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Commerce : L’Afrique, eldorado de la Turquie


Economie
Dimanche 27 Mai 2012 - 18:10

La porte européenne semble s'être refermée pour longtemps. Alors, la Turquie a décidé de se tourner vers l'Afrique pour gagner des marchés et de l'influence.


Commerce : L’Afrique, eldorado de la Turquie
«Nous ne sommes pas comme les Européens, nous ne faisons pas dans la littérature, nous voulons vous aider concrètement». Bülent Arinç, vice-premier ministre turc, sait parler à ses hôtes. Devant lui, environ 300 journalistes et blogueurs venus d'une cinquantaine de pays du continent noir: Maghreb, Afrique sub-saharienne, Afrique australe. La rencontre est couverte en anglais, en français et en arabe. Vols, hébergement, repas, visites sur place, le service de presse du ministre a mis les petits plats dans les grands.

Les 9 et 10 mai, Ankara a reçu ses invités africains pour un grand forum dans un très chic hôtel de la capitale. Sur le papier, la rencontre ambitionne «d'améliorer les relations» entre la Turquie et les leaders médiatiques du continent noir. Vaste programme. Derrière la façade officielle, Ankara continue son opération de lobbying et de séduction. La cible désormais: les faiseurs d'opinion africains.
Pour ce faire, les officiels turcs surfent sur le dialogue interculturel, une méthode dont ils se sont faits les champions depuis quelques années.

En ce mois de mai, devant les représentants médiatiques, les officiels turcs ont multiplié les déclarations d'intention.

«Nous sommes loin de la pensée coloniale, nous voulons assurer un développement favorable avec l'Afrique. Il ne faut pas se contenter d'un discours misérabiliste»,

a solennellement déclaré Bülent Arinç.

Contre-modèle turc en Afrique

Ce dernier n'a d'ailleurs pas hésité à comparer le modèle ottoman à la colonisation européenne. Pour mieux les opposer: «Les Ottomans ont beaucoup respecté les peuples d'Afrique de façon à résister à toute politique d'assimilation». Une vision renchérie par Serdar Cam, responsable de l'agence turque de développement, Tika: «Pour construire ensemble, il faut bannir les clichés occidentaux qui collent à l'Afrique comme "guerres", "violences", "pauvreté", "maladie". Il faut changer notre langage.»

Car au final, la Turquie cherche à proposer une alternative aux modèles occidentaux et chinois en Afrique. Le pays joue de sa proximité culturelle notamment à travers l'islam, et jouit, selon elle, d'un avantage: ne pas être compromis par les ravages du colonialisme européen.

Reste que ces éléments de langage ne font pas toujours mouche auprès du public. Henda Hendoud, blogueuse et journaliste tunisienne présente lors du forum, regrette que les officiels turcs reproduisent les mêmes erreurs de langage que ceux qu'ils dénoncent de la part des Européens.

«Plusieurs intervenants, tous des officiels, ont parlé de l'Afrique comme si elle était un pays à elle toute seule, sans prendre en considération sa diversité culturelle, géographique, religieuse...»

La journaliste se dit d'ailleurs mal à l'aise avec cette méthode qu'elle assimile à de la «propagande». D'autres n'ont pas hésité à pointer du doigt, directement auprès des organisateurs, les entraves à la liberté de la presse que les journalistes turcs subissent dans leur propre pays.

Business is business

Istanbul, lors du sommet Afrique-Turqui en août 2008.
Istanbul, lors du sommet Afrique-Turqui en août 2008.
Pour Bayram Balci, chercheur spécialiste de la Turquie, cet attrait pour l'Afrique de la part d'Ankara est avant tout pragmatique: «La Turquie est devenue une puissance émergente, et ses entreprises vont là où il y a des opportunités d’investissement. Même admise dans l'Union européenne, la Turquie irait voir en Afrique, car le continent a des énormes besoins auxquels la Turquie peut répondre».

Cet intérêt n'est pas nouveau. Il a officiellement débuté en 1998 lorsque Ankara a mis en place un programme intitulé «Plan d'ouverture vers l'Afrique». Depuis, les initiatives se sont succédées:

2005, «Année de l'Afrique» en Turquie.

Développement des projets de développement dans le continent, notamment en Afrique de l'Est via l'agence TIKA.

Un an plus tard, Ankara lance un forum d'affaires réunissant chaque année à Istanbul des acteurs économiques turcs et africains.

En 2008, c'est le premier sommet Turquie-Afrique qui s'ouvre à Istanbul.


Le volume du commerce entre la Turquie et le continent noir est passé de 742 millions de dollars en 2000 à 17 milliards en 2011 - tiré en grande partie par le secteur du bâtiment. Une dynamique permise également par le renforcement de ses représentations diplomatiques en Afrique: de deux en 2005, le nombre d'ambassades sur le continent est aujourd’hui passé à 31.

Pas question d'en rester là pour les autorités turques qui, durant le forum ont pointé les limites de la présence économique des grandes puissances: «autorisations de pêche délivrées sans contrepartie fiscale, exploitations des forêts et des mines sans retombées positives sur les populations africaines», détaille Serdar Cam.

Les écoles confessionnnelles, relais des intérêts économiques

Reste que dans son esprit, ce développement de la présence économique turque doit s'accompagner à tout prix d'une dimension culturelle. Car pour les dirigeants, les affaires ne pourront que profiter d'une visibilité accrue du modèle turc qui passe par la langue et par l'islam.

Pour cela, l'Etat et les dirigeants d'entreprise peuvent compter sur la mouvance de Fethüllah Gülen, du nom d'un célèbre imam turc, à la tête aujourd'hui d'un vaste réseau d'écoles confessionnelles à travers le monde notamment en Afrique: Kenya, Mali, Burkina-Faso, Malawi, Gabon, Afrique du Sud… Dernière en date, l'école de la Citadelle ouverte à Conakry, en Guinée.

Au menu de l'enseignement: programmes locaux, mais également langue turque et cours optionnels de religion musulmane. Avec l’ambition de faire de ces élèves le vivier d'une élite locale turcophone et turcophile, relais des intérêts économiques de la Turquie en Afrique. A l'instar des blogueurs et des journalistes invités en Turquie. Un rendez-vous que le gouvernement d’Ankara a promis de renouveler tous les ans.

Nassira El Moaddem
Mamoudou Kane


              

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