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Conflit libyen : «Paris doit lancer un marathon diplomatique»


International
Mardi 18 Août 2015 - 20:45

Genève accueillait la semaine dernière des négociations pour la paix en Libye sous l’égide de l’ONU. Mais une fois de plus, les émissaires libyens sont retournés chez eux sans s’être approchés d’un accord.


Pour le spécialiste du Maghreb, Kader Abderrahim, chercheur associé à l’IRIS et maître de conférences à Sciences-po Paris, en l’état, le processus de négociations n’a aucune chance d’aboutir.
 
Le Temps: Le gouvernement de Tobrouk, reconnu internationalement, appelle une intervention militaire internationale en Libye pour éradiquer l’Etat islamique (EI). Est-ce la solution?
 
Kader Abderrahim: Ce serait une catastrophe sanglante et un drame humanitaire. L’EI a des moyens de rétorsion en utilisant les milliers de migrants qui attendent en Libye pour traverser la Méditerranée. En plus, l’EI peut utiliser le prétexte d’une attaque extérieure pour coaliser sous sa bannière tous les groupes de tendance islamiste. Une opération militaire contre l’EI pourrait être tout à fait contre-productive.
 
– Quelle autre option y a-t-il encore?
 
– Attendre que les belligérants se fatiguent et finissent par s’entendre est chimérique et risqué, car l’EI avance ses pions. En plus, comme on l’a vu au Mali, où pour s’implanter durablement Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a conclu des alliances opportunes et locales, l’EI pourrait tout aussi bien conclure une entente ponctuelle avec telle ou telle faction de Fajr Libya afin d’étendre son influence. La seule option est diplomatique, obtenir de tous les protagonistes qu’ils rejoignent les négociations.
 
– Quelles négociations? Celles initiées à Rabat et qui se sont déroulées en partie à Genève?
 
– La multiplicité des parties dans ce conflit pose un problème de taille. En plus, ceux qui négocient ne sont pas ceux qui se font la guerre. C’est donc l’impasse. Le point de départ devrait être de mettre l’ensemble des acteurs autour de la table des négociations, notamment les deux voisins de la Libye, l’Algérie et l’Egypte, qui jouent chacun un rôle crucial, en sous-main pour le premier, plus direct et militaire pour le deuxième.

Mais les Etats qui ont des intérêts en Libye ou qui soutiennent l’une ou l’autre faction n’ont pas encore décidé de négocier. Et chacun de ces Etats est pris dans ses propres conflits: l’Egypte et l’Arabie saoudite au Yémen ou en Irak. L’Algérie est prisonnière de sa rivalité avec le Maroc qui, lui, a parrainé le processus de paix.
 
– Pourquoi la France n’use-t-elle pas de son influence?
 
– Le gouvernement français est aux abonnés absents, alors qu’il devrait user de toute son influence pour lancer un marathon diplomatique afin d’éviter un drame majeur. Il est timoré et ne veut froisser aucun de ses alliés, c’est d’autant plus regrettable qu’il a l’oreille des dirigeants égyptiens, algériens, saoudiens et qataris; c’est-à-dire de tous les acteurs majeurs du monde arabe et de la crise libyenne.
 
– Quelles seront les conséquences du conflit au-delà des frontières du pays?
 
– A l’évidence, le chaos libyen va se répercuter dans toute l’Afrique du Nord, nourrir l’instabilité et le terrorisme. Et sur l’autre versant de la Méditerranée, l’Italie est concernée au premier chef par l’afflux de migrants qui s’embarquent sur la côte libyenne pour gagner l’Europe. Le conflit se passe désormais sur plusieurs niveaux: des rivalités tribales aux enjeux régionaux à l’échelle du monde arabe.

letemps.ch
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