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Comment Meyloud a été dépossédé des bateaux russes


Lu sur le web
Vendredi 23 Janvier 2015 - 14:05

L’événement continue à défrayer la chronique. Tout Nouadhibou en reste abasourdi. Un incroyable abus de pouvoir pour régler des comptes personnels, au terme duquel, Meyloud se retrouva indûment dépouillé, du jour au lendemain, au vu et au su de tout le monde, de la consignation des six bateaux russes qu’il représentait durant plus de quatorze ans.
Voici le récit de cette rocambolesque odyssée tel que les initiés de la pêche vous la racontent à Nouadhibou.


Comment Meyloud a été dépossédé des bateaux russes

Le scénario commença à s’écrire au début de l’après midi du 10 décembre dernier.

La Garde-côtes  arraisonne trois chalutiers pélagiques et les déroute sur le port de Nouadhibou.

L’un, islandais,  consigné par une société appartenant à Ahmed Mouknass  et les  deux autres, russes, consignés  par  la société SMAP  de Meyloud  Ould Lekhal.   Les deux consignataires, c’est de notoriété publique, le puissant Conseiller du Ministère de la Pêche  qui, entre autres attributions, supervise  la Garde-côtes,  ne les porte pas particulièrement dans son cœur et ne s’en est jamais caché  .
 

Une fois les  bateaux arraisonnés,  la Garde –Côtes s’est mise  à chercher  un motif. Visiblement, elle paraît  avoir manqué d’imagination et de mémoire.. Les faits reprochés remontaient à plus de sept mois, sans avoir été particulièrement   évidents.  Mais peu importait. La  volonté de leur faire payer le prix fort était  préméditée, le Conseiller ne s’embarrassant pas des formes.  Le bateau islandais, consigné par Ould Mouknass, fut le premier à l’apprendre à ses dépens. Au bout d’une semaine, il dut écoper d’une amende de 50 millions.
 

Quant aux  bateaux consignés par la SMAP, l’épreuve fut encore plus longue,  tant la rancune était plus tenace. Ils restèrent cloués au port  pendant un mois. La Garde-Côtes  refusait  de  traiter  avec Meyloud,  bien qu’il soit  le  représentant attitré de l’armateur,  et de lui proposer  une quelconque   transaction. Le temps d’infliger à l’armateur le maximum de pertes. A la fin de ce purgatoire,  qui dura plus de trois semaines, elle  proposa  une amende de 360 millions pour l’un des bateaux,  en  différant  sine die  l’examen du cas du second,  pour  faire durer le supplice et multiplier les pertes.
 

A l’armateur,  qui commença à s’inquiéter de ce traitement particulièrement dur, on fit comprendre,  par intermédiaires  interposés,  qu’on n’avait rien contre sa société mais qu’on lui faisait  payer le choix de son consignataire. 

Les termes du diktat étaient clairs : Vous changez de consignataire,  sinon votre société aura à écoper pour pas moins  de sept cent millions pour libérer ses bateaux et le cercle infernal des arraisonnements et amendes n’aura de cesse tant que  Meyloud restera votre consignataire.
 

De guerre lasse, l’armateur  se résigna à résilier, dans la précipitation, son contrat avec un partenaire qu’il tenait en haute estime,  qui l’avait introduit en Mauritanie alors qu’il n’avait qu’un bateau  et qui  l’avait aidé,  sur une période de quatorze ans,  à se constituer une flotte de six bateaux.
 

On lui suggéra de nommer  des représentants qu’il ne connaissait pas et qui ne le connaissaient pas non plus mais qui,  l’avait-on assuré, avaient  leurs entrées auprès de la Garde-Côtes et seraient bien traités par elle.

Et en effet ,  depuis l’éviction de Meyloud, les choses marchent miraculeusement comme sur des roulettes :  l’amende, un moment envisagée à plus de 7 00 millions,  fut ramené   à  250 millions pour les deux bateaux  ; et les navires,   naguère harcelés et poursuivis avec acharnement,  sont devenus chouchoutés et servis en premiers .
 

Nombreux sont ceux qui parient  que leurs PV d’infractions deviendront de plus en plus rares et le niveau de leurs  amendes de plus en plus symbolique.
 

Dans les salons des professionnels de la pêche à Nouadhibou,  tout le monde connaît le dessous des cartes . Et on  dit avoir retenu la leçon : En droit,  l’armateur a la liberté de  choisir  son consignataire mais s’il ne veut pas être persécuté,  il a intérêt à supplier le  Conseiller de faire le bon choix pour lui. Et on murmure que  Meyloud , établi de longue date dans le secteur  où il fait figure de pionnier ,  ayant été évincé, tous les autres opérateurs ont intérêt à ne plus  dormir que d’un œil car si leur sommeil est profond , ils peuvent,  au réveil,  découvrir que le loup a emporté leurs bateaux ou arraché leurs usines, sans autre forme de procès.
 

Certains s’estimant bien informés, pensent que cette opération, sans précédent,  n’est pas seulement une affaire de vindicte mais aussi d’intérêts. Le tout-puissant Conseiller, ne fait  plus mystère de son ambition de faire main basse sur le secteur tout entier.
 

Ils évoquent une nouvelle acquisition par lui de la conserverie de  MEIPP ,  avec des associés fantômes parmi lesquels on cite précisément le nouveau consignataire des bateaux russes, d’une  société de bunkering,  d’un bureau de certification et de sociétés de consignation , le tout dissimulé derrière la façade de parents ou de proches.

Le conflit d’intérêt pointe déjà  quand on devient  juge et partie.
 

Bouya Ould Cheikh
Source: Mauriweb

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