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Conte : HAMADY le tisserand


Culture
Vendredi 21 Septembre 2012 - 00:55

Il était une fois, dans le grand Nord du Mali, entre silhouettes de dunes et plateaux caillouteux, un tisserand aux tapis que toutes les régions jalousaient. Il vivait paisiblement avec sa famille dans un campement près d’Essakan. Il aimait prendre son temps pour tisser les plus beaux tapis de laine ornés de perles.


Conte : HAMADY le tisserand
Il partait souvent, se promener sur le haut plateau caillouteux à la recherche des plus belles pierres qu’il transformait en perles de couleurs lilas, bleu, pourpre, vertes, jaunes… Les femmes du village filaient la laine que le tisserand sélectionnait pour les teindre avec gout et passion.

Il aimait tisser la nuit, à la lueur de la pleine lune, des étoiles et dans un silence infini.

Un jour, il reçut la visite de l’Emir Abdel Razem venu d’Islamabad pour commander un tapis, que le tisserand aurait le loisir de créer en toute liberté. Ses talents et son gout étaient connus dans tout l’Azawad.

Il commença à trier les plus beaux fils et à combiner les plus belles couleurs de perles et à tisser le tapis de l’Emir Abdel Razem d’Islamabad avec une passion et une créativité rares.
Par un soir agréable, il partit se promener sur le haut plateau caillouteux dominant son campement, laissant derrière lui les notes de musique d’un son tamashek qui sonnaient au loin.
Il s’allongea dans cette immensité et vit soudain le tapis d’étoiles de l’Emir Abdel Razem se dessiner dans le ciel. Il se sentait heureux, remercia l’univers et repartit pour continuer son œuvre les yeux pleins de couleur.

Un après-midi paisible, on vit au loin une poussière qui s’élevait dans le ciel et se dirigeait vers le campement. Un nomade, s’écria : « c’est le riche commerçant de Tombouctou Salam Ag Ahmed ! ».

Réputé pour son insolence, il se dirigea vers la tente du chef du campement et lui annonça l’objet de sa visite, sans même descendre de sa monture, se dirigea immédiatement vers le tisserand, et du haut de son chameau lui dit:

- il me faut offrir, à ma bien-aimée, un tapis orné de perles comme vous avez l’habitude d’en faire. Il me le faut impérativement dans 3 jours ! En échange et pour avance je vous offre trois chameaux et deux chèvres.

Le tisserand un peu bousculé par le ton du riche commerçant lui répondit :
- Un tapis en trois jours c’est impossible. Je ne pourrai jamais honorer votre souhait ; vous m’en voyez désolé.

Le riche commerçant, mécontent, baissa son regard sur le tapis de l’Emir Abdel Razam et rétorqua :

- Vous n’avez qu’à terminer celui-ci, qui me parait très beau et bien avancé pour ma bien-aimée.

Le tisserand lui répondit :

- Mais, c’est celui de l’Emir Abdel Razem d’Islamabad, je ne peux accepter votre générosité.

Le riche commerçant, déçu, lui dit :

- Dans ce cas, c’est ton campement qui devra accepter ma générosité et qui sera détruit ; je reviens dans trois jours.

Et du haut de son dromadaire répéta :

- Trois jours n’est-ce pas ? Avant de s’en aller avec ses hommes.

Le tisserand, inquiet, monta un nouveau châssis sur son métier à tisser et commença, sans en avoir vraiment le cœur, un nouveau tapis.
Un soir, fatigué, il alla se détendre sur le haut plateau caillouteux et contempla avec tristesse le campement, les silhouettes d’épineux au loin, les formes des pierres qui tapissaient l’immensité.

Il s’allongea regardant le ciel étoilé, sans pouvoir retenir les larmes qui coulaient en silence sur ses joues. Il se redressa, reprenant ses esprits. Un tisserand ayant parcouru avec sa famille le désert de sable, de cailloux, de cram cram, de Ras el Maa à Araten en passant par Tin Aiicha ne devait pas capituler aussi vite.

Une étoile attira son attention, il lui dit:

- il est impossible de tisser en 3 jours. Vous, vous le savez que c’est impossible.

L’étoile lui répondit :

- Oui, nous le savons. Tu es le tisserand le plus doué de la région de l’Azawad. Ton inspiration vient de ton amour à la tolérance, à la vie et à l’Art. Tu tisses patiemment, minutieusement, fil après fil, sous le regard innocent des enfants.

Le tisserand commence à entamer une conversation avec les étoiles qui lui promettent de l’aider :

- Nous tisserons de nuit et tu continueras de jour. Lorsque le riche commerçant viendra, demande-lui de s’asseoir sur le tapis et attend.

- Que va-t-il se passer ? demanda étonné le tisserand.

- Tu verras la Paix pour toi, ta famille, le campement et l’Art lui répondit l’étoile.

Le ciel brillait de tous ses diamants dans l’immensité silencieuse des hauts plateaux de l’Azawad. Il resta assis ainsi à contempler la nuit, tenant sa tête entre les mains.
A son réveil, le tisserand trouva sur son métier à tisser un tapis presque terminé. Il continua le travail.

Hamady était heureux de pouvoir satisfaire le riche commerçant et de sauver son campement d’un funeste destin. Il était à la fois anxieux de savoir ce qui pouvait se passer après les confidences soufflées par les étoiles.

Par un après-midi tranquille, on vit au loin un nuage de poussière qui s’élevait dans le ciel et se dirigeait vers le campement. C’était le riche commerçant de Tombouctou Salam Ag Ahmed.
Le riche commerçant se dirigea directement chez le tisserand suivi de sa horde.

- où est le tapis? Réclama-t-il sans ménagements.

Le tisserand, sans même le regarder, étala le tapis à ses pieds.

- Asseyez-vous un instant avant de le ranger, lui dit-il.

Le riche commerçant le regardait avec dédain et sans même y penser se déchaussant, il s’assit sur le tapis.
Et, d’un seul coup, le tapis s’envola là haut, tout là haut dans le ciel en direction de l’Ouest. Les hommes du riche commerçant et tout le campement étaient abasourdis par ce spectacle.

La peur les accapara, le tisserand tourna son regard vers les hommes de Salam Ag Ahmed qui comprirent qu’ils devaient rapidement repartir…

Chaque homme remonta sur son dromadaire et s’élança dans un élan de poussière, direction Toumbouctou. Sans même se retourner, les yeux rivés sur l’immensité azur.
Tout le campement d’Essakan ressentit une curiosité immense et leva les yeux au ciel. Le tisserand attendait avec impatience que la nuit s’allonge pour remercier les étoiles et en connaitre le secret.

Au soleil couchant, le ciel de l’Azawad se colora de tonalité lilas, rose, rouge, l’étoile du berger apparait. Le muezzin appela les habitants qui se dirigent vers la spiritualité.
Au loin, dans le ciel bleu azur, un point se laissa apercevoir, se rapprochant petit à petit se laissa, enfin, voir: c’était le tapis. Il virevolta dans l’espace pour venir se poser, doucement, aux pieds du tisserand.

Emu, Hamady enroula soigneusement le tapis, avant de le ranger avec cérémonie dans son coffre, qu’il referma à clef.

Le ciel du Maghreb se transforma en bleu de nuit, et le tisserand se dirigea vers le haut plateau caillouteux laissant derrière lui des visages heureux, surpris et respectueux.
Assis, sur une pierre, il regardait les silhouettes des épineux qui dessinaient des formes dansantes. Les premières étoiles apparaissaient et le tisserand les accueillait avec son plus beau sourire, le cœur palpitant.

Il entonna une chanson qu’il n’avait pas chantée depuis très longtemps en guise de remerciement aux étoiles.
Elles commencèrent à scintiller de mille feux pour révéler le secret qu’il ne devrait à jamais dévoiler :

« L’Art est la sagesse de la patience, l’Inspiration est l’amour de la beauté et le Respect est Art ». Ce tapis désormais t’appartient il t’amènera toi et l’Art dans tous les campements de Gargando à Tiemin en passant par Gao, et … ».

Hamady, ébahi, enregistra au plus profond de sa mémoire le secret.

Le lendemain matin, devant la tente du tisserand, la famille vint aux nouvelles. Tout le campement brûlait de savoir l’origine de la force du tapis d’étoiles magique.
Le tisserand sortit de sa tente et saluant l’assemblée dit :

- Le campement est protégé par le tapis d’étoiles et sur notre chemin nous ne rencontrerons que de belles expériences.

Il se dirigea ensuite vers la tente du chef du village où il passa la matinée avant d’aller continuer le tapis de l’Emir Abdel Razem.

Tout le campement respecta le silence du tisserand et celui du Sage. Les femmes continuèrent à filer la laine, le tisserand à choisir avec gout les couleurs, les enfants curieux à regarder le tapis de l’Emir, qui petit à petit prenait forme sur le métier à tisser.

Et dans tout l’Azawad entre Essakan et Kidal, sur les hauts plateaux caillouteux, les forets d’acacias, les silhouettes de chameaux et les nomades de passage continuent encore aujourd’hui à raconter la légende du tisserand et la noblesse de ses tapis.

Rachida Belkhadem
Mamoudou Kane


              

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