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Noorinfo

Commémoration d'Inal: Voyage au bout des ennuis


Société
Lundi 28 Novembre 2011 - 10:48

Le 28 novembre 1990, 28 officiers et sous-officiers négro-mauritaniens ont été pendus, symboliquement pour commémorer les trente ans de l'indépendance de la Mauritanie. C'est pour se souvenir de cet événement que plus de trente véhicule des associations des veuves, de l'IRA, et d'une partie de la société civile, se sont mis en branle dimanche, de Nouakchott, pour un pèlerinage aux environs du lieu d’exécutions. Mais les autorités ne l'ont pas vu ainsi, et ont empêché le convoi d'arriver, par des manœuvres dilatoires sur l'axe Nouakchott/Nouadhibou. Récit de la journée du convoi.


cinq véhicules du GGSR ont stoppé sept heures durant le convoi pour Inal
cinq véhicules du GGSR ont stoppé sept heures durant le convoi pour Inal
5h du matin, à la Case, près du ministère du pétrole. C'est le point de rendez-vous pour le départ des pèlerins d'Inal et des journalistes venus en masse couvrir l'événement. Les gens arrivent par petits groupes, en retard, pour un départ prévu initialement à «6h au plus tard». Finalement les 4*4 prennent la route à 9h du matin.

Dix minutes après la sortie de Nouakchott, à 20 kilomètres à peine, un contrôle de deux unités de la gendarmerie. Le contrôle que le gendarme chargé des vérifications qualifie de «routine» prendra 1h30, pendant qu'une petite dizaine d'autre gendarmes attendaient en regardant passer les voitures n'appartenant pas au convoi, provenant de Nouadhibou ou même Nouakchott.
Les premiers esprits s'échauffent et parlent déjà de «tentative de sabotage». «C'est sûr qu'ils ont reçu des instructions précises pour saboter ce pèlerinage, de le retarder au maximum, voire de l'empêcher d'arriver» suppose Coumba, une participante au convoi.

«Je n'ai jamais vu des gendarmes effectuer une visite technique sur une voiture» fulmine de son côté le chauffeur d'un des 32 4*4 du convoi, après que ledit gendarme lui ait signalé un «feu droit défaillant». À ce moment précis, deux personnes ont été ramenées à Nouakchott pour défaut de pièces d'identité.

1h30 plus tard, le convoi est libéré et se remet en branle. À peine deux kilomètres plus loin, ce ne sont pas moins de cinq véhicules du groupement général pour la sécurité routière (GGSR)
, pour une vingtaine de leurs hommes en uniformes qui interceptent le convoi pour un contrôle. Il est 10h45.
Ils exigent que tous les véhicules soient «munis d’extincteurs et de triangles de sécurité», et d'un «certificat de contrôle technique». «C'est une mesure qui vaut pour tous les véhicules du territoire national» prétexte le jeune responsable des unités de la GGSR. Pourtant, dans le même temps, et durant les sept heures où le convoi sera arrêté, à aucun moment, ils n'ont contrôlé d'autres véhicules sur l'axe Nouakchott/Nouadhibou.
«Le contrôle technique n'est exigible que pour les voitures de transport. Ce qui n'est le cas de personne ici, vu que ce sont des voitures de location» avance le docteur Outouma Soumaré, un des coordonnateurs de l’organisation pour les commémorations d’Inal. «Les autorités cherchent la confrontation, ils ne veulent pas qu’on aille à Inal. On ne va pas céder à leur provocation, on va continuer à marcher pacifiquement» continue-t-il.

«Les militaires de veulent pas de cette commémoration qui rappelle leur implication directe dans les heures sombres de la Mauritanie. Et beaucoup sont encore actifs auprès d’Aziz. Ce même Aziz qui avait promis que les familles des victimes des exactions militaires auraient le droit de se recueillir sur la tombe de leurs parents. Aujourd'hui on sait que c'est un mensonge de sa part. Il ne l'a jamais pensé» dénonce Ahmed Sow participant à la commémoration d’Inal.

Un sabotage en règle

membres du COVICIM
membres du COVICIM
Après 2h30 d’attente au point de contrôle du GGSR, et après avoir équipé chaque véhicule des exctincteurs et triangles acheminés de Nouakchott, et sans raison technique ou administrative pour continuer à immobiliser le convoi, le jeune garde responsable admet «attendre des instructions d’en haut».

Finalement, d'un commun accord, et après une-demi heure de concertation, les associations des victimes d’Inal et des camps militaires mauritaniens ont décidé d’un commun accord de commémorer Inal à l’endroit où ils sont stoppés par le GGSR à 40 km de Nouakchott. Pour Biram Ould Dah Ould Abeidi, président d’Ira-Mauritanie et un des initiateurs de cette commémoration, «l’important c’est la commémoration. Nous sommes des gens de paix et donc nous commémorerons Inal en paix à cet endroit. Nous n’oublions jamais et l’impunité se fera un jour inchallah» a-t-il déclaré. Tentes et marmites sont alors sortis pour l'installation du campement, et le démarrage des festivités commémoratives.

17h. après des heures de suspens administratif, les unités du GGSR déclarent avec le sourire, que le convoi est «autorisé à continuer la route». Nouvelle concertation à nouveau des associations. Et le convoi décide se rediriger vers Inal, après une immobilisation de plus de six heures de temps. «Ce repli est une preuve que les forces de l’ordre cherchaient à avoir des raisons pour nous réprimer, vu qu’elles se sont retirées après avoir constaté que notre commémoration resterait totalement pacifique malgré toute leur provocation» constate Birame Ould Abeid.

«On n'oubliera jamais»

Maïmouna Alpha Sy, veuve de Baydi Alssane, et secrétaire générale du Collectif des veuves de militaires de Mauritanie
Maïmouna Alpha Sy, veuve de Baydi Alssane, et secrétaire générale du Collectif des veuves de militaires de Mauritanie
Cette commémoration était annoncée et prévue depuis bientôt un an. En réaction, Mohamed Ould Abdel Aziz avait promis d'identifier les tombes des militaires sommairement exécutés, depuis l'indépendance. «Une promesse restée lettre-morte» souligne Hachim Diacke, membre de conscience citoyenne, du mouvement touche pas à ma nationalité et qui a pris part au pèlerinage, qui ne croit plus en la sincérité d'Aziz.
«À Kaédi, Aziz a acheté de l'Evian, s'en est aspergé les yeux pour nous inonder de vœux pieux et conclure tout ça par une prière. Le pardon est dans l'Islam certes, et c'est une vertu,mais on pardonne un acte reconnu et à quelqu'un d'identifié, et qui demande sincèrement le pardon. Et cette sincérité se remarque dans les actes. Or là ce n'est pas le cas» continue-t-il.

À côté du militant, et devant les marmites relevées, et les feux allumés pour la cuisine du déjeuner, des femmes s'activent à éplucher les légumes et les oignons.
«On n'oubliera jamais Inal, et on ne pardonnera pas non plus, tant qu'on n'aura pas identifié les coupables, et que lumière sera faite sur tout ceci. Comment voulez-vous pardonner un acte dont vous ne connaissez pas l'auteur, ni les raisons!?» s'indigne Maïmouna Alpha Sy, veuve de Baydi Alssane, et secrétaire générale du Collectif des veuves de militaires de Mauritanie.

«Nous continuons de voir en liberté, sans problèmes les bourreaux de nos époux, de nos frères, de nos oncles. Ils doivent être jugés pour ce qu'ils ont fait. Sans vérité, il n'y aura pas de pardon, ni de réconciliation» martèle en pleurs, Aicha Bâ, veuve de Demba Bâ et membre du collectif des veuves militaires de Mauritanie.

La presse présente et le correspondant de Reuters refoulé

Le correspondant de Reuters (d) a été ramené à Nouakchott par le GGSR
Le correspondant de Reuters (d) a été ramené à Nouakchott par le GGSR
Les principales rédactions francophone et arabophone, électronique et papier étaient présentes pour la couverture du pèlerinage. Et quelques journalistes ont été pris à partie par les éléments du GGSR, notamment celui de l'agence de Nouakchott d'Information, qui a vu son appareil confisqué par qu'il prenait des photos de l'immobilisation effectuée par cette unité mobile.
La plupart des autres journalistes, se sont vu à un moment ou un autre forcés de présenter les prises vidéo ou les clichés effectués pour vérifier qu'ils ne contenaient pas des images de la présence du GGSR. Mais le clou de la journée a été le retour forcé, à peine voilé du correspondant de l'agence de presse Reuters, qui s'est vu manu militari contraint d'être ramené à Nouakchott dans un véhicule de l'unité de Félix négri, pour «sa propre sécurité».

«Que craignent-ils ainsi? Pensent-ils qu'on est comme au temps de Maouiya : qu'on peut faire n'importe quoi sans que les gens ne le sachent. Quelqu'un qui n'a rien à cacher n'a pas à craindre les médias» commente Boucar, un jeune ayant-droit d'un militaire exécuté, et membre du collectif des orphelins des victimes civiles et militaires (COVICIM).

Mamoudou Lamine Kane

Mamoudou Kane


              

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