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Cheikh Saad Bouh Kamara, sociologue : «Les jeunes ont de quoi être déçus ! Mais la déception ne doit pas mener à la violence»


Société
Dimanche 18 Mars 2012 - 15:16

Dans cet entretien le professeur Cheikh Saad Bouh Kamara parle de son essai sociologique, l'héritage qu’il souhaiterait léguer a la jeune génération, mais aussi et surtout le regard qu’il jette sur les combats de droits humains menés par les jeunes du Mouvement TPMN (Touche pas à ma nationalité) et ceux de l’IRA.


Cheikh Saad Bouh Kamara, sociologue : «Les jeunes ont de quoi être déçus ! Mais la déception ne doit pas mener à la violence»
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Pourquoi le titre «Afrique espérances» ?

Le titre «Afrique espérances», comme je ne cesse de répéter, c’est pour prendre à contre-pied les afropessimistes. Parce que je ne partage pas leur position. Quand on écoute la radio, quand on regarde la télé, on lit les journaux, on ne parle que des malheurs de l’Afrique à travers des soulèvements, des guerres civiles, des élections truquées, des maladies, de la répression, de la corruption, etc. Certes, cela existe, mais il y a des îlots et des rayons de lumières et de réussites.

Ce sont ces rayons que je suis allé chercher. Et je me suis dit que si on prend une bonne pratique, qu’on la monte en épingle en la généralisant dans tous les pays africains, cela diminuerait un peu les méfaits de ce que disent les journalistes dans les différents médias. Il y a un aspect très important, c'est que les jeunes sont désespérés. Il faut leur remonter le moral et leur montrer par-ci et par-là qu’il y a des bonnes réussites en Afrique.

Que proposez-vous à travers cet ouvrage aux Africains ?

L’ouvrage tourne autour de dix chapitres, entre autres l’éducation, les activités féminines, le secteur informel que j’appelle couramment l’économie populaire urbaine et rurale, les technologies de l’information et de la communication, la diaspora ou les diasporas, les médias, les forums sociaux africains (le forum social africain et le forum social mondial), l’intégration régionale, la coopération Sud/Sud. Dans mon approche, je recommande l’accompagnement des réussites comme des phares d’essai qui pouvaient être confirmés à d’autres dimensions.

En effet, dans le chapitre de l’éducation, j’ai également dit comment certains parents d’élèves pourraient s’organiser pour la réorganisation des écoles privées pour qu’elles puissent relayer les écoles publiques. Si on pouvait généraliser ces pratiques et les mettre à la disposition des enseignants qui sont à la retraite ou en disponibilité ou qui sont formés, mais qui n’ont pas pu être embauchés dans la fonction publique. Dotés des moyens financiers et pédagogiques, ces hommes et ces femmes pourraient soulager le système éducatif et permettre les enfants d’avoir un enseignement de qualité.

Un autre exemple concerne les femmes. Sans leurs efforts, l’Afrique serait beaucoup plus malheureuse qu’elle ne l'est. Les efforts des femmes doivent être accompagnés également par de la micro finance, par la formation, par des voyages d’études, par des infrastructures, par la sensibilisation, par la lutte contre un certain nombre d’effets notamment la lutte contre l’analphabétisme etc. Mais j’ai aussi dit qu’il est important que les jeunes ne désespèrent pas, parce qu’ils doivent poursuivre les efforts entrepris par leurs aînés.

Ne pensez-vous pas que les jeunes qui sortent dans les rues africaines sont déçus de la réalité de leur vie ?

Certainement ils sont déçus ! Ils ont de quoi à être déçus ! Mais est-ce que la déception doit mener à la violence ? Et là je crois qu’il y a la responsabilité des jeunes, surtout des parents. Et puis des politiciens qui les utilisent à mauvais escient, parce qu’une fois qu’ils seront élus, ce n’est pas sûr qu’ils vont satisfaire leurs doléances. Il y a bien un adage politique qui dit les promesses électorales n’engagent que ceux y croient.

On a rarement vu des gens avoir un programme et l’appliquer à 100%. Ceci étant, je comprends qu’il y ait beaucoup de motifs d’insatisfactions, de désespérances, de désespoirs, mais cela ne doit pas du tout empêcher les gens de réfléchir et de trouver des solutions de justice et d’équité à leurs problèmes. Et nous devons combattre l’impunité et l’intolérance. Quand il y a de l’impunité, il y a l’injustice. Et l’injustice entraîne le mécontentement tout comme l’intolérance entraîne l’extrémisme.

Les jeunes ne doivent s’occuper que de leurs études. Ils ne doivent pas du tout accepter d’être instrumentalisés par les hommes politiques. Dans mon livre en conclusion, j’ai proposé les règles de sept savoirs : le savoir, le savoir-être, le savoir-faire, le savoir-écouter, le savoir-exprimer, le savoir-s’exprimer et le savoir-partager.

Que pensez-vous des combats de l’IRA et du Mouvement TPMN ?

Les combats des deux associations montrent que la jeunesse est consciente. Mais je ne suis pas pour la violence. Et je ne partage pas l’instrumentalisation des jeunes par des acteurs politiques qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition. Je n’apprécie pas du tout que les jeunes croient qu’ils peuvent tout avoir par la violence. Mais je trouve normal que les étudiants revendiquent. Cependant, ils doivent le faire de façon pacifique.

C’est normal que les gens, qui sont en contradiction avec d’autres personnes, s’organisent et posent sereinement leurs problèmes sans entrer en confrontation avec la partie qui doit recevoir les doléances.

L’IRA est une ONG non reconnue, mais sa dissidence a été reçue au Palais de la République ! Diviser pour régner n’est-ce pas une réalité politique en Mauritanie ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas toutes les données concernant l’IRA encore moins sa dissidence. Sinon je suis certain que plusieurs partis, syndicats, associations sont passés par-là Et on se demande d’ailleurs, si ce n’est pas un mal endémique ou une espèce de «fatalité»qui fait que les formations politiques ou les associations s’organisent, grossissent, grandissent et explosent après. Je crois que c’est lié au fait que le militantisme est très jeune chez nous en Afrique, car il date moins de cinquante ans.

C’est lié au fait que certains leaders n’ont pas assimilé leurs responsabilités. Et une fois qu’ils atteignent un certain niveau, ils deviennent incontrôlables. C’est lié au fait que les gens sont animés de mauvaises intentions qui les poussent à aller de l’avant pendant que les autres sont en arrière. Il y a enfin le rôle que jouent les médias pour relayer de façon spectaculaire certaines actions. Cela pousse certaines personnes à se prendre pour des Rambo et c’est pareil pour les policiers. Il faut une éducation citoyenne en Mauritanie.

Propos recueillis par El Madios Ben Chérif
Mamoudou Kane


              

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