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Coup d'état: Il était une fois le 6 août (mise à jour)


Vu de Mauritanie par MFO
Mardi 6 Août 2013 - 20:37


Coup d'état: Il était une fois le 6 août (mise à jour)
Il y a un an, je vous proposais ici même une série avec pour titre : «Il était une fois le 3 août». C’était dans le souci de rappeler des moments-clés de notre Histoire pour comprendre pourquoi et comment ce qui devait être une «révolution» n’a finalement été qu’une série de soubresauts produisant cependant d’importantes évolutions sur le plan politique, sur celui de la liberté d’expression et, de façon générale sur la manière d’exercer le pouvoir et de gérer les affaires.

Ces avancées qui sont réelles – les dénégations publiques des détracteurs du régime en sont d’ailleurs la preuve – n’ont pas produit tous les effets qu’on pouvait en attendre. Particulièrement la nette rupture avec le passé et ses hommes. Parce que les auteurs – les vrais auteurs – du coup d’Etat du 3 août 2005 ont hésité et ont cru qu’une «douce évolution» était réalisable avec le matériau opérant sur la scène politique mauritanienne. Les auteurs du changement du 3 août n’ont pas bénéficié de l’état de grâce nécessaire à toute entreprise de changement. Ils ont immédiatement été «ceinturés», encerclés, «pressés» par les contingences liées à l’exercice du pouvoir et aux enjeux nés de la volonté d’ouvrir une nouvelle page pour la Mauritanie. Le pire ennemi du changement qu’ils prônaient (voir les postings de l’année passée) venait de l’intérieur de la junte dont ils avaient coopté les membres. Les plus anciens des officiers n’entendaient pas se départir aussi allègrement du pouvoir et le laisser tomber entre les mains de politiques qu’ils ont contribué eux-mêmes à diaboliser. Pour les lus anciens des officiers du Comité militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD), le souci principal était de barrer la route à Ahmed Ould Daddah, celui qui semblait avoir «la légitimité naturelle» d’accéder au pouvoir. C’est ainsi qu’est né le projet Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui fut d’abord une proposition des «anciens» et de leurs soutiens politiques appartenant déjà à la machine mise en branle par le système Ould Taya pour diaboliser et décrédibiliser celui qui s’opposait «sans raison» (sic) à lui.

Parenthèse explicative : Pour le Président Ould Taya, si Messaoud Ould Boulkheir s’opposait à lui, c’est parce qu’il l’a débarqué du gouvernement l’accusant de mauvaise gestion ; si ceux du Mouvement national démocratique (MND) s’opposaient à lui, c’est parce qu’il a refusé de les associer au pouvoir ; si les Islamistes ont finalement gagné les rangs de son opposition, c’est parce qu’il a fermé la manne du Golf ; si certains nationalistes s’opposaient, c’est parce qu’il avait ouvert la diplomatie à Israël ; si les négro-africains ne voulaient pas de lui, c’est qu’il a cherché à les neutraliser et à les expulser de Mauritanie… a chacun de ses opposants, il trouvait une raison sauf à Ould Daddah qu’il avait plusieurs fois démarché pour l’amener à s’impliquer dans la gestion publique et qui a toujours décliné. Ce ne peut, à ses yeux, être que de la haine. Et il le lui rendait bien ! Contre lui sera déployée la machine de dénigrement et de diabolisation. Ministres de l’intérieur, corps de sécurité, renseignements, hommes d’affaires, journalistes, hommes politiques, réseaux maffieux… (fin de la parenthèse)

Pas la peine de s’étaler sur le processus de cooptation de Ould Cheikh Abdallahi, ni sur son élection et les conditions dans lesquelles elle s’est faite, encore moins sur les soutiens dont elle a pu bénéficier. Il suffit simplement de rappeler que son élément moteur, son inspiration principale était de barrer la route à Ould Daddah. Ce qui fut fait.


Le président déchu Sidi Ould Cheikh Abdallahi (à gauche) serrant la main du général Mohamed Ould Abdel Aziz. © AFP PHOTO/STR
Le président déchu Sidi Ould Cheikh Abdallahi (à gauche) serrant la main du général Mohamed Ould Abdel Aziz. © AFP PHOTO/STR
Le péché originel de la classe politique est de ne pas avoir cherché à imposer un calendrier et une vision aux militaires qui ont pris le pouvoir le 3 août 2005. Ils leur ont signé un chèque en blanc dans l’espoir, pour chacun d’eux, de les voir le soutenir aux futures élections.

Le péché originel des vrais auteurs du coup du 3 août c’est d’avoir hésité et de ne pas avoir opté pour une rupture violente. Ce qui avait été construit l’a donc été sur la base de confusions et de malentendus qui ressemblent plus à de la manipulation. Le jeu de la manipulation demande une expertise et des moyens. Seuls les plus anciens des officiers du CMJD, les ténors des groupuscules politiques qui s’y sont habitués depuis le temps, les caciques des régimes antérieurs…, seuls ceux-là étaient prédisposés à déployer leur sens de la manœuvre «politicienne».

Nous n’allons pas revenir ici sur les causes profondes de la déchirure que va connaitre le pouvoir du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi ni les fautes commises ici et là par les politiques qui ont été incapables d’évaluer le rapport de force et d’éviter d’avoir à payer le prix des erreurs d’appréciation. Je me contenterai de vous proposer quelques passages de La Tribune de l’époque. Ces passages ont le mérite de nous rappeler que tout était prévisible. Et nous savons que ce qui était prévisible est évitable. Mais qui voulait que le processus prenne un autre cours ?

Ni les nouveaux soutiens du Président Ould Cheikh Abdallahi qui avaient hâte de faire main basse sur le pays, certains pour restaurer l’ancien jeu de rôles, d’autres pour se frayer une place voire avoir une place pour toujours à l’ombre du pouvoir.
Ni les anciens soutiens (dont les militaires) du Président Ould Cheikh Abdallahi décidés à lui faire payer sa «désinvolture» associée à une trahison.

Encore moins l’Institution de l’Opposition Démocratique dirigée par le Chef de file de l’Opposition obnubilé par la perspective d’une reprise du processus électoral et prêt à jouer toutes ses cartes pour déstabiliser celui qui lui a «volé sa victoire».
C’est donc une chronique de la fin (annoncée à l’avance) d’un pouvoir que je vous propose.

Du numéro 406 en date du 30 juin 2008 et dont le titre principal était «La guerre des clans peut causer un coup d’Etat…légal», au numéro 407 du 7 juillet 2008 avec titre principal : «Après les motions de soutien, les motions de censure ; l’escalade, la destitution du Président de la République est envisagée», au numéro 408 du 14 juillet 2008 qui avait pour manchette principale «les vacances» du pouvoir après le départ du Président en France, au numéro 409 du 21 juillet 2008 qui titrait au lendemain de la composition du nouveau gouvernement de Ould Ahmed Waghf «De quoi la montagne a-t-elle accouché ?», au numéro 410 du 28 juillet qui titrait sur un Sidi Ould Cheikh Abdallahi pensif «Un homme seul : le Président qui rassure va-t-il finir par inquiéter ?», enfin au dernier de la série numéro 411 du 4 août où on titrait : «La guerre des tranchées, en attendant l’assaut final» et l’on commémorait le 3 août en disant que «les vacances d’août sont toujours risquées»… Nous suivons ainsi ce qui pourrait être la chronique d’une fin de règne… à partir du posting prochain.


La Tribune N°408 du 07 juillet 2008 :

Le Général de division Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed El Ghazouani (à gauche)
Le Général de division Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed El Ghazouani (à gauche)
«Les vrais auteurs de cette orchestration – celle de 2005, NDLR - n’ont appartenu ni au CMRN, ni au CMSN. Les colonels Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazwani appartiennent à une génération d’officiers qui sont venus à l’Armée pour le métier. Non pour le pouvoir. S’ils sont aux affaires, c’est bien pour sauver une situation qui a failli les entraîner eux-mêmes. 19 mois pour relancer l’espoir d’un ordre nouveau. Malgré les interférences du Conseil militaire.
Aujourd’hui le débat porte sur le rôle des uns et des autres dans l’exercice du pouvoir. Comme si les jeux n’étaient pas faits à l’avance.

Le malheur pour nous, c’est qu’on découvre l’ampleur de l’incompétence politique de l’Appareil qui nous dirige. Sinon comment comprendre la mésentente entre le Président et ses différents partenaires ? Comment comprendre le pourrissement d’une situation dont les faiblesses sont claires ? Comment comprendre d’abord l’absence de réaction du chef du gouvernement, chef du parti Adil, ensuite l’entrée en scène fracassante du Président, son recul et enfin sa tentative de relance ?
Les questions sont nombreuses. Les réponses sont inquiétantes. Les parades sont dangereuses.

En attendant, nous pouvons positiver et nous dire qu’il y a quelque chose de changé en Mauritanie. Les militaires n’interviennent pas directement. La démarche entreprise semble se conformer à la légalité. Ce sont les députés et les sénateurs qui font front. Au nom de leur légitimité. Quelqu’un me disait qu’il est heureux de voir se développer «la logique des urnes», plutôt que «la logique des armes». Je pensais aussi qu’il fallait se féliciter d’entendre enfin plus parler de motion de censure que de motions de soutien.

La logique de la confrontation nous mène droit au blocage. L’essentiel c’est de ne pas reprendre la phrase de 1978, mais d’arriver à une solution politique et légale. «Les élus du peuple vous retirent leur confiance…», c’est ce que les frondeurs préparent visiblement. Vont-ils aller jusqu’au bout ? Nous verrons.» (408)


La Tribune N°409 du 14 juillet 2008 :

«Nous sommes sortis de l’époque militaire sans avoir apporté de correctifs profonds à la situation. Même sur le plan mental, nous sommes restés campés dans les donnes du passé. Le système - il faut un moment éviter de dire «le système de Ould Taya» - est resté aux commandes. Ne serait-ce que dans les têtes de notre élite. Nous en avons oublié que quelque chose de salvateur s’est passé.

Pour la deuxième fois de notre courte histoire, notre élite est en porte-à-faux avec notre société. La première, c’était au moment de l’indépendance quand elle a voulu imposer l’Etat moderne. A l’époque, la Mauritanie avait encore des hommes et des femmes pleins de ressources (morales, intellectuelles, physiques…). Ce qui avait aidé. Aujourd’hui, ceux que nous voyons envahir la scène sont plutôt avachis par la fausse opulence, la corruption des mœurs, la culture de la médiocrité…

D’abord positiver. Nous sommes dans une situation inédite. Des députés - désormais une majorité des élus du plus grand parti de la majorité - se sont rebellé contre un gouvernement dirigé par le président de leur parti. Qui mieux qu’eux, peut juger des prédispositions de cet homme et donc de son aptitude à choisir et à diriger un gouvernement ? Qui est mieux placé pour juger de l’opportunité de ce choix ?

On aurait dû en rester là. Le Président de la République s’en mêla et le conflit fut porté sur la voie publique. Après moult tractations, on crût arriver à un compromis avec l’élection d’un bureau de l’Assemblée nationale et la ferme promesse d’une redistribution des cartes.

C’est au président du parti Adil qui a fourni la majorité de la rébellion, à lui qui n’a pas su anticiper ni juguler la crise, à celui-là que fut confiée la mission de refaire l’unité et de soigner les plaies. Dès le montage du bureau de l’Assemblée, on devait comprendre que la retrouvaille avait un goût d’abdication. Indécis et «loyalistes» sont écartés. Blocages. On bute sur le choix des personnes. On en oublie l’essentiel : comment faire gagner la démocratie de cette crise ?
Au lieu de soutenir un camp contre l’autre, au lieu de sombrer sous le flot des rumeurs, au lieu de s’enfermer dans les logiques d’affrontements stériles, les politiques auraient mieux fait d’avancer sur le front du renforcement des institutions démocratiques.


Trois lignes :

- Consolider le rôle du Parlement et principalement de l’Assemblée nationale par l’adoption de textes instituant un régime plus parlementaire, moins présidentiel. Nous savons désormais qu’un député peut bloquer l’exécutif. Penser à moyen terme à une profonde réforme du système institutionnel menant à la suppression du Sénat et à l’élargissement de l’Assemblée nationale (meilleure représentation du peuple).

- Encourager la naissance de nouveaux partis nés forcément de l’éclatement des partis existant - majorité et opposition. «Forces du Changement», «députés de la motion» et d’autres factions peuvent chacune créer sa propre formation. Le pouvoir traîne les avatars de la création du pacte national pour le développement et la démocratie (PNDD-Adil). Il refuse de tirer les conclusions de l’échec politique de l’entreprise et s’en prend à tous ceux qui élèvent la voix pour en parler. Imaginons un moment, plusieurs partis de la majorité, le jeu sera plus transparent et plus sain. Refonder pour l’occasion la loi sur les partis pour exiger d’eux une plus grande représentativité sur le terrain (les reconnaître en fonction du poids électoral).

- Ouvrir les médias publics au débat sur toutes ces questions. Il est à remarquer que pour suivre l’actualité en Mauritanie, le citoyen est obligé de se reporter sur la chaîne Al Jazeera dans son édition sur le Maghreb. Aucune allusion, aucune information, aucun débat. Comme au bon vieux temps de la dictature, silence total. Comme si ce que vivait le pays ne concernait en rien le public. L’ouverture de ces médias participera justement à «alléger» la crise. Peut-être à la dépasser. Si jamais il y a volonté de la dépasser.» (409)



La Tribune N°410 du 28 juillet 2008 :

«L’un des échecs de la transition aura été l’incapacité à normaliser le jeu politique, à le rendre plus lisible et plus cohérent. Nous en sommes sortis encore plus émiettés, plus inquiets et plus sectaires. Le rêve de changement qui aurait dû être le ciment de l’unité, a été perturbé par la volonté de statu quo. Le retour des déportés et le règlement des passifs humanitaires (récent et ancien), ont été noyés dans l’approche politicienne. La normalisation des rapports entre le pouvoir et l’opposition a échoué (…).
 
Plus le temps avance, plus l’espace de manœuvre se rétrécit devant le Président de la République. Plus la marge de manœuvre diminue, plus les solutions deviennent plus douloureuses et plus chères. Avant son discours de fin juin, toutes les portes étaient ouvertes : laisser la bataille se dérouler entre les députés et le chef de leur parti devenu Premier ministre ; faire plier les députés par une action en profondeur ; appeler tous les acteurs politiques à prendre leurs responsabilités ; se placer dans la position de la légitimité menacée… Avec le discours, le Président est devenu la première menace pour les institutions démocratiques. Après le discours, des actes forts étaient attendus parce qu’on avait compris qu’il avait choisi la confrontation. Recul le lendemain. Démission du gouvernement. Même à ce stade beaucoup de choses étaient possibles : nommer l’une des grosses pointures du gouvernement au Cabinet, balayer l’entourage et faire appel à un Premier ministre de consensus. Non ! le Président choisira la rebelote : c’est à Yahya Ould Ahmed Waghf qui n’a pas su préserver l’unité du parti, ni défendre ses choix, ni jouer l’interface avec les différents pans du pouvoir, c’est à lui que revient la mission de composer un gouvernement.
 
En voulant préserver un minimum, le Président a mis en danger son mandat. Il a montré une absence totale de détermination tout en se livrant à un exercice tactique de ‘courte échelle’. Plus grave pour lui, il a dû monter au créneau en l’absence d’avocats de la défense. Il est désormais dans l’arène. Il joue à se faire mal en nommant ici les ennemis des frondeurs, là ses amis les plus décriés. Il provoque sans en évaluer les conséquences.
 
Jusque-là il a joué son pouvoir et son autorité. Tout indique qu’il les a perdus, sinon qu’il est en train de les perdre. Il ne faut pas qu’on en arrive au point où le Président n’aura plus à jouer que l’existence du pays. C’est quand on n’a pas compris que la Mauritanie a besoin de paix et d’écoute qu’on perd le pouvoir. (…)»

 

Coup d'état: Il était une fois le 6 août (mise à jour)
Nous avons vu comment les Mauritaniens ont été amenés à construire sur de faux fondements : le processus de transition de 2005 a été largement entaché par l’interférence des militaires dans les élections de 2006 et celles de 2007, plus pour la présidentielle que pour les législatives et municipales. Ce qui n’a pas empêché acteurs et partenaires de parler d’«exemplarité» en jugeant du déroulement et de l’issue de l’élection.

A l’époque, une ancienne cadre du FMI, devenue diplomate et impliquée dans le processus politique mauritanien, disait qu’elle avait «l’impression de voir se développer le même argumentaire quand le pays a dû justifier les faux chiffres : on a l’impression que les Mauritaniens veulent nous convaincre qu’ils ont trompé tout le monde en faisant croire à la naissance d’un modèle, qu’il s’agit maintenant de reconnaitre qu’ils ont menti et fait mentir les autres et donc de reprendre le processus».

La convergence entre la volonté de reprendre du service pour les caciques de l’ancien régime, la soif de participer à l’exercice du pouvoir et les velléités de s’approprier la manne au plus vite, entre ça et ça, la classe politique est aveuglé et oublie de faire une analyse juste des rapports de force. Elle s’engage dans des «manœuvres», le «développement d’une tactique», l’«occupation du terrain», le «déploiement d’effectifs», le «lancement d’opérations»… une terminologie qui fait vite de l’espace politique un théâtre d’opérations militaires. Très vite l’image d’une conjonction entre les «victimes des militaires en 1978» (ceux qui ont perdu le pouvoir le 10 juillet 1978) et les «victimes du 3 août 2005» (ceux qui l’ont perdu à cette date-là), cette image est surexploitée par les politiques qui veulent déstabiliser le pouvoir de Ould Cheikh Abdallahi qui a choisi de revivifier de vieilles amours.

La décision de démettre les principaux chefs de corps, en pleine nuit et par simple communiqué (non un décret) est la goutte qui fait déborder le vase. La maladresse du premier tireur entraine le pays sur la voix de l’instabilité. Le coup d’Etat s’en suit naturellement.

Quand les partenaires exigent le retour à l’«ordre constitutionnel», on peut se demander de quel ordre ils parlent ? Selon le camp du 6 août, la violation de l’ordre constitutionnel a commencé par le refus du Président élu de laisser courir le processus déclenché par la motion de censure contre le premier gouvernement de Ould Ahmed Waghf. Puis le refus de la tenue d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale. Et enfin par les manœuvres qualifiées de «dilatoires» et visant à débaucher les parlementaires frondeurs.

Les divergences personnelles entre les leaders politiques – décidément incorrigibles – créent des positionnements graves : le Chef de file de l’Institution de l’Opposition Démocratique et son parti reconnaissent et justifient ce qu’ils croient être «un mouvement de rectification». Anticipant le coup d’Etat, l’un des députés RFD annoncera sur Al Jazeera (le 4 août au soir) que «le vrai changement arrive». La lecture de la situation de l’époque impose au RFD de se positionner comme il le fait. Mais le problème du parti, c’est que la logique suivie n’a pas été l’objet d’un «marché politique» avec les militaires mais une position «découlant nécessairement de la situation», celle qui fait que tout changement de gouvernement ne peut plus signifier pour le parti que la prise de pouvoir directe. C’est bien après les fameux «Etats généraux de la démocratie» où une candidature «probable» du Général Ould Abdel Aziz est évoquée, que le RFD commence à prendre ses distances. Ça, c’est une autre histoire, revenons au 6 août…



Coup d'état: Il était une fois le 6 août (mise à jour)
Nous sommes mercredi 6 août, un mercredi comme celui du 12/12/84, comme celui du 3 août 2005… Ceux qui ont l’habitude d’écouter Radio Mauritanie tôt le matin apprennent dès 7 heures que le Président a limogé les principaux chefs de corps : le cabinet militaire de la Présidence, le Chef d’Etat Major de l’Armée, celui de la Gendarmerie, de la Garde et le Directeur de la Police.
Ce serait un communiqué qui n’a pas suivi les procédures légales pour devenir un décret. Dans la précipitation, le Président a voulu agir. Sous quelles pressions ?

On s’attendait à tout sauf à cette décision et à cette heure. «Tayhet el vejer», comme à la vieille tradition des guerriers Maures qui choisissaient toujours ce moment de la journée (ou de la nuit) pour s’attaquer à leurs ennemis. On estime qu’à ce moment-là, toute réaction est pratiquement impossible. Un coup d’Etat …civil qui vise la destitution des militaires devenus «encombrants». Le prétexte développé plus tard est que «les généraux préparaient une prise de pouvoir par les Parlementaires à l’issue de manifestations qui se dirigeront vers la Présidence».

Mais les civils ne semblent pas avoir calculé leur «coup». Ils sont arrêtés un à un : le Président Ould cheikh Abdallahi, son Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waqf, son ministre de l’intérieur Mohamed Ould Rzeizim, le président du conseil économique et social Ahmed Ould Sidi Baba et le directeur de l’ANAIR Moussa Fall. Les Mauritaniens ont droit à suivre en direct le processus d’une prise de pouvoir finalement heureuse parce que n’occasionnant pas d’effusion de sang.

Quoi qu’en disent leurs détracteurs, il est clair de leur attitude que les militaires n’avaient pas prévu de prendre le pouvoir. D’ailleurs il faut dire que deux visions s’opposaient ici. La première, celle d’une génération à laquelle le Président Ould Cheikh Abdallahi a appartenu croit ferme que «tout problème a une durée de vie : il nait pour se développer et mourir, le défi pour l’homme étant de supporter cette durée de vie». La seconde est celle de la génération des officiers comme Ould Abdel Aziz qui réagissent aux situations, un peu à la manière d’un réflexe de survie, «quitte à voir après». Si la première porte les germes de la destruction par l’inaction, la seconde inquiète pour ce qu’elle suppose d’improvisation.

Ce n’est qu’en fin d’après-midi ce jour-là que le putsch est décidé. La première mouture proposée est de créer un Haut conseil d’Etat comprenant cinq personnalités militaires (les chefs de corps démis) et cinq personnalités civiles (les présidents des deux Chambres, le chef de file de l’Opposition démocratique, le président du conseil Constitutionnel et celui du Haut conseil islamique). Ce conseil aura à gérer une transition au terme de laquelle tous ses membres s’engagent à ne pas se présenter. Les politiques ne marchent pas : tout ce qui peut les exclure du jeu ne peut être accepté.

On pense alors à un gouvernement d’union nationale avec pour mission de préparer une présidentielle. Nouveau refus des politiques. C’est ce qui explique le retard pris dans la mise en place du gouvernement qui comprendra quand même d’éminentes personnalités du RFD, lequel procèdera ultérieurement à leur exclusion.

Un Front national de défense de la démocratie (FNDD) est créé par ceux qui sont opposés au putsch et qui entendent le faire échouer. Les députés affiliés aux partis APP, Adil, UFP et Tawaçoul refusent un premier temps la convocation du Parlement par les nouvelles autorités.

Sur le plan extérieur, le Président Nicolas Sarkozy déclare sur RFI : «Franchement, le malheureux continent africain, il en a connu (des coups d’Etat, ndlr) et pas seulement dans la période récente. Sur la Mauritanie, vous connaissez bien ça puisqu’on a souvent vu un coup d’Etat sans manifestation et sans protestations si ce n’est celles de la France, lorsque le président démocratiquement désigné a été retenu.» Et le président français de préciser : «Moi-même je l’ai appelé, moi-même j’ai exigé qu’il soit libéré. Enfin, force est de constater qu’il n’y a pas eu un député, un parlementaire qui a protesté et qu’il n’y a pas eu de manifestations.» Il ne se suffit pas de commettre un mensonge – il n’a jamais appelé Ould Cheikh Abdallahi – mais il laisse la porte ouverte à tous les retournements ultérieurs.

La Mauritanie est alors divisée en deux camps farouchement opposés. Messaoud Ould Boulkheir martèle : "le général Aziz ne sera jamais président de la Mauritanie, nous ne le permettrons jamais" et "le putsch ne réussira jamais, le putsch a été vaincu, les putschistes sont en déroute". Le Président Ould Cheikh Abdallahi déclare qu'il serait prêt à discuter de "l'avenir des institutions du pays", "une fois le putsch mis en échec", dans un discours diffusé par la chaîne de télévision Al-Arabiya repris par une dépêche de l’AFP. "Une fois le putsch mis en échec, je serai ouvert à tout dialogue ou réflexion portant sur l'avenir des institutions du pays, dans le cadre de la Constitution et des lois de la République, dans un climat de tolérance et de pardon, au service de la cohésion et de l'unité de la Nation". L’initiative lancée par le président de l'Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir (encore lui), propose "une sortie de crise" qui passerait par "le retour au pouvoir" du président "pour une période déterminée, suffisante pour l'organisation d'une élection présidentielle" à laquelle il ne participerait pas.

Mais le général Ould Abdel Aziz est déjà lancé politiquement. Il multiplie les sorties où il promet "une lutte sans merci contre la corruption et le détournement des deniers publics", accusant le président renversé de s'être "évertué à favoriser un climat propice à la corruption" tout en favorisant le népotisme et la gabegie. Le Général s’engage aussi à livrer une "lutte sans merci contre le terrorisme sous toutes ses formes et quelles que soient ses causes dans le cadre des obligations et des engagements internationaux en la matière". Il promet de "lutter efficacement contre l'immigration clandestine, le trafic de drogue et le crime organisé" en Mauritanie. Tout un programme de gouvernement.

Mais il faudra attendre l’Accord de Dakar pour voir le monde politique adopter une feuille de route visant à restaurer la démocratie en Mauritanie. Un gouvernement d’union nationale ayant en charge d’organiser une élection présidentielle consensuelle et une possible ouverture sur l’avenir. Le 18 juillet 2009, le Président Ould Abdel Aziz est élu au premier tour avec 52% des suffrages. L’opposition se réveille avec la gueule de bois… elle court depuis derrière une reprise du processus…

Mohamed Fall Ould Oumere

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