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D’autres voix que la mienne…


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Vendredi 18 Mai 2012 - 02:20


D’autres voix que la mienne…
Je marche, nonchalamment. Rien ne presse. Rien ne me presse. Hésitante, je fais ce trajet, chaque jour. A chaque pas, je suis au carrefour. Dans un carrefour, où plusieurs chemins se proposent. Je les ai déjà essayés, tous, ces chemins. Ils n’aboutissent à rien. Sauf, à d’autres carrefours qui suggèrent d’autres chemins ne menant vers nulle part.  Je retourne ? J’avance ? Du pareil ou presque. Deux choix qui renvoient à la même question : Vers où ? Le ‘’où’’ d’où je viens est néant. Il ne s’y passe rien. Des femmes et des hommes qui se morfondent. Qui baillent, languissants. Qui disent chaque jour la même chose. La même chose qu’ils ont dite hier et qu’ils n’ont cessé de répéter depuis l’éternité.

De générations, en générations, ils se copient, se redisent, baillent de la même façon. Le ‘’où’’ où je vais, il y a d’autres gens. Qui sont là, depuis longtemps. Et, qui baillent, exactement, comme baillaient leurs pères et leurs mères. Se morfondent, exactement, comme se morfondaient leurs ancêtres.    Il y a certes un carrefour, deux, trois, peut-être, qui suggèrent d’autres chemins. Salvateurs chemins qui mènent vers des contrées plus clémentes. Des carrefours, d’où,  oui, je pourrais  voyager, loin, très loin. Loin, je veux dire, lointain. Relativement, lointain. Au pays des acacias et des dunes blanches. Dans des contrées lointaines où les acacias produisent gommes et charbons et offrent leurs ombres aux élèves des mahadras, aux tablettes et calames, aux livres et aux écrits. 

Loin de la ville du littoral, où les acacias, si ils y poussent, ne produisent ni gomme, ni charbon. Où les dunes blanches, si elles y transitent, elles ne portent que salinité et coquillages sans âmes.   Là-bas, les hommes et les femmes rient, comme des enfants. Innocents. Ils parlent. Calmement. Et s’entendent. S’attendent. Et s’attendent. Chacun commence à parler, ou se tait, lorsque finit l’autre. La parole requiert un sens. Ici. Le sens de la parole. Les cris. Même les cris ont un sens.    Aussi. Qui ne sont pas paroles, ici, ils sont des cris, des vrais cris qui veulent dire des expressions de souffrance. La souffrance s’exprime sans équivoque. Sans aucun doute. Il y a un mal, où on crie. Tout a un sens ici. Les sens se conservent, se maintiennent, se protègent. La gangue de la vie, ici, est intacte. Les êtres et les mots se comprennent. Font un bon ménage. Et, la vie continue dans une parfaite compréhension. 

La ville est devenue incompréhensible. Tout le monde y parle en même temps. Des milliers d’hommes et de femmes disent les mêmes choses et leurs contraires. Personne n’entend personne. Personne n’attend personne. Tous ensemble, disent et redisent, contredisent et se contredisent depuis bien longtemps. Je pourrais bien crier, fort, très fort, dire des choses intelligiblement extraordinaires. Mais, je ne serais entendu que par moi-même. Je redirais la même, je me ferais tout simplement l’écho de ma propre voix. Je m’entendrais parler.

Puisque je suis devenu l’interlocuteur de moi-même. Face à cette multitude de voix qui résonnent, tonnent et tempêtent, je retrouverais le mienne  encore merveilleuse, encore inouïe. Mais, personne ne la partagerait avec moi. Elle me reviendrait telle que je l’ai prononcée. Je pars d’ici. Maintenant. Je quitte la ville où les voix ne font que tournoyer pour revenir à leurs auteurs. Je quitte la ville vers le pays des acacias, où les voix s’entendent. Où les mots recouvrent leurs sens habituels. Pour que je sois entendue. Et, pour que j’entende d’autres voix. D’autres que la mienne. Mouna Mint Ennas
maurichronique.blogspot.com


              

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