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Conseil de coopération du Golfe (CCG): De grandes ambitions impulsées par les printemps arabes


International
Samedi 18 Juin 2011 - 15:16

Les pays du Golfe, vivement secoués par l’ampleur des dégâts que les soulèvements produisent, veulent nouer de nouvelles alliances. C’est l’ébauche d’un front arabe de l’Islam modéré contre les appétits de l’Iran, et d’une locomotive économique régionale qui pourra jouer, à l’avenir, un grand rôle politique régional et international, dont les contours se dessinent aujourd’hui.


Abdullatif Al Zayani, secrétaire général de la CCG
Abdullatif Al Zayani, secrétaire général de la CCG
Cinq mois après les premiers soulèvements dans les pays arabes, on ne voit pas le bout du tunnel. En Tunisie et en Egypte, la transition et la stabilité politique peinent à voir le jour, au moment où les affrontements armés, en Libye comme au Yémen et en Syrie, causent de nombreux morts au sein des forces rivales et ne laissent entrevoir aucune issue politique imminente.

C’est dans ce contexte qu’il faudra inscrire l’invitation faite au Maroc et à la Jordanie d’intégrer le CCG. Ce Conseil avait été créé, en 1981, sur insistance des Etats-Unis, dans le but d’assurer une stabilité politique indispensable à la bonne marche économique et financière, face aux appétits, hégémonistes et expansionnistes, iraniens et irakiens de l’époque. D’ailleurs, Saddam Hussein avait créé, juste après la fin de la guerre contre l’Iran, une structure rivale, le Conseil de coopération arabe, dirigé fondamentalement contre l’Arabie saoudite, avec, comme membres, l’Egypte, la Jordanie et le Yémen du Nord, en plus de l’Irak. Ce front éclatera après le soutien de ses membres à la souveraineté du Koweït, en 1990.

La démarche des pays du Golfe s’inscrit donc dans un double objectif. D’une part, elle veut démontrer la volonté d’ouverture du « club », en ces temps difficiles, marqués par une contestation tous azimuts.

Vison stratégique et force de « frappe » financière

D’autre part, l’initiative relève d’une vision stratégique, économique et politique, sachant que ce dernier domaine reste soumis aux moyens et données économiques.
Globalisation oblige, l’ouverture est d’abord un acte politique sélectif. Ce sont deux monarchies, plus ou moins lointaines, qui ont été choisies. S’agit-il d’un message adressé aux républiques (dont la situation économique et sociale n’est guère plus reluisante) ?

Le choix de la Jordanie peut s’expliquer par la proximité avec le Golfe arabique et par la place stratégique qu’elle occupe sur le plan maritime (mer Morte et golfe d’al Aqabah) et géostratégique régional (frontières avec l’Arabie saoudite, la Syrie, l’Irak et Israël).

Quant au Maroc, il est clair que son choix obéit, avant les considérations économiques, à des impératifs politiques qui font de lui un modèle de démocratisation progressive et de politique sociale, avec les nombreuses réformes mises en place et en projet (notamment la Moudawana, l’INDH, l’IER, le projet de Constitution et des réformes profondes et globales annoncées par le roi Mohammed VI).

Pour avoir été précurseur (depuis, au moins, la décennie 90) et toujours leader en la matière, son expérience confère au Maroc le titre de pays d’« exception » dans les pays au sud de la Méditerranée. Il pourra être d’un grand apport aux pays du Golfe et aux autres pays arabes. D’ailleurs, le royaume est intensément sollicité pour plusieurs de ses expériences, notamment en matière de droits de l’homme, de gestion des conflits et de médiation, par de nombreux pays, y compris les nouvelles Tunisie et Egypte.

C’est donc ce « laboratoire de la démocratisation » qui est convoité par les pays du Golfe, sous l’œil attentif de l’Occident, qui compte énormément sur le Maroc, en force tranquille, pour réussir des transitions en douceur dans une région mouvementée, mais à la recherche de liberté, de démocratie et d’un partage plus équitable des richesses.

Avec le Maroc, toujours en négociations actuellement, le nouvel ensemble régional disposerait de deux nouvelles ouvertures maritimes (Méditerranée et Atlantique) et d’une grande brèche sur l’Afrique.

Sur le plan géographique, le CCG, dont les dirigeants ont, semble-t-il, tiré les enseignements que dicte l’heure de la globalisation, tirera profit de la proximité européenne et africaine du Maroc et des plateformes économiques mises en place, tout particulièrement Tanger Med, l’Accord de libre échange d’Agadir, regroupant… tenez-vous bien… la Jordanie, l’Egypte et le Tunisie, ces deux derniers aujourd’hui à la recherche d’une transition politique sans grands fracas.

Puissance économique régionale

L’adhésion de Rabat au projet permettra également au CCG de profiter des synergies déjà en place, tant avec l’Union européenne qu’avec de nombreux pays africains où le Maroc compte bien des alliances et une présence sollicitée chaque jour davantage.

Il n’y a pas le moindre doute, le CCG entend mettre sa force diplomatique (regardez le traitement réservé par Washington et l’Occident aux événements de Bahreïn et de l’est de l’Arabie saoudite) et sa puissance financière (des investissements de plus de 3500 milliards de dollars à l’horizon 2020, selon l’UE) et énergétique (premier producteur et exportateur au monde).

Avec une force de frappe financière gigantesque, illustrée par un PIB avoisinant un billion de dollars, le CCG pourra prétendre, dans les prochaines années, avec la contribution du Maroc et de la Jordanie, en attendant de nouvelles adhésions, surtout si l’Egypte et la Tunisie retrouvent leur stabilité politique, devenir une grande puissance économique régionale qui aura également sont mot à dire sur le plan politique.

Selon les experts économiques, l’élargissement du CCG, actuellement en cours de négociations, lui assurera de meilleures perspectives économiques, financières et énergétiques, avec, cerise sur le gâteau, les complémentarités et les spécificités qu’offrent l’économie marocaine et jordanienne (agriculture, phosphates, potasse…). Que dire si d’autres pays, aux potentialités non négligeables, rejoignent le club…

Une parade contre l’expansionnisme et le terrorisme

Le nouveau regroupement politico-économique cherche également à se prémunir contre les visions expansionnistes de l’Iran, qui dispose d’alliés stratégiques dans la région. Et si la Syrie est aujourd’hui dans le collimateur américain et occidental (avec un degré moindre pour le Hezbollah libanais), tout porte à croire que les nouvelles alliances des pays du Golfe sont destinées à initier un front arabe contre les plans expansionnistes de Téhéran et contre l’Islam radical qui profitent des soulèvements actuels dans le monde arabe.

La présence du Maroc au sein du CCG illustrera la place et la renommée internationale qu’il a, en tant que terre de l’Islam modéré, pays de tolérance et de coexistence pacifique. Une image confortée par une présence diplomatique efficiente et constructive dans le concert des nations et au niveau de la coopération internationale dans de nombreux domaines, dont ceux de la lutte contre le terrorisme et les crimes organisés.

Il faudra également souligner, comme le font bien des analystes, que l’ouverture du CCG est considérée comme une rupture définitive de l’Arabie saoudite avec l’Islam radical qui a vu sa naissance dans ses territoires. Et si l’Irak, pourtant pays du Golfe, mais à forte domination chiite, demeure écarté du club, l’adhésion du Yémen, pays de ce même Golfe, ne dépend plus que de l’évolution de sa situation intérieure, le délai de 2016 pouvant être vite abrégé.

Khalid Berrada (pour Lesafriques)

Mamoudou Kane


              

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