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Chine : les défis de Xi Jinping


International
Vendredi 16 Novembre 2012 - 17:00

La tâche qui attend le nouveau président chinois est bien plus difficile que celle qui attend Obama.


- Construction d'un immeuble à Hefei, dans la province de l'Anhui, en juin 2011. REUTERS/Stringer -
- Construction d'un immeuble à Hefei, dans la province de l'Anhui, en juin 2011. REUTERS/Stringer -
Comme aux Etats-Unis, la Chine est également à un tournant. Les détails diffèrent mais le problème central est le même: des changements structurels sont indispensables pour garantir une croissance future et plus de stabilité, et les chefs actuels du pays ont été incapables ou n’ont pas voulu mettre en place les réformes nécessaires pour remettre l’économie sur les rails du développement durable.

Et dans ce domaine, les Chinois sont, de loin, ceux confrontés à la tâche la plus ardue. A l’inverse de Barack Obama, le futur dirigeant chinois, Xi Jinping, ne sera pas vraiment en mesure de choisir les membres de son équipe. Entre le 8 novembre, date de début du 18e Congrès du Parti Communiste Chinois et jusqu’en mars 2013, Pékin va, en deux temps, remplacer environ 70% des principaux dirigeants du Parti, du gouvernement et de l’armée. Xi Jinping et Li Keqiang vont se retrouver aux principaux postes de responsabilité du Comité Permanent du Bureau Politique du Comité Central du Parti Communiste Chinois, le principal organe décisionnel du pays, mais personne, en dehors de ses sept membres, ne sait que ces personnes pensent sur la manière dont la deuxième économie mondiale et une de ses principales puissances militaires doit être dirigée.

Le président chinois n’est, par ailleurs, pas aussi puissant qu’on le pense généralement. Depuis que Hu Jintao, le président sortant, est arrivé à ce poste en 2002, la gouvernance collective bâtie sur le consensus décisionnel est devenue la norme. Chaque membre du Comité permanent s’occupe d’une partie distincte du système chinois dans son ensemble. Le Premier ministre sortant, Wen Jiabao, dirige le cabinet, Zhou Yongkang s’occupe de la sécurité intérieure, et ainsi de suite.

Un tel système à des avantages, comme celui d’offrir la possibilité de mobiliser d’énormes ressources et d’agir rapidement dès que les membres du Comité permanent s’accordent sur une décision. Mais il tend également à provoquer des dépenses massives de financement sur les questions les plus prioritaires («Je vote pour tes priorités et tu votes pour les miennes»), auxquelles s’ajoute une incapacité à adopter des décisions susceptibles de désavantager le secteur d’un des membres, comme de réduire les subsides accordées à de grandes entreprises nationalisées ou de couper les crédits de l’appareil policier. Il n’y a donc eu aucune réforme structurelle majeure en Chine ces cinq dernières années, et elles ont été rares dans les cinq années qui ont précédé.

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette

La reconnaissance du besoin de réformes sectorielles de l’économie chinoise – et du besoin conjoint de réformes politiques qui les permettraient – est si répandue que Xi a nécessairement ces questions en tête. Mais nous ignorons à l’heure actuelle quelle priorité il leur accorde exactement et s’il pourrait en être dissuadé par d’autres considérations.

Même si Xi s’avère être un réformiste ardent (ce qui n’est pour l’instant pas clair du tout), il pourrait s’avérer totalement incapable de mettre le système en mouvement dans la direction qu’il sait qu’il doit prendre. Wen a appelé de ces vœux de tels changements lors de la demi-décennie passée au moins, alors même que le système marchait précisément dans la direction inverse. Le succès ou même les progrès rapides sont très loin d’être assurés.

Les obstacles sont donc élevés pour Xi. Comme il n’est pas en mesure de choisir tout ou partie des autres membres de son équipe dirigeante, il n’y aura virtuellement aucun autre membre du Comité permanent à lui devoir sa nomination – les membres anciens et actuels sélectionnent les nouveaux représentants afin d’obtenir, généralement, un équilibre entre leurs intérêts. Il faudrait donc qu’une grave crise se produise pour que Xi dispose de l’autorité nécessaire pour entreprendre des décisions nécessaires, mais pénibles.

Et les décisions pénibles sont essentielles pour éviter que la tension et l’instabilité sociales grandissantes et les problèmes de croissance économique ne fassent boule de neige. Le gouvernement dépense déjà plus d’argent dans le domaine de la sécurité intérieure que dans celui de l’armée, ce qui lui a permis de faire face aux 180.000 «incidents de masse» rapportés pour la seule année 2010.

Des stratégies révisées ont abouti à des réformettes

Une sérieuse réforme s’impose, donc. Le Président sortant, Hu, et son Premier ministre, Wen ont, ces dernières années, choisi de faire la sourde oreille et de laisser les problèmes à leurs successeurs. Mais les énormes progrès économiques de la Chine de ces dix dernières années sont le reflet des réformes entreprises lors des dix années précédentes, dont la privatisation des logements, des réductions drastiques du nombre des entreprises détenues par l’Etat, la restructuration du système bancaire, l’adhésion à l’OMC et l’expansion de la base politique du parti pour y intégrer des hommes d’affaires. Malgré les premiers signaux qui laissaient penser que Hu et Wen allaient continuer de promouvoir des réformes destinées à améliorer l’égalité sociale et le niveau de vie des populations rurales, ces timides initiatives ont eu lieu il y a des années de cela et depuis, les problèmes n’ont cessé de se multiplier.

La stratégie économique de Pékin doit être révisée de manière tout à fait drastique. Hu et Wen, ayant pris conscience du danger, ont formellement adopté, en mars 2011, une nouvelle stratégie de développement qui met l’accent sur la consommation accrue des ménages, la réduction des exportations, l’expansion des services et un virage industriel vers des productions plus innovantes et moins gourmandes en ressources. Une étude, publiée en février de cette année par la Banque mondiale en coordination avec le Centre de Recherche et Développement du Conseil d’Etat, un des principaux think tanks du gouvernement chinois, a confirmé l’importance de cette nouvelle stratégie. Mais, à ce jour, rares ont été les réformes d’envergure.

Un des principaux obstacles est que l’ancienne façon de procéder est aujourd’hui au cœur de l’ADN des dirigeants des 400.000 juridictions politiques diverses situées en dehors de Pékin, des provinces aux villes et des comtés aux communes. Ces représentants, qui ont eu l’habitude qu’on leur demande d’assurer un développement rapide du PIB en tuant dans l’œuf la moindre agitation sociale, ont utilisé leur pouvoir politique pour s’occuper, avant tout, de la construction d’infrastructures et d’autres projets gourmands en finance. Voilà ce qui a permis une croissance à cours terme du PIB et de l’emploi, ainsi qu’un afflux massif de capitaux sous la forme de prêts bancaires et d’autres revenus.

Les résultats sont tranchants: croissance à couper le souffle, immenses développements infrastructurels et industriels, corruption galopante, destruction massive de l’environnement, croissance grandissante des inégalités des richesses, augmentation sensible des tensions sociales. S’ils veulent changer le comportement de ces potentats locaux, Xi et ses collègues vont devoir y consacrer une grande quantité de leur capital politique.

Et les potentats locaux ne sont pas les seuls, loin de là, à nécessiter des réformes. Pékin a également encouragé des «champions nationaux» —de gigantesques compagnies détenues par l’Etat et dont certaines sont considérées comme centrale pour l’emprise du Parti sur le pouvoir et sont intimement liés à des familles de l’élite politique. Ce mariage entre richesse et pouvoir politique représente un danger majeur pour la mise en place de changements efficaces en matière de stratégie économique.

Pékin-Washington, des intérêts convergents

La corruption, à tous les niveaux, rend par surcroît les réformes plus difficiles encore à mettre en pratique par la bureaucratie massive de la Chine. Et la crainte que la réforme elle-même ne génère des attentes qui pourraient ne pas être satisfaites ajoute encore aux obstacles à franchir pour la mise en œuvre de ces réformes.

Il n’y a donc pas de solution simple aux défis que la Chine doit affronter et qui sont presque tous bien plus complexes que ceux qui attendent les Etats-Unis. Aux Etats-Unis, la question centrale est celle du consensus politique autour des revenus et des dépenses de l’Etat fédéral. Pour la Chine, les défis nécessitent une refonte majeure de l’économie et un changement, de fond en comble, du système politique. La complexité tant du problème que des mesures de correction nécessaires est bien plus grande à Pékin qu’à Washington.

Les réformes que la Chine sait devoir entreprendre sont, fondamentalement, dans l’intérêt des Etats-Unis –diminution des pratiques commerciales déloyales de Pékin, ouverture plus grande de son économie, rôle accru du marché, ouverture aux investissements américains dans de nombreux secteurs (dont les services financiers) où les Etats-Unis sont hautement compétitifs.

De surcroît, si la Chine se rapproche d’un modèle de croissance plus durable et moins dommageable pour l’environnement, cela augmentera également les chances que son gouvernement se montre plus confiant, davantage tourné vers l’extérieur et plus constructif sur le plan international. La Chine, à son tour, a tout intérêt à ce que les États-Unis parviennent à réduire leur déficit, au vu des énormes investissements des Chinois tant dans le dollar américain que dans l’économie américaine.

Les relations américano-chinoises seront donc, pour faire court, bien moins tendues si tant Pékin que Washington parviennent à se confronter plus efficacement à leur besoin de réformes significatives. Si chacun échoue, l’opposé est également vrai. Et les dirigeants de ces deux pays feraient bien de garder cela à l’esprit au cours des prochaines années.

Kenneth Lieberthal
Traduit par Antoine Bourguilleau
Pour slate.fr
Mamoudou Kane


              

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