté urbaine de Nouakchott).

Un immense pactole

Tout le monde se pose la question : pourquoi l’on se bouscule au Grand Marché de la Capitale alors que Nouakchott compte des dizaines de marchés dont certains sont désespérément vides ? Qu’est-ci qui attire ici ces milliers de visiteurs (acheteurs) venant des neuf moughataas de la Capitale? Certaines boutiques du Grand Marché de la Capitale sont louées à des prix qui défient l’imagination, allant de 120.000 à 150.000 UM, nous a affirmé un commerçant de la place. Une sorte de surenchères qui explique que certains sous-louent les espaces se trouvant devant leurs boutiques à 20.000/25.000 ouguiyas.

Etre prêt à payer de tels prix démontre que le marché est une place stratégique pour qui veut vendre ou acheter. On se soucie alors très peu de l’encombrement qui, en cas d’incendie, comme le soulignent souvent les autorités administratives de la moughataa et les responsables de la sécurité civile, peut être à l’origine d’immenses dégâts matériels et même humains.
Il y a aussi que le marché de la Capitale fait face, de plus en plus, à des problèmes d’insécurité. «On est obligé quelques fois, quand il y a coupure d’électricité, de fermer les portes de nos boutiques, car on ne sait jamais ». D’aucuns pensent que la force du Grand marché de la Capitale a été, jusqu’alors, d’être un marché «multisectoriel», une sorte de fourre-tout où vous pouvez tout acheter et repartir. Ce n’est pas le cas du marché du 5ème (lieu de prédilection du poisson), du marché de la Socogim spécialisé dans l’alimentation générale tout comme «Marcet lehmoum» (marché du charbon) qui, au fil du temps, a fini par perdre sa « raison » première, les Nouakchottois utilisant de plus en plus le gaz butane en lieu et place du charbon de bois.

Il y a aussi que le Grand Marché est une sorte de carrefour, de point de jonction pour toutes les moughataas de la Capitale, à tel point qu’il est devenu une destination privilégiée pour les taxis. Celui qui descend au Grand Marché n’a plus que quelques centaines de mètres à faire pour atteindre les « bureaux » (les ministères), l’Hôpital de Nouakchott) où, s’il veut poursuivre vers Tevragh-Zeïna, le quartier chic de la Capitale, prendre les « Tout-droit », vieilles voitures, essentiellement des R12, qui détonnent d’un flot impressionnant de véhicules de très grande valeur de marques allemande, française, japonaise et même américaine.

D’ailleurs, cette nouvelle opération « coup de poing » de la police a permis le dégagement des artères du Grand Marché de la Capitale a permis aux nombreux visiteurs et aux grands commerçants de pouvoir parquer leurs voitures de manière « civilisée » et laisser ainsi les goudrons libres pour la circulation. C’est là l’un des avantages de cette opération. Mais il y a ceux qui pensent que le départ des petits commerçants a des effets négatifs sur le commerce du gros.

On pense qu’il y avait un effet d’entraînement qui faisait que les commerçants, à tous les niveaux, avaient établi une chaîne de solidarité telle que le tailleur dirigeait son client directement vers la boutique qui lui offrait l’espace où il se trouvait, le vendeur de montres se ravitaille en bracelets et en piles chez son fournisseur que le client ne peut dénicher, les bana-bana sont eux aussi de simples vendeurs à la criée qui font leurs comptes en fin de journée et empochent le bénéfice laissé par le commerçant.

On peut dire donc que, malgré le manque à gagner que constitue pour la commune l’absence d’adresse des petits vendeurs, le désordre du Grand Marché de la Capitale avait quelque aspect positif : tout le monde profitait de tout le monde.

Sneiba Mohamed
Pour saharamedias
Mamoudou Kane


              

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