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Cyber-guerre/Stuxnet : Comment les Etats-Unis et Israël ont piraté le nucléaire iranien


International
Mardi 5 Juin 2012 - 11:50

On s’en doutait, c’est désormais confirmé : ce sont bien les Etats-Unis, alliés avec Israël, qui, dès 2007, ont développé Stuxnet. Ce virus, découvert en 2010, a sévèrement perturbé le programme nucléaire iranien. Il ciblait les centrifugeuses de la centrale de Natanz, dont il perturbait légèrement le fonctionnement, entraînant la destruction de plusieurs centaines d’entre elles.


Cyber-guerre/Stuxnet : Comment les Etats-Unis et Israël ont piraté le nucléaire iranien
Le New York Times a consacré ce vendredi un très long article à ce sujet, qui, sur la foi de nombreuses sources anonymes, fourmille de révélations sur la genèse et les coulisses du développement de ce qui a été décrit comme la première « arme open-source ».

On apprend d’abord que ce programme a été initié sous George Bush. L’idée lui a été soufflée en 2006, par le général James E. Cartwright, du commandement stratégique des Etats-Unis, responsable des forces nucléaires américaines.

Si George Bush était au départ « sceptique » concernant cette opération – surnommée « Jeux olympiques » –, il a vite vu les avantages qu’il pouvait en tirer. Quelques jours avant la passation de pouvoir, le président sortant a ainsi demandé à Obama de poursuivre deux programmes top secrets : les attaques de drones au Pakistan... et les « Jeux olympiques ».

« Est-ce qu’on doit arrêter ce truc ? »

Loin de l’abandonner, Barack Obama a fait mieux : même après que le virus a été découvert dans des ordinateurs du monde entier, il a donné l’ordre de poursuivre l’opération.

L’article nous narre une réunion « tendue » dans la « situation room », dans les heures qui ont suivi la découverte du virus. Barack Obama demande à son vice-président et au chef de la CIA :

« Est-ce qu’on doit arrêter ce truc ? »

Devant la preuve que les Iraniens ne savaient pas grand chose de Stuxnet et qu’il occasionnait encore des dommages, Obama a décidé de poursuivre l’opération. Et ce malgré le fait que le virus avait déjà contaminé des ordinateurs dans le monde entier – dont de nombreux américains –, faisant courir le risque de dommages collatéraux.

Cela confirme ce que nous apprenait un autre article du New York Times publié quelques jours auparavant : face au terrorisme – ou ici face à la menace iranienne – Obama est le tenant d’une ligne dure et impitoyable.

« Du sable dans les rouages »

Pour l’administration Obama, Stuxnet a retardé le programme nucléaire iranien de 18 mois à 2 ans. Les experts extérieurs interrogés par le New York Times sont plus mesurés et notent que l’Iran a déjà recouvré l’intégralité de ses capacité d’enrichissement.

Selon des proches du dossier cités par David Sanger, le journaliste du quotidien américain, « les attentes (concernant ce virus, ndlr.) étaient faibles : mettre un peu de sable dans les rouages », procéder à des attaques suffisamment discrètes pour ne pas être détectées :

« L’idée c’était que les Iraniens attribuent la responsabilité (du dysfonctionnement des centrifugeuses, ndlr.) à des pièces défectueuses, des erreurs d’ingéniérie ou simplement l’incompétence. »

Etape par étape

On en sait également davantage sur le processus du développement d’un des virus les plus complexes jamais créés.

Il a fallu d’abord construire une sorte de programme espion, destiné à établir une carte de l’infrastructure informatique de la centrale nucléaire de Natanz. Ce virus a été introduit involontairement par un travailleur de la centrale.

Une fois que les informations ont été transmises à la NSA – l’agence de renseignement américaine spécialisée dans les télécommunications – par le programme espion, il a fallu développer et tester les « Jeux olympiques ». De vieilles centrifugeuses libyennes stockées dans le Tennessee, similaires aux iraniennes, ont servi de cobayes.

« Il y a toujours un idiot qui ne réfléchit pas »

Vers la fin du mandat de Bush, les responsables du programme ont présenté dans la situation room des débris d’une de ces centrifugeuses :

« La preuve du pouvoir potentiel d’une cyberarme. »

Le défi suivant était de taille : faire rentrer le virus à l’intérieur de l’enceinte de la centrale, qui n’est évidemment pas directement connectée à Internet.

Un des architectes de l’opération explique :

« C’était notre Graal. Il s’est avéré qu’il y a toujours un idiot qui ne réfléchit pas trop à la clé USB qu’il transporte. »

Tout fonctionnait à merveille jusqu’à ce qu’un bug dans le programme, ou plus vraisemblablement, explique le New York Times, qu’Israël introduise une modification non prévue. Résultat : le virus s’est retrouvé sur l’ordinateur d’un ingénieur, puis sur Internet, et donc dans le monde entier.

Pourquoi Israël ?

David Sanger nous apprend que la collaboration entre Israël et les Etats-Unis a été très étroite. La NSA a travaillé avec l’unité 8200, une unité secrète spécialisée dans les cyberopérations.

Mais cette collaboration répondait à des impératifs très pragmatiques :

Les services secrets israéliens connaissaient très bien la centrale de Natanz ;
Les américains voulaient également dissuader les Israéliens de s’en prendre aux Iraniens de leur côté en les impliquant dans l’opération.
C’est donc à cause d’une erreur informatique que Stuxnet s’est retrouvé sur Internet, et donc sur des ordinateurs du monde entier et qu’il est désormais connu de tous.

Les autorités américaine ont nié toute appartenance de Flame, un virus très complexe récemment découvert, au programme Jeux Olympiques. Mais il très probable que d’autres « cyberattaques » top secrètes soient en cours, dans l’ombre.
Mamoudou Kane


              

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