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DIALOGUER


Tribunes
Lundi 21 Septembre 2015 - 16:48

Calmement rivés devant nos écrans, nous assistons, aujourd’hui, assourdis et horrifiés aux tumultes d’un siècle de progrès et de mort. Sur tous les continents, la puissance de l’homme a, on dirait, décuplé en lui la rage de détruire.


DIALOGUER
Partout la guerre, les interventions étrangères, les fanatismes  sèment la terreur et  mettent à genoux des nations naguère prospères. Pourquoi ?

Parce que les connaissances, le développement, informatique, internet, Twitter, Face book et toutes ces inventions qui pénètrent notre quotidien, n’ont pas   été accompagnés, à mon avis, d’une nouvelle manière plus humaine de regarder  le monde  ,d’une nouvelle forme de spiritualité,  d’un « supplément d’âme » comme dirait un philosophe aujourd’hui bien oublié.

Et ce « plus », ce  « supplément d’âme » c’est avant tout simplement la capacité d’écouter, d’accepter, de ne pas haïr, de considérer qu’il ne faudrait pas bruler une terre sur laquelle on vit tout simplement parce que  d’autres y règnent  ou parce que les règles édictées  ne nous agréent pas. Les gouvernants s’en vont, les gouvernances aussi.
 
Il est clair aujourd’hui  que c’est la surdité, l’aveuglement  qui engendre le fanatisme qui, lui, détruit les nations. Qui donc saurait  de bon cœur, au milieu de tant de dangers, refusé de serrer les mains tendues ?  Quel bon esprit se priverait d’écouter autour de soi, parler à ses voisins, comprendre le langage et l’esprit des gens.         

Etre avec les autres, accepter les discours venus d’ailleurs, considérer ses adversaires du jour comme pouvant bien être  ses alliés  de demain, refuser le rejet aveugle, ce n’est pas seulement faire preuve  de tolérance, de sens démocratique , c’est avant tout rejeter le destin aveugle de pays sans raisons et sans gouvernail, accepter les règles qui devraient régir les rapports humains, préserver un avenir de paix , sauver les vies humaines.  Dialoguer  aujourd’hui c’est tout simplement  décider de vivre.
 
 En Mauritanie, nous avons longtemps été gouvernés sans dialogue aucun, sans que notre avis soit requis, sans qu’on nous demande autre chose que d’accepter, d’applaudir, et de chanter les vertus du chef.

Ceux  qui n’acceptaient pas le jeu  étaient exclus, ils étaient , s’ils n’allaient pas en prison cantonnés dans le rôle d ‘opposants, de diseurs de bons slogans, de réceptacles pour les déçus  et ils ne se privaient pas  bien sûr de critiques acerbes qui ne trouvaient pas d’écho dans des médias largement tenus par le pouvoir .La virulence des mots était signes d’infantilisme  et elle les enfermait dans un étau  incompressible .

Paradoxalement, Ils servaient les pouvoirs, doublement. D’abord comme  alibi  démocratique, « regardez comme ils sont libres de critiquer, d’insulter même ! » ensuite comme  justificatif   pour l’exclusion « comment pouvons-nous s’ouvrir à une opposition qui tient de tels propos ». 

Le pouvoir ne se sentait nullement menacé par une telle situation. Les exemples sont  légion d’oppositions brimées et de pouvoirs répressifs bien acceptés par les peuples, demandeurs d’autorité, et par les puissances  internationales, soucieuses  et de stabilité et de bons contrats pour leurs entreprises.
 
Aujourd’hui les donnes ont bien changé
 
Sur le plan interne, la parole s’est libérée. La libéralisation de l’audiovisuel  a donné un formidable élan à l’expression des différences et des diversités. Le dernier rapport de la HAPA, que très peu  ont lu, est éloquent à cet égard. Le temps de parole alloué  par les médias privés  aux partis d’opposition dépasse largement celui  accordé à la majorité.

Les médias publics donnent de plus en plus de place pour les débats contradictoire et les interventions des députés de l’opposition devant le parlement  y sont transmis fidèlement  C’est donc là un signe de renouveau démocratique considérable, et c’est aussi  quoiqu’on dise les prémisses d’un dialogue, même si les accusations gratuites et les invectives tiennent parfois lieux d’arguments.
 
Seulement, cette ouverture démocratique s’accompagne sur le plan régional et international  d’une grave dérive. Les extrémismes,  les guerres, on l’a dit, menacent l’existence de nations entières.  Les conflits qui nous entourent risquent si l’on y prend garde de s’exprimer chez nous  et le danger terroriste est là qui frappe à nos portes et qui n’attend qu’une brèche pour s’engouffrer dans nos murs.
 
Il est temps donc de préserver les acquis démocratiques, la liberté gagnée, de raffermir nos institutions  et de penser d’abord  à épargner à notre peuple les affres que subissent des nations hier encore plus riches et plus puissants que nous
 
Le dialogue politique auquel a appelé  le Président de la République devrait, forcément, être entendu par tous les acteurs de la vie politique .Pourquoi ?

Simplement parce que , comme il faut le rappeler encore ?, nous devons penser à notre avenir, simplement parce que nous habitons une maison commune et qu’il faudrait bien ensemble  déblayer devant notre porte, simplement parce que tout le monde a intérêt à voir naitre un consensus à propos de questions telles que l’unité nationale, la paix sociale, la lutte contre l’extrémisme, la consolidation de la démocratie, le respect du droit de chacun, la participation de tous au combat pour le développement, simplement aussi parce que le dialogue est en lui même vertu . J’entends déjà des questions que l’on croit  opportunes fuser de partout : quelle issue au dialogue ?

Quel bénéfice les partis politiques pourront en tirer ? Ce n’est pas à l’aune des intérêts étroits  que l’on devrait nécessairement agir. Et puis, c’est en se rencontrant, en échangeant, en se posant des questions, en faisant des propositions, des contre-propositions qu’on pourrait bien soupeser et entrevoir les bénéfices à tirer, si l’on y tient bien.
 
L’essentiel, c’est de ne pas rentrer dés le premier instant, dans des polémiques stériles, c’est de ne pas répéter des  slogans ineptes, c’est de ne pas faire de la provocation une manière de penser. Les temps ont changé, finie la période du verbe stérile et des principes éculés, voici venu une ère qui ne nous laisse plus de choix et   où il faudrait nécessairement construire ou périr.
 
Cheikh Limam
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