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Crise en zone Euro: Comprendre la crise grecque


International
Dimanche 6 Novembre 2011 - 14:39

Depuis un an, l'Europe accourt au chevet d'une Grèce financièrement et économique étouffée. Une perfusion de 110 milliards d'euros a été accordée, mais que le premier ministre, George Papandréou a un temps voulu soumettre à référendum, avant de se désister. Qu'est-ce que finalement tout ce brouhaha autour de la dette grecque qui menacerait le système financier européen? Quelques clés de compréhension.


Crise en zone Euro: Comprendre la crise grecque
D'où vient la crise grecque?- La crise provient en grande partie des difficultés que rencontre l’État grec pour financer son budget en déficit, et faire face à une dette publique importante. Ainsi, La dette grecque a plusieurs origines; en premier lieu, la crise financière de 2007 et le renflouement des banques en 2008. Les États se sont alors endettés hors de proportion pour sauver les banques et relancer l’économie, sans conditions, c’est-à-dire sans placer le secteur financier sous contrôle public.

En conséquence de quoi, après 2008, on a assisté à un gonflement de la dette publique d’un grand nombre de pays, dans un climat économique morose. La baisse de l’activité s’est traduite par une baisse des recettes fiscales d’une part, et par l’augmentation du chômage de l’autre.
Il existe par ailleurs une origine plus lointaine: l’application, à l’échelle européenne, de politiques néolibérales particulièrement prégnantes depuis l’adoption du Traité de Maastricht. En Grèce, comme dans les autres pays européens, ces politiques menées pendant les deux dernières décennies se sont traduites par une baisse continue de la fiscalité.

Il y a également la structure même de l'économie grecque qui n'est pas à minorer dans cette affaire: une retraite à 53 ans qui a longtemps fait grincer les dents européennes, une évasion fiscale record, ou encore les 13ème et 14ème mois des fonctionnaires du public.

C'est dans ce contexte que l'actuel premier ministre, George Papandréou, dont une partie de la classe politique grecque demande la démission aujourd'hui, est arrivé à la tête du gouvernement en octobre 2009. Il décide de dévoiler la réalité des chiffres: un déficit de 12,7% du PIB et une dette publique de 300 milliards d’euros fin 2009 (113% du PIB).

Crise en zone Euro: Comprendre la crise grecque
Le rôle des marchés financiers- Afin de subvenir à ses difficultés, l’État grec doit emprunter sur les marchés financiers. Ceux-ci le considèrent comme un mauvais emprunteur, et lui imposent des prêts à taux très élevés… Avec la crise actuelle, la spéculation a fait bondir les taux d’intérêts, qui viennent peser encore davantage sur le déficit grec, créant un effet boule de neige.

La spéculation sur la dette grecque se situe sur deux plans. Le premier concerne les contrats d’assurance sur le défaut de paiement (CDS pour Credit Default Swap). Leur principe est simple: lorsque des investisseurs achètent des titres d’emprunt, ils peuvent s’assurer contre un hypothétique non-remboursement de la part d’une entreprise ou d’un État. Si la demande en CDS est grande, leur taux augmente: cela signifie que les investisseurs souhaitent se protéger contre le défaut de paiement, c’est-à-dire que le «marché» considère que le risque est grand que l’emprunteur ne puisse rembourser son emprunt.

Sauf que le marché des CDS, comme bien d’autres «produits dérivés», s’est autonomisé. Car il n’est pas besoin de détenir des titres grecs pour spéculer contre la dette grecque. Il est donc possible, pour les investisseurs qui en ont les moyens, de spéculer à la hausse sur les CDS. Un jeu souvent gagnant: si le taux des CDS grimpe, les spéculateurs gagnent de l’argent, si les taux d’intérêt de la dette grimpent, ils gagnent de l’argent, si la Grèce fait défaut, ils gagnent de l’argent». À tous les coups l’on gagne.

Cette spéculation a un impact sur la crise grecque. C’est le second plan, celui des titres de la dette grecque. C’est là que les agences de notation interviennent. Les taux d’intérêt de la dette grecque se sont envolés. Les agences de notation ont partie liée avec les spéculateurs en contribuant à créer la panique sur les marchés.

Le gouvernement est obligé de tailler dans les budgets publics et dans les salaires et d’augmenter la fiscalité. L’activité stagne, le chômage augmente, les rentrées fiscales du gouvernement se font moindres et le déficit se creuse. La boucle est bouclée.

Le plan européen de sauvetage de la Grèce- Menacés par la spirale d’endettement qui frappe la Grèce, les gouvernements européens réunis le 9 mai 2011, ont décidé de prêter en urgence 110 milliards d’euros sur trois ans à un taux inférieur à celui du taux d’emprunt grec (tout en prenant une marge au passage), en échange de la mise en place d’une politique brutale de rigueur salariale et d’austérité budgétaire.

Le «plan de sauvetage» européen est en grande partie un plan destiné à «rassurer les marchés financiers» et à préserver leurs créances. Le «plan de sauvetage» européen est la parfaite illustration du principe néolibéral selon lequel il faut «privatiser les profits, socialiser les pertes».

Le «plan d’austérité» qui accompagne la somme versée par les gouvernements européens, permettra principalement de rembourser les intérêts aux investisseurs.
Il aura des conséquences dramatiques sur le niveau de vie des grecs: L’âge de la retraite reculé à 67 ans, la baisse des pensions de 7%, les salaires diminués de 15% dans le secteur public, les licenciements facilités dans le privé, la TVA augmentée de 2 points…

La réforme des retraites, en France, est à ce titre exemplaire. Ces politiques seront socialement injustes – elles vont peser sur les couches sociales les moins favorisées – et seront aussi économiquement inefficaces, car elles vont conduire à une dépression générale en Europe, aggravant les déficits et dettes publics.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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