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Crise alimentaire : La FAO tire la sonnette d'alarme


Actualité
Mardi 14 Août 2012 - 14:44

Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, les prix alimentaires ont grimpé de 6% au mois de juillet 2012 après trois mois consécutifs de baisse. Une hausse qui concerne en particulier le blé et le maïs du fait de la sécheresse aux Etats-Unis et de conditions climatiques difficiles en Europe et dans les anciens pays du bloc soviétique. Peut-on craindre pour autant une répétition de la crise alimentaire de 2008 ? Éléments de réponse.


Crise alimentaire : La FAO tire la sonnette d'alarme
En un mois, on a constaté une hausse de 23% des prix pour le mais, et de 19% pour le blé. Pour certains produits alimentaires la cote d'alerte est désormais largement atteinte.

Aux yeux des experts de la FAO, le scénario d'une crise alimentaire -à l'image de ce qui s'était passé en 2008- n'est pas encore d 'actualité mais le risque existe, comme l'explique Concepcion Calpé, économiste à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture : «Nous ne sommes pas encore dans une crise... comme en 2008 où on avait vu des populations descendre dans la rue, on en est pas encore à ce point là mais, compte tenu des conditions économiques difficiles, les marges possibles pour une hausse des prix alimentaires sont très minces.»

Pour éviter une répétition de la crise de 2008, la FAO demande aux populations des pays importateurs de ne pas céder à la panique et de ne pas se précipiter sur les stocks de denrées alimentaires. Elle demande surtout aux pays producteurs de ne pas restreindre leurs exportations.

Pour l'année 2012 le risque d'une crise alimentaire majeure semble réduit mais la FAO s'attend au pire, l'année prochaine, en cas de mauvaises récoltes.

Les deux principaux fournisseurs de blés touchés par la sécheresse

Les Etats-Unis et la région de la mer Noire – la Russie, le Kazakhstan et l’Ukraine principalement – sont frappés par une sécheresse sans précédent. Outre-Atlantique, il s’agit de la plus grave situation climatique depuis un quart de siècle, qui touche aujourd’hui 48 Etats. Résultats, les prix des céréales et du soja ont flambé, ils ont bondi de près de 30% depuis le mois de juin.

Il y a à peine deux mois, les agriculteurs américains s'attendaient pourtant à une récolte record, les surfaces semées en maïs étant au plus haut depuis 75 ans. Aujourd’hui, le constat est terrifiant : la situation n’a pas été aussi dramatique depuis un quart de siècle. Les zones agricoles du Midwest, qui produisent les trois-quarts du maïs et du soja américains, connaissent une sécheresse classée « extrême ou exceptionnelle ». Plus de la moitié des Etats-Unis est désormais considérée comme « zone sinistrée ». En juillet, la température moyenne aux Etats-Unis a atteint un niveau record depuis 1936, soit 25,3°C.

La Russie, fournisseur du quart des exportations mondiales de blé, devrait pour sa part produire 6 millions de tonnes de moins qu'estimé en juin dernier et 13 millions de tonnes de moins que lors de la moisson précédente. Vendredi 10 août, avant la publication du rapport du Département américain de l'Agriculture (USDA) sur l'offre et la demande américaine et mondiale, les prix du maïs ont touché un nouveau sommet. Une fois le document diffusé, l’angoisse d’un marasme alimentaire a explosé. Le rapport affirme qu’un sixième de la récolte de maïs des Etats-Unis a été « perdu » ou du moins retranché des estimations de récolte d'un mois sur l'autre. Les craintes d'une crise alimentaire mondiale comparable à celle de 2007-2008 sont désormais concrètes.

A l’époque, de violentes émeutes de la faim avaient soulevé les populations du Sud à cause de la hausse des denrées de première nécessité (pain...) due à une augmentation spectaculaire des prix des céréales.

Des conséquences qui pourraient être désastreuses

Cette flambée des prix des céréales fait craindre des conséquences désastreuses pour les pays du Sud. Des Etats structurellement déficitaires comme les pays du Maghreb ou même l’Égypte pourraient pâtir sérieusement d’une crise.

Le 30 juillet, la Banque mondiale a mis en garde contre les « conséquences néfastes » de la flambée actuelle des cours pour les populations pauvres, même si, pour le moment, les stocks de riz restent relativement positifs (c’est l’augmentation des prix du riz qui avait provoqué les émeutes de la faim en 2008). « La hausse des prix ne va pas se répercuter seulement sur le pain et les produits transformés mais également sur l’alimentation animale et, en bout de chaîne, sur le prix de la viande », prévient-elle.

Du côté de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les appréhensions sont plus fortes. Elle affirme craindre une réelle crise alimentaire pour la fin de l’année si rien n’est fait.

Dans un rapport publié jeudi 9 août, l’agence de l’ONU affirme qu’après trois mois consécutifs de baisse, les prix alimentaires mondiaux ont grimpé de 6% en juillet par rapport à juin. En ce qui concerne les céréales, l’indice des prix « maison » atteint en moyenne 260 points et ne se trouve plus qu’à 14 points de son record absolu d’avril 2008.

José Graziano da Silva, le directeur général de la FAO, demande ainsi fermement aux États-Unis de suspendre leur législation imposant des quotas de bioéthanol dans les carburants, produits à base de maïs ou de colza. La production de bioéthanol dévore en effet 40% de la production américaine de maïs. Sur ce point, la France, la Chine et une vingtaine d’autres pays suivent la demande de la FAO.

Dans un entretien accordé à un journal autrichien ce 14 août, le président du groupe suisse d'agroalimentaire Nestlé, Peter Brabeck est catastrophé. Il évoque la politique visant à réserver des surfaces de production de plus en plus grandes pour les biocarburants au détriment de cultures vivrières, aux Etats-Unis notamment. « Il y a de forts groupes de pression et des subventions élevées, donc je m'attends à une crise de l'alimentation et de la faim encore plus grave qu'en 2008 », affirme-t-il, sans appel.

L’enjeu est gigantesque pour le Nord s'il veut éviter une crise qui affaiblirait encore un peu plus les plus pauvres.

Source : RFI
Mamoudou Kane


              

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