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Convention de pêche Mauritanie-Chine: Députés et professionnels s'érigent contre un «blanc-seing pour un pillage organisé».


Economie
Mercredi 8 Juin 2011 - 20:12

Les députés de l’opposition se sont retirés de la plénière de l’assemblée, mardi 6 juin, pour protester contre le maintien par le gouvernement de l’accord de pêche avec la compagnie chinoise «Poly Hong Dong Pelagic Fishery Co. Ltd ». cette convention de pêche serait à leurs yeux une carte-blanche déguisée accordée aux chinois pour un pillage des ressources halieutiques mauritaniennes.


un des quais de débarquement de la pêche artisanale à Nouadhibou
un des quais de débarquement de la pêche artisanale à Nouadhibou
«On a boycotté le vote, car on a assisté à une mascarade de fonctionnement parlementaire, de la part d'un régime anti-démocratique.» éructe d'emblée Saleck Ould Sidi Mahmoud, vice-président de Tawassoul, et rapporteur du budget à l'assemblée nationale. C'est donc contre une convention aux «avenants inconnus» et une méthode autoritaire pour faire absolument passer celle-ci, que les députés de l'opposition se sont élevés, ce mardi 6 juin, à l'assemblée nationale.
«Toutes les conventions votées dans notre assemblée nationale, l'ont toujours été dans les intérêts supérieurs du pays. Cette convention précisément ne ressemble en rien à celles que nous avons pu discuter habituellement. Les mauritaniens n'ont absolument aucune garantie quant à l'application des objectifs d'investissements annoncés» argue-t-il.

Ces objectifs d'investissements listés dans le protocole d'accord d'investissement du 7 juin 2010, entre le ministère des pêches et la société chinoise Poly-Hong dong Pelagic Fishery Co. Ltd s'articulent autour de trois composantes: la construction d'une usine de transformation, l'aménagement et la construction d'un quai de débarquement et d'un ponton d'accostage, enfin la construction de navires de pêche.

Sur l'argument des 2463 emplois pour les mauritaniens qu'engendreraient cet investissement chinois, il ne résiste pas à l'analyse, selon Ould Sidi Mahmoud. «Il est dit dans le texte de convention que la priorité d'embauche sera accordée au personnel mauritanien qualifié; sous-entendu qu'à compétences supérieures, les chinois seront embauchés en priorité. Et comme les chinois sont beaucoup plus qualifiés que les mauritaniens, il y aura forcément une baisse des emplois locaux.»

Et pour le rapporteur du budget de l'assemblée nationale, toutes ces contre-parties, ces avantages exorbitants de l''état mauritanien n'étaient pas nécessaires au vu de conventions passées avec la Chine, autrement bien plus avantageuses pour la Mauritanie. «En 1991, les chinois garantissaient à l'époque 3600 emplois mauritaniens, dans une convention avec aucune contre-partie de ce genre de la part de notre pays.» rappelle le numéro deux de Tawassoul.

Quant aux 100 millions de dollars d'investissements, sur vingt-cinq ans, «L'union européenne nous en donne autant, chaque année, et pour une flotte de 25 bateaux, au lieu des cinquante bateaux chinois. Le calcul de nos intérêts est vite fait. De ce fait, cette convention ressemble plus à la promotion d'intérêts particuliers que de l'intérêt national; et j'accuse donc ce gouvernement de corruption dans le cadre de cette convention.» conclut-il.

«Des accusations sans fondement»

Du côté chinois, on nie le fondement de ces critiques. Toute cette histoire serait basée sur une mauvaise compréhension du texte de la convention. «Il y a une mauvaise interprétation des textes de la convention. Par exemple quand on parle de cinquante nouveaux bateaux, c'est faux: il s'agit d'un renouvellement d'une partie du parc vieillissant déjà présent en Mauritanie. Il n'y aura pas une vague de nouveaux bateaux donc.» soutient Yang Poi-Poi, attachée économique de l'ambassade de Chine en Mauritanie. Quant aux avantages liés à d'importantes exemptions d'impôts, il n'y aurait pas de quoi crier au scandale.
«La plupart des pays accordent ce genre d'avantages pour attirer des investisseurs étrangers.» explique-t-elle. «C'est un projet gagnant-gagnant; si ce n'était pas le cas on comprendrait les critiques mais là ce n'est pas le cas» assure-t-elle.
Cette convention intervient dans le cadre d'un changement de main de la canne à pêche chinoise, découragée par le peu de portée de ligne accordée par le secteur privé de la pêche mauritanienne. «Depuis vingt ans que nous coopérons avec la Mauritanie, on avait plutôt des rapport avec le secteur privé de la pêche, et on s'est rendu compte que tous les avantages allaient dans quelques poches. Avec un accord direct avec l'État mauritanien, la redistribution sera plus juste et visible.»

Éviter la surexploitation

«La vraie problématique concerne la surexploitation des ressources halieutiques, pour les générations futures. Or par rapport à tant d'inconnues autour de points de cette convention, (comme le tonnage, les capacités des bateaux présentés, par exemple- ndlr) ou encore un point concernant la pêche de fonds alors que cette convention est pélagique, il y a de fortes chances qu'il y ait surexploitation. Et il y a déjà une surexploitation de plus de 35% du poulpe en Mauritanie.» constate Cheikhany Ould Amar, président de la flotte industrielle de Mauritanie.

Cette inquiétude est partagée par les parlementaires de l'opposition. Un des points les plus critiqués du protocole de pêche, justement, est relatif au fait que le programme d'investissement doit se réaliser dans un délai de six ans, sous peine de nullité (art22). «Or, dans le même protocole, cinq licences de pêche sont garantis en 2011, pour arriver à 30 licences en 2017. Ils peuvent exploiter, voire surexploiter leurs licences durant ce temps, et se retirer à la sixième année, sans contrainte, ni contre-partie et nous abandonner avec nos fonds vidés!» estime Ould Sidi Mahmoud, parlementaire Tawassoul. Cette crainte serait d'autant plus justifiée que dans l'article 5 du protocole, dix licences de pêches seraient attribuées à cet investisseur, pour des chalutiers à bœufs, «interdits au niveau international, connus pour leur capacité de nuisance environnementale et leur tendance à la surexploitation.» continue-t-il.

Plutôt sauver notre pêche nationale

Il aurait donc mieux valu faire baisser les efforts de pêches, selon un armateur privé, qui a requis l'anonymat, comme préconisés par la plupart des partenaires mauritaniens de pêche, dont l'union européenne en avril dernier.
«Cette convention est une honte pour ce gouvernement. Au 1er avril 2011, la Mauritanie détenait une flotte de 175 bateaux, dont 95 en activité, les autres étant immobilisés. Voilà donc un secteur majeur de notre économie, de notre avenir qui est en crise. Au lieu de rechercher une solution viable pour notre pêche, on donne carte blanche à une société chinois pour un pillage organisé de nos ressources halieutiques. Car soyez sûrs que les annonces de pêches seront sous-évaluées, voire fausses.» analyse Ould Amar.

«Je regrette que des députés mauritaniens aient pu voter en faveur d'une telle convention, mais je les excuse car la plupart ne comprennent rien à ces évidences techniques. Mais le pire, c'est que cette convention avalise le fait que les chinois aient plus de droits et avantages que les pêcheurs mauritaniens.» finit-il gravement.

Mamoudou Lamine Kane

Mamoudou Kane


              

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