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Corée du Nord : des élections parlementaires surréalistes


International
Dimanche 9 Mars 2014 - 17:30

Presque tous les Nord-Coréens se sont rendus aux urnes pour une élection parlementaire avec dans chaque circonscription un seul candidat désigné.


Corée du Nord : des élections parlementaires surréalistes
Les Nord-Coréens ont quasiment tous voté dimanche pour une élection parlementaire avec dans chaque circonscription un seul candidat désigné, un exercice loin des pratiques démocratiques qui permet aux autorités de recenser les défections à l'étranger. Un seul candidat, désigné par le parti unique, est autorisé à solliciter les suffrages dans chacune des 687 circonscriptions. Les électeurs n'ont qu'à choisir entre "oui" et "non" sur le bulletin de vote. Et les électeurs obtempèrent: le taux de participation en 2009 était de 99,98 %, avec un taux d'approbation des candidats de 100 %. Dimanche soir, les autorités, via l'agence de presse d'État KNCA, annonçaient que tous les électeurs avaient voté, à l'exception de ceux qui se trouvaient à l'étranger. A ceux qui sont malades ou infirmes, on apporte l'urne à domicile. Les électeurs se sont en fait empressés d'aller mettre leur bulletin dans l'urne : en début d'après-midi, KNCA annonçait déjà une participation de 91 %.

Les médias officiels ont largement rappelé le devoir "de tout individu" d'aller voter, promouvant le scrutin et la participation électorale en publiant des poèmes intitulés par exemple "Flots de l'Émotion et du Bonheur".

Kim Jong-Un dans la circonscription numéro 111

Il s'agit de la première élection de l'Assemblée suprême du peuple depuis l'arrivée au pouvoir de Kim Jong-Un après la mort de son père Kim Jong-Il en décembre 2011. Comme son père avant lui, Kim se présentait dans la circonscription numéro 111, celle du Mont Paektu. La télévision y montrait des centaines de soldats faisant la queue pour déposer leur bulletin dans l'urne, avant de s'incliner devant les portraits de Kim Il-Sung et Kim Jong-Il accrochés au mur. Le Mont Paektu est situé dans les confins septentrionaux de la Corée du Nord, près de la frontière chinoise. Il est considéré comme sacré par les Nord-Coréens car le fondateur du pays, Kim Il-Sung, père de Kim Jong-Il, y établit un camp de guérilla anti-japonaise du temps de la colonisation de la Corée par le Japon.

L'historiographie officielle du régime assure que Kim Jong-Il est né sur cette montagne en 1942. Les élections parlementaires se tiennent normalement tous les cinq ans et l'assemblée ne se réunit qu'une ou deux fois par an, souvent lors d'une session unique d'une journée pour voter le budget et entériner les décisions prises par le parti des Travailleurs. La dernière session remonte à avril 2013. Y avait été adopté un décret spécial officialisant le statut de puissance nucléaire de la Corée du Nord.

Un recensement pour repérer les exilés

Le réel intérêt du scrutin pour les observateurs étrangers est de découvrir la liste finale des candidats, susceptible de fournir des indications sur les grâces et disgrâces au sein du régime après la purge ordonnée l'an dernier par Kim Jong-Un. Le dirigeant nord-coréen a écarté un certain nombre de personnalités du coeur du pouvoir et fait exécuter plusieurs cadres dont son propre oncle et mentor, Jang Song-Thaek, mis à mort en décembre sous l'accusation de trahison et corruption. Le scrutin sert aussi au régime de recensement populaire, puisque des fonctionnaires chargés de l'organisation de l'élection se rendent dans chaque foyer pour s'assurer de la présence ou de l'absence des électeurs inscrits. "A n'importe quel autre moment dans l'année, les proches de personnes manquantes peuvent s'en sortir en mentant ou en soudoyant les agents de surveillance, en disant que la personne qu'ils recherchent travaille dans un autre district", explique New Focus International, un site animé par des réfugiés nord-coréens au Sud.

"Une élection permet de révéler la fuite d'un Nord-Coréen en Chine ou en Corée du Sud", ajoute-t-il. Kim Jong-Un a renforcé la sécurité aux frontières pour tenter de limiter les chances des candidats à l'exil. Plus de 1 500 départs vers la Corée du Sud, via la Chine, ont été néanmoins enregistrés l'an dernier. Pour Ahn Chan-Il, transfuge installé au Sud et spécialiste du régime nord-coréen, le recensement électoral ne devrait pas permettre à Pyongyang de se faire une idée précise des défections car nombre de responsables locaux préfèreront les taire plutôt que de s'exposer à des sanctions.

Source:Lepoint
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