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Crise dans le Nord Mali : A quoi joue Nouakchott ?


Actu Mauritanie
Lundi 18 Juin 2012 - 19:40

La Mauritanie, depuis le début de la crise malienne survenue en mars dernier, cherche impérieusement à se frayer une place de leadership dans le Nord Mali, actuellement contrôlé par des nébuleuses aussi diverses que dangereuses. Nouakchott qui se mijote ainsi un rôle de puissance dans la zone, serait devenu incontournable dans toute résolution de la crise dans cette partie du Sahel. Courtisée par la France, la Mauritanie reste cependant une grande inconnue dans la guerre que prépare la CEDEAO pour la réunification du Mali.


Mohamed Ould Abdel Aziz (g) et l'ancien président malien, ATT.
Mohamed Ould Abdel Aziz (g) et l'ancien président malien, ATT.
Le rôle de la Mauritanie dans la résolution de la crise malienne demeure la grande inconnue de cet épineux dossier pour lequel pourtant une partie de la communauté internationale et régionale semble mobilisée. De prime abord, Nouakchott semble résolument opté pour l’indépendance, sinon pour l’autonomie de l’Azawad, conscient que l’armée malienne, même réunifiée, ne parviendra pas à établir son entier contrôle sur ce vaste territoire. Ce serait pour des raisons géostratégiques liées à la propre sécurité de ses frontières EST que le pouvoir central en Mauritanie aurait ainsi décidé d’appuyer les populations du Nord Mali, en leur offrant une arrière base.

C’est à Nouakchott en effet, où le bureau du Mouvement national de pour la libération de l’Azawad (MNLA) s’était replié lors de la conquête du Nord Mali. Et c’est à NBeïkatt Lehwach, le département le plus excentré du pays à la frontière avec le Nord Mali, que le régime de Nouakchott avait également permis la réunion des tribus arabes de l’Azawad, avant que le Chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz ne reçoive en audience des représentants de la communauté Songhaï. La question sécuritaire liée au voisinage immédiat de la Mauritanie est d’une importance telle pour les autorités mauritaniennes, qu’elle absorbe actuellement les trois quart du budget de la défense et mobilise ses officiers les plus versés dans le renseignement.

Pour la Mauritanie, désireuse de voir s’installer dans cette partie du Mali une force tampon capable de neutraliser la région et la préserver des attaques terroristes, la solution militaire préparée par les pays de la CEDEAO, ne saurait rétablir lé sécurité dans la région. La position mauritanienne a été d’ailleurs maladroitement exprimée par le chef de sa diplomatie au début du conflit, lorsqu’il parla tacitement de la guerre presque légitime des Touarègues, face à l’abandon dont leur région souffre depuis l’indépendance du pays. S’est ajouté à l’exaspération mauritanienne, la gestion désastreuse du dossier du Nord Mali par l’ex-Chef d’Etat malien Amadou Toumani Touré.

Ce dernier incarnait la démission personnifiée et irresponsable du gouvernement malien par rapport à l’une de ses prérogatives régaliennes, la préservation de son intégrité territoriale. Résultat, la Mauritanie avait beaucoup souffert de l’abandon faite par le Mali de la partie nord de son sol aux groupes terroristes. Toutes les attaques et incursions qui ont visé la Mauritanie venaient en effet du territoire malien, de Lemgheîtty en 2005 à la dernière tentative bloquée aux portes de Nouakchott en 2011. Aussi, Nouakchott ne verrait pas d’un mauvais œil la naissance dans l’Azawad d’un territoire jouissant, ne serait-ce que de l’autonomie, car l’armée malienne aurait montré ses limites à assurer la protection de son vaste territoire.

Au lieu de chercher à livrer une guerre totale contre toutes les populations du Nord pour les ramener dans le giron d’un pouvoir malien en décrépitude, avec l’incursion de la junte militaire qui avait pris le pouvoir à Bamako dans les affaires politiques, les partisans de l’indépendance de l’Azawad, préfèreraient une prise en compte des doléances des populations autochtones. Une alliance avec les populations arabes, touarègues et africaines de cette région, pourrait permettre de livrer une guerre juste contre les nébuleuses terroristes telles qu’Ançar Eddine, Al Qaïda au Maghreb Islamique, mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest, et autres rebuts de Boko Harem et groupuscules afghans et pakistanais qui ont essaimé dans la zone.

Pour le moment, l’option de la guerre semble l’emporter sur la logique du dialogue. Une force africaine forte de 3.000 hommes, qui pourrait être portée à 9.000, serait déjà mobilisée. La CEDEAO et l’Union Africaine seraient en train de négocier une résolution onusienne pour pouvoir obtenir l’appui des pays occidentaux, comme la France et les Etats-Unis.

D’autre part, l’ONU semble voir d’un mauvais œil le rôle de Nouakchott dans la crise malienne. Certaines sources d’information parlent dans ce cadre de la mise en garde faite dans ce sens, par le Représentant en Afrique de l’Ouest de l’organisation Saïd Djinnit, aux autorités mauritaniennes lors de sa dernière visite à Nouakchott. Il aurait été demandé à la Mauritanie de "libérer" le dossier malien de son emprise, ce qui traduirait à coup sûr le malaise de la communauté internationale face à l’appui manifeste que Nouakchott apporte aux sécessionnistes Touarègues et arabes maliens.

Ce serait- ainsi pour s’assurer de la totale neutralité de la Mauritanie, voie de sa coopération, dans la guerre imminente dans le Nord Mali que le nouveau ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius serait à Nouakchott. La Mauritanie se trouverait ainsi devant un douloureux dilemme, ou continuer à appuyer le mouvement séparatiste Azawadi au risque de se mettre à dos la communauté internationale et africaine, ou abandonner ses protégés et courir le risque de subir les contrecoups de la guerre qui s’annonce sanglante dans le Nord Mali.

Cheikh Aïdara
Mamoudou Kane


              

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