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Crise au Mali : Périple d’une famille en Azawadie, en Sanogoie, en AQMI, et au Mali


International
Mercredi 25 Avril 2012 - 16:53

Plus de 268.000 personnes ont fui leurs domiciles depuis mi-janvier au Mali, et cherché refuge ailleurs dans le pays ou à l'étranger. Une famille sénégalo-malienne a pu fuir Tombouctou et arriver à Bamako, huit jours plus tard. A travers leur périple on se rend compte que la situation politique et militaire est extrêmement confuse au Mali, Nord et Sud confondus. Reportage.


La gare routière de sevaré dans la region de Motpi. Crédit : Noorinfo/Yero Djigo
La gare routière de sevaré dans la region de Motpi. Crédit : Noorinfo/Yero Djigo
Le poste de contrôle de Gao. Aujourd’hui frontière entre le Nord-Mali, intronisé récemment Azawad indépendant par les rebelles Touaregs, et le sud du pays. Un bidon de 200 litres peint en rouge et blanc annonce le poste de contrôle tenu par les rebelles. Une file interminable de bus de transport essentiellement, et de quelques voitures de particuliers.
Dans l'un des bus, la famille Maiga : le couple sénégalo-songhai, et leurs six enfants. Inquiétés par les rebelles qui repèrent les riches familles étrangères dans les principales villes du Nord, le père, Souleymane, a décidé de se diriger vers le sud du pays.

"Les rebelles se servent gratuitement, ne parlent à personne, règnent en maître et abusent totalement de la situation" explique Souleymane Maiga, riche transporteur délesté de ses véhicules par les rebelles. Tout un réseau de délation s'est mis en place dans les grandes villes du nord, où les anciens voisins sont potentiellement sources de renseignement pour les rebelles qui recherchent autant les riches entrepreneurs, qui «participeront à l’effort de guerre», que les fonctionnaires de l’administration, pour qui la chasse est ouverte. Sur la question de la présence d’éléments de forces d’AQMI, Souleymane est évasif. «Vous ne voyez que des hommes armés et enturbannés. Honnêtement vous ne pouvez pas faire la différence. Il n’y a pas de signe distinctif» affirme le grand homme à la silhouette de lutteur de poids moyen, en pantalon noir et chemise grise en courtes manches.

Après avoir été témoin de scènes de pillages à Tombouctou où vivait la famille, celle-ci décide de se diriger vers le sud. "Mais les contrôles rebelles trop nombreux et dirigés, nous ont fait emprunter la voie fluviale" souligne le père. C'est un périple de sept jours que mène la famille sur une petite pirogue à partir de Tombouctou, jusqu'à Mopti, où un passeur les récupère.

La conversation est interrompue par le chauffeur du bus qui fait la quête pour réunir les 50 000 FCFA réclamés par les rebelles à chaque bus, «sortant des frontières de l’Azawad» comme l’explique un des rebelles. Les déplacés viennent de Tombouctou, Kati, de Kidal, et tous les villages alentours des principales villes du Nord-Mali. La somme perçue, le bus peut continuer son voyage.

Plusieurs pouvoirs ?

A Bamako la tension militaire est palpable encore aujourd'hui. Crédit : Noorinfo/yero Djigo
A Bamako la tension militaire est palpable encore aujourd'hui. Crédit : Noorinfo/yero Djigo
Arrivée à Bamako, après un voyage éprouvant de huit jours, la famille Maiga découvre un autre cadre militaire. Dès l’arrivée à la gare routière de Bamako, d’autres militaires de la junte qui a mené le coup d’état contre Amadou Toumani Touré. Un terrain d’entente a été trouvé avec la CEDEAO, et qui a vu l’investiture du président par intérim Dioucounda Traoré, ainsi que la nomination à la Primature de l’astrophysicien Cheikh Modibo Diarra, mais dans la ville, les gens ont l’insistante impression d’être en « terre Sanogoéenne », comme le lance avec humour un jeune instituteur qui a pu fuir le Nord ; à cause particulièrement des photos qu’arborent fièrement sur leurs poitrines plusieurs soldats en faction à la gare.

La tension palpable est accrue par l’impunité qui accompagne les comportements de «drogués et de délinquants des soldats qui se croient en terrain conquis» s’insurge le chauffeur de bus, un touareg, la cinquantaine bien trempée, et les traits éprouvés par les navettes depuis des semaines entre le nord et le sud du pays.

Beaucoup de bamakois n’hésitent à parler avec un brin d’humour d’un pays divisé en quatre, politiquement, entre les deux factions, le MNLA et AQMI, qui contrôlent le nord ; la junte et l’exécutif intronisé grâce à la CEDEAO. Cette junte justement mènerait un dangereux jeu de dupes. «Le lendemain de “l’intronisation” du président par intérim déjà les choses commençaient à devenir étranges, car le capitaine Amadou Sanogo déclarait sur la chaine de télévision nationale qu’au bout des quarante jours d’intérim, le CNRDRE et la CEDEAO reprendraient les discussions. En d’autres termes on remet la constitution pour faire constater l’impossibilité de l’appliquer, et donc le CNRDRE reprendrait le pouvoir» analyse le jeune instituteur. On assisterait donc à un blocage entre les militaires qui souhaiteraient mener clairement la transition en étant membre du comité, et les politiques qui estimeraient que le rôle des militaires est au front et non au gouvernement, encore moins à la présidence.

Loin de tout cet arrière-fond politique et de guerre de pouvoir, la famille Maiga elle s’engouffre dans deux Toyota d’amis venus les récupérer à la gare, avant de continuer, «peut-être définitivement vers Dakar» dit le père, en saluant.

Papis Tall
Au Mali

Plusieurs forces militaires et politiques sont à l'oeuvre au Mali.
Plusieurs forces militaires et politiques sont à l'oeuvre au Mali.
Mamoudou Kane


              

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