Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Ciré Camara, animateur de l’espace culturel Diadié Camara: "Il faut privilégier la culture pour que les communautés se reparlent"


Culture
Mardi 25 Octobre 2011 - 10:31

L'espace Diadié Camara vient de rouvrir ses portes après un intervalle estivale, et de travaux de deux mois. Cette nouvelle année culturelle débute avec la SENAF et la préparation d'un spectacle à l'occasion de la journée des Nations Unies. Rencontre avec son directeur, Ciré Camara, un passionné discret, un amateur d'arts qui veut transmettre cette fibre «à la relève».


Ciré Camara, dans la bibliothèque du centre culturel qu'il anime
Ciré Camara, dans la bibliothèque du centre culturel qu'il anime
C'est un homme simple, avec des vêtements aux couleurs discrètes que nous rencontrons cet après-midi à l'espace culturel Diadié Camara, à la Socogim près du collège des jeunes filles. Un quarantenaire, cigarette à la bouche, aux faux-airs de Gainsbourg. «Quitte à être comparé par rapport à ma cigarette, je préférerais Brassens, pour l'admiration que je porte à ses textes» réplique Ciré Camara en riant.

C'est le directeur de l’espace culturel Diadié Camara. Un lieu de vie culturelle, de détente, et «pourquoi pas de découverte de jeunes talents» suggère Camara. Créé en 2005, Ciré ne voit ce centre que tel son «principal cheval de bataille pour la diversité culturelle en Mauritanie». «On vit dans un pays magnifique, il faut juste faire comprendre aux gens, particulièrement aux plus réfractaires à cette idée de cohabitation que c'est possible, et avec le sourire!» s'amuse le directeur.
À côté, des enfants, maures, soninkés pulaars et wolofs répètent une pièce de théâtre sur la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, en vue de l'ouverture, mercredi 26 octobre de la cérémonie organisée par le système des Nations Unies sur leurs activités en Mauritanie. «C'est avec cette génération qu'il faut commencer ce travail qui consiste à réapprendre à vivre ensemble. Et quelle meilleure base que la culture ; leur apprendre que même si quelques couleurs diffèrent, ils partagent le même creuset culturel, un destin citoyen commun» s'enthousiasme le regard brillant, Ciré Camara.

Ce passionné de culture et d’histoire, originaire de Sélibaby, a été influencé par le parcours d’enseignant de son père qui lui a légué un terrain, voué aujourd’hui à la promotion de la culture et l’assistance aux jeunes. Suite à l’obtention de son bac en 1988, il acquiert une licence en histoire à l’Université de Nouakchott avant de s’envoler vers la France. Au pays de Victor Hugo, il travaille dans plusieurs centres de loisirs (maternels et primaires) où il en apprend sur son métier d’animateur culturel. Il passera là-bas une quinzaine d’années, un séjour qu’il définira lui-même, comme «le meilleur cadeau en termes d'ouverture d'esprit».

Un passionné au service de la transmission de la "fibre culturelle"
Un passionné au service de la transmission de la "fibre culturelle"
Un espace pour les jeunes acteurs culturels

De retour au pays, il se consacre à l’animation culturelle à travers l’espace Diadié Camara sis à la Socogim PS. Cet espace accueille selon les périodes, plus de 200 jeunes par jour, avec une salle polyvalente, d’animation, une bibliothèque, une cafétéria, un cybercafé. «Les jeunes viennent ici pour réfléchir, découvrir, entreprendre des activités et s’épanouir. Ils trouvent ici de multiples moyens de titiller, cultiver leurs esprits» selon son directeur. Cela se traduit par des représentations de théâtre, de contes, des projections cinématographiques suivies de débats, des jeux de société. Cinq jours par semaine, dix mois sur douze, Ciré et son équipe sont à l’écoute des jeunes qui viennent de plusieurs quartiers de Nouakchott, et de toutes les communautés.

«Les gens ont besoin de se parler en Mauritanie. Et les jeunes ont besoin qu'on les écoute. C'est pour cela qu'il faut des adultes dans ce pays, à un moment, qui décident de se consacrer à cette empathie avec cette jeunesse, même cette enfance, surtout» estime l'animateur de l'espace culturel, conteur à ses heures. «Une fois qu'ils ont trouvé leur passion artistique, ils s'y tiennent et développent un imaginaire fort, et tendent de ce fait à vouloir le partager, donc à communiquer. Et quand on communique, on réduit forcément les préjugés, les apriori sur autrui. Et c'est tout le sens de ce centre» continue Ciré Camara.

«La culture se porte très très mal en Mauritanie»

Par rapport à la culture en Mauritanie, «un projet viable et crédible doit être mis en place» selon le directeur. Il fustige ainsi le manque de moyens, de soutien, de lieux de diffusion et de production culturelle, pour redresser selon lui «un secteur qui se porte mal, très très mal».

Pour lancer un vrai secteur culturel, viable économiquement, «car en dernier lieu c'est de cela qu'il s'agit, il faut un projet qui mette en place des mécanismes économiques, entre autres liés à la propriété intellectuelle et sa rémunération, en cas d'usage du produit artistique, intellectuel, qui permette de vivre de son art» précise Ciré Camara. À défaut, les plus brillants «iront ailleurs, et le patrimoine présent et futur mauritanien se perdra» prévient-il.

En attendant, le patron de l’espace Diadié Camara s’active pour le lancement de la maison du conte, prévu prochainement. Même si la culture demeure un des parents pauvres de la politique du gouvernement, il peut cocompte déjà sur la jeunesse qui le côtoie depuis cinq ans maintenant, à qui il tente de transmettre les deux socles de sa vision de l'art: passion et entrepreneuriat.

Awa Seydou Traoré
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter
Les + populaires