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Corruption : La Mauritanie à la 143ème place selon Transparency, avec une corruption "plus feutrée"


Economie
Dimanche 22 Juillet 2012 - 13:31

La corruption, on n’en parle en Mauritanie que du point de vue du gouvernement. Pour dire que " tout va bien dans le meilleur des mondes possibles ". Que la lutte contre la gabegie, dont Ould Abdel Aziz s’est fait le champion, dès son arrivée au pouvoir, en août 2008, ne sort pas du cadre de toutes ces choses qu’on annonce mais auxquelles on ne donne pas de suite. Pour comprendre une telle donne, le dernier rapport de Transparency International est très instructif.


Corruption : La Mauritanie à la 143ème place selon Transparency, avec une corruption "plus feutrée"
Le classement mondial sur la corruption en 2011 de Transparency International vient d’être publié. Certes, la Mauritanie qui pointe à la 143ème place fait partout d’un tout, quand on sait qu’au cours de l’année 2011, seulement, la corruption - ou la gabegie pour utiliser le terme consacré en Mauritanie - a causé au monde entier une perte de 1300 milliards de dollars US, soit 4% du PIB mondial ou 12% du commerce international. Dans cette gabegie planétaire, le monde arabe accapare 40% de ces pertes dues à la mauvaise gouvernance. Le rang de la Mauritanie (143ème sur 183 notés de 0, extrêmement corrompu, à 10, extrêmement intègre) ne joue pas en faveur de la propagande actuelle menée par un pouvoir qui renoue avec les pratiques " gabégistes " d’antan.

Pour bon nombre d’observateurs, ce qui a changé c’est le mode opératoire, pas la pratique elle-même. Dans ce contexte particulier, le politique a, en quelque sorte, travesti l’économique. Surtout quand on part de la définition généralement admise qui veut que la corruption soit " la perversion ou le détournement d’un processus ou d’une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d’obtenir des avantages ou des prérogatives particulières ou, pour le corrompu, d’obtenir une rétribution en échange de sa bienveillance." Ce qui fait que, tout la plupart de ceux qui se rangent du côté du pouvoir sont à la recherche de privilèges qu’ils défendent même au détriment du peuple. Et que, aussi, le pouvoir n’hésite pas à chasser sur les plates bandes de l’opposition pour atténuer la critique contre sa (mauvaise) gestion et faire adhérer plus de cadres et de simples citoyens à sa perception des choses.

Une gabegie plus " feutrée "

La différence entre le Système Taya et celui d’Aziz c’est dans la manière. Le premier ne s’embarrassait d’aucun scrupule pour s’entourer d’hommes politiques et de capitaines d’industrie auxquels il était donné une seule consigne : " détourne et tais-toi ". Si le second n’a pas réussi à mettre un terme à la gabegie, il a au moins le mérite de la rendre " moins apparente ", donc moins vexatoire pour le commun des mauritaniens. A tel point que seuls les initiés en parlent aujourd’hui allant même jusqu’à dire que jamais la corruption n’a atteint de tels sommets avant l’arrivée du pouvoir des généraux. L’opposition qui évoque cette corruption à longueur de journée la voit partout. Dans la stratégie sécuritaire menée par Aziz, qui lui permettrait de dépenser des milliards sans avoir à rendre compte au Parlement, secret défense oblige. Dans les contrats signés avec les sociétés minières qui exploitent l’or et le cuivre et ne livrent que peu d’informations sur la réalité de leurs affaires. Dans les marchés de BTP (construction d’édifices publics, de routes et d’aéroports) qui impliquent, presque exclusivement, des sociétés chinoises ou des entrepreneurs réputés proches du pouvoir.

Ce type de corruption conduit plus rapidement à l’émergence de ceux qu’on appelle communément les " nouveaux riches " et, plus généralement à l’enrichissement personnel du corrompu ou à l’enrichissement de l’organisation corruptrice (groupe mafieux, entreprise, club, etc.). C’est une pratique qui peut-être tenue pour illicite selon le domaine considéré (commerce, affaires, politique...).

Des différents types de corruption

La corruption est subjective mais elle transgresse toujours la frontière du droit et de la morale. En effet, on peut distinguer la corruption active de la corruption passive ; la corruption active consiste à proposer de l’argent ou un service à une personne qui détient un pouvoir en échange d’un avantage indu ; la corruption passive consiste à accepter cet argent.

Un exemple classique est celui d’un homme politique qui reçoit de l’argent à titre personnel ou pour son parti de la part d’une entreprise de travaux public et en retour lui attribue un marché public. L’homme politique pourrait être accusé de corruption passive : il a reçu de l’argent, alors que l’entreprise peut, elle, être accusée de corruption active. En revanche, si cet homme politique dirige une association ou une fondation d’entreprise, le versement d’argent sera considéré soit comme de la " corruption indirecte ", soit comme une " participation complémentaire " par les autres.

Une telle description rend difficile aujourd’hui, on en convient, le départ entre l’appartenance politique à la Majorité - plus précisément au parti au pouvoir - et la perception de la corruption dans l’imaginaire de la plupart des mauritaniens. Autrement, il est très difficile de croire qu’on est avec l’Etat parce qu’on trouve cela juste ou justifiable ! Il y a toujours quelque chose à gagner. Même si l’on perd, parfois, la crédibilité qui ne s’accommode pas des mensonges et de la propagande qui veut qu’on trouve toujours une " raison " pour justifier les erreurs - les errements - du régime.

A titre d’exemple, " Emel 2012 " est un bon plan d’urgence, même si l’on ne sait pas avec précision comment on était dépensés les 45 milliards dégagés par le gouvernement pour atténuer les souffrances des plus démunis en cette année de sécheresse. Les défenseurs de ce plan défendent d’abord leur appartenance à une majorité qui ne veut surtout pas laisser circuler les " contre-vérités " de l’opposition. Les 50 millions de dollars utilisés par le pouvoir, il y a quatre ans, sont justifiables, au regard de la nécessité de moderniser l’armée mais pas de celle de dire aux représentants du peuple comment cet argent a été utilisé ! C’est pourtant là, tout le sens que Transparency International donne à la corruption la liant de très près à l’abus d’un pouvoir reçu en délégation, à toute " irrégularité commise dans un processus de décision ". C’est, par essence, la mauvaise gouvernance due à un cadre législatif flou, à un système judiciaire inadéquat, un manque de transparence et de responsabilisation. Même si on reconnait à Ould Abdel Aziz d’avoir jeté les bases d’une politique anti-corruption préventive et de prise de conscience de l’importance des questions comme l’éthique professionnelle, les conflits d’intérêts n’ont pas cessé de semer les doutes sur l’efficience d’une telle stratégie, notamment dans les domaines essentiels pour l’économie nationale (pêche, mines, infrastructures de base). Pour tant de raisons, le pouvoir doit revoir sa copie, à la lumière de ce rapport de Transparency International et de l’avis avisé de la rue.

Sneiba Mohamed
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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