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Cohésion sociale: "Unité", "vous avez dit unité?!"


Tribunes
Samedi 19 Novembre 2011 - 20:13

Suite à la lecture d’un article, sur la 7éme édition des écrivains et hommes de lettre de Mauritanie (arabophones et francophones), j’ai été une fois de plus marqué par une banderole entièrement rédigée en arabe et malheureusement, les maigres cours qui m’ont été dispensés par le système éducatif ne me permettaient pas de le comprendre. Marqué aussi par le comité qui n’était représentatif que d’une seule communauté. Peut-être que cela ne choque plus en Mauritanie, mais je me suis senti vidé d’une partie de moi.


Politique de monoculture

La ministre de la culture Cisse Mint Boyde, qui a un discours de façade sur l'unité nationale, contredit par ses actions
La ministre de la culture Cisse Mint Boyde, qui a un discours de façade sur l'unité nationale, contredit par ses actions
Il faut croire que la langue de Molière ne trouve plus lecteurs dans le pays des mille poètes, ou encore que les lettres répondent à des critères épidermiques. La politique de monoculture clairement affichée par les autorités est une secousse de plus qui va lézarder le fragile édifice de la cohésion sociale. Et il est dans le rôle de tous les partis politiques, et de la société civile de faire front, face à ces pratiques qui se traduisent tout bonnement, par l’éradication progressive de toute autre culture.

Certes, les défis qui attendent la Mauritanie sont multiples et tous prioritaires. Réforme des institutions, développement, défi de l’éducation, instauration de la démocratie etc. Mais la priorité des priorités reste celle de la cohésion sociale. Il serait impossible de bâtir une Mauritanie émergente forte de ses valeurs et de ses cultures, sans accepter l’importance et la reconnaissance de chacune d’elle au même rang. Les politiques de discriminations menées par les différents gouvernements n’ont servi jusqu’ici, qu’à accroitre l’hégémonie d’une communauté sur le reste de la population. Elles sont à l’origine de tous nos maux, l’instauration et le maintien des régimes militaires qui freinent tout élan démocratique, la montée du nationalisme, la xénophobie, l’oligarchie financière etc. Un demi-siècle de politiques sectaires planifiées, qui ont détruit le tissu social, et creusé le fossé entre les différentes communautés.

C’est ainsi, que depuis sa prise de fonction, Cissé Mint Cheikh Ould Boide multiplie ce genre de pratiques discriminatoires, tout en criant à côté, schyzophréniquement, à l'unité nationale. Après avoir sillonné tout le pays pour la promotion de la culture, la ministre affiche clairement son double-jeu. De tous les régimes qui se sont succédé, celui de Ould Abdel Aziz est de loin le plus contestable dans ces types de pratiques. Celui qui ne cesse de vendre à son pauvre peuple les vertus de l’unité nationale, s’avère être le premier rempart à son instauration.


Ignorance ou délit d’initié

Les Bambaras, effacés comme par enchantement de la carte culturelle mauritanienne
Les Bambaras, effacés comme par enchantement de la carte culturelle mauritanienne
La volonté d’assimilation ne se résume pas qu’à ces démarches; elle est ancrée au sein même de notre constitution. En 2010, le parlement a voté un texte sur le code de la nationalité qui a éliminé toute reconnaissance de l’ethnie bambara comme étant une ethnie à part entière du pays. Un an après au sein même du parlement, le ministre de l’intérieur Ould Boilil nie l’existence de réfugiés mauritaniens sur le sol malien. Coïncidence ou volonté délibérée de couper tout lien historique et humain avec l’ex-empire?

Faut-il rappeler aux autorités que les frontières de l’empire du Mali s’étendaient au-delà des nôtres, et que nul ne peut changer le cours de l’histoire. Que vont donc devenir les Diarra, les Traoré, les Coulibaly, les Keita… de la Mauritanie? Quelle culture devront-ils transmettre à leurs descendances? Ou, devront-ils tout simplement accepter d’être assimilés?

De plus, ce qui semble être le seul ciment capable de combler les brèches, n’est accompagné par aucun désir politique pour sa constitution. En effet, sur les quatre langues nationales citées dans la constitution, seule une est officielle et bénéficie d’un enseignement dans le système éducatif. Malgré tous les bienfaits que peut apporter l’officialisation toutes les langues nationales dans la situation actuelle du pays, les autorités continuent à faire ce qu’ils font de mieux depuis des décennies: la politique de l’autruche.

Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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