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Clin d'oeil


Tribunes
Mercredi 8 Août 2012 - 15:11

C’est un homme qui ne connait pas le doute. Il promène sa longue taille et son sourire moqueur à travers la cité, comme on le ferait d’un drapeau. Il se rit bien de tous ceux qui s’accrochent avec force aux intérêts de l’instant. Il s’amuse clairement de l’espèce de frénésie qui s’empare des gens à l’approche d’un grand événement politique, social ou même religieux.


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Lui, il le dit clairement : "rien ne m’émeut vraiment, rien ne me semble mériter d’intérêt sauf le bonheur, la maladie ou la mort des gens". C’est un philosophe à sa manière mon ami Mahmoud, lui qui n’a guère terminé ses années de Primaire.

Il faut l’écouter parler, Mahmoud, il faut entendre ses réflexions quasi- philosophiques sur la vie lui qui dit ne pas aimer réfléchir : « ça donne mal à la tête ». Il dit à peu près cela : «C’est n’importe quoi la vie, c’est du théâtre, chacun fait des mimes pour apparaitre comme un personnage important mais en fait chacun occupe sa place et essaie de jouer son rôle, chacun est là où le bon Dieu a voulu qu’il soit, personne ne doit donc se plaindre ni se vanter de quoi que ce soit, un maçon comme moi est un maçon c’est tout, un ingénieur c’est un ingénieur, c’est tout. Il y a des riches et des pauvres parce qu’il en faut pour que la vie soit intéressante, c’est tout. Il y a aussi des malades et des bien portants, ceux qui vendent leur corps et ceux qui vendant leurs âmes et aussi ceux qui promènent des sacs pleins d’or pour tout acheter, mais tout ça est faible et tout ça impose la pitié».

Mahmoud mon ami aime pourtant les gens, tous les gens. Il appelle chacun «mon frère», et il pardonne les écarts des uns et des autres. Lui qui n’a jamais quitté la ville, il aime bien se gausser des «Nouakchottois», cette race qu’il trouve particulièrement ridicule. "Ils viennent dans des voitures grandes comme ça et ils croient qu’ils sont quelque chose, ils sont quelque chose certes, mais ils sont ce qu’ils sont destinés à être, c’est tout. Quelle idée par exemple de se vanter parce qu’on possède une belle monture! Tu sais, moi je possède deux ânes bien beaux et qui me rendent de bons services; devrais-je me pavaner comme un paon pour faire voir mes deux ânes? Et puis ces gens, ils oublient la ville, ils oublient les habitudes, les bonnes manières, ce sont des ignorants, des diplômés peut-être, mais des ignorants".

A ses amis d’enfance devenus des « responsables » et qui le boudent, il pardonne aisément. «ce sont des cons» aime-t-il dire seulement. A ceux qui ne renient pas sa vieille amitié, il ne s’impose pas, il refuse seulement tout paternalisme ou condescendance.

Chez lui, c’est dans un oued à quelques kilomètres de la cité. Une chambre et deux cases très propres, une tente qui reçoit tous les vents qui passent, des enfants bien portant et aux regards intelligents, une femme qui sait accueillir avec simplicité et élégance. Mahmoud vit comme un roi dans un environnement des plus modestes. Citadin le jour, oasien le soir, maçon durant l’hiver, cultivateur durant la guetna, il reçoit la vie comme elle vient et il sait sourire aux jours qui passent. J’échangerais bien ma vie contre la sienne, je préférerais être Mahmoud que de devenir un grand « responsable » national ou international, ou même un écrivain connu et reconnu mondialement.

Car Mahmoud est, je crois, un homme tout simplement heureux.

Mbareck Ould Beyrouk
Pour Biladi
Mamoudou Kane


              

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