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Charte de Kouroukan Fouga de Soundjata Keita : Les droits de l'homme, 550 ans avant la déclaration de 1789


Société
Lundi 26 Août 2013 - 17:22

Plus de 550 ans avant la genèse des droits de l'homme en France, (re)découvrez comment Soundiata a légiféré sur des sujets aussi actuels que la prévention des conflits, les droits de la femme, l'environnement, le développement économique. Un document historique essentiel dans une Afrique en quête d'identité.


Charte de Kouroukan Fouga de Soundjata Keita : Les droits de l'homme, 550 ans avant la déclaration de 1789
La charte de Kouroukan Fouga est l’ensemble des lois édictées par Soundjata lors de l’Assemblée des peuples qu’il convoqua à Kurukan Fuga en 1236 après l’éclatante victoire de Kirina qui lui ouvrit le chemin de l’Empire.

Véritable constitution avant l’heure et authentique déclaration universelle des droits de l’homme dès le 13e siècle, la charte de Kurukanfuga aborde les questions de liberté, de décentralisation, et de développement durable. Huit siècles après cette charte, ces questions demeurent d’une brûlante actualité dans le monde, et en particulier en Afrique déchirée par le tribalisme.

Ce qu'en dit l'historien sénégalais Djibril Tamsir Niane

"Les élites africaines réussiront-elles le pari de bâtir leur modernité en partant des prémisses de la culture africaine. L’école post indépendance doit elle fabriquer un africain qui soit la complète négation de l’héritage du passé ? Si modernité signifie rupture totale avec notre passé, notre culture, il y a peu de chance que l’Afrique s’engage dans la voie du développement. Si notre avenir ne prend pas racine dans ce passé, le développement ne sera pas réalité. Nous tournerons en rond, incapable d’aller de l’avant. Nous avons évoqué la Renaissance Africaine mais ce serait une grave erreur que de ne voir que le côté littéraire ou institutionnelle. Il y a la dimension scientifique dont on parle peu. On n’en parle même pas." Déplore l'historien sénégalais en 2009 à l'occasion d'un colloque scientifique sur la charte de Kouroukan Fouga.

"l’Empire du Mali n’était pas une monarchie absolue. Dirigé par Soundjata KEITA, il respectait les traditions, la dignité humaine, le principe de la diversité culturelle, oeuvrait dans le sens d’une unité dans la diversité".
 
De même, le problème des castes a été introduit par une déviation venant des Indes où existent les intouchables, selon l’historien qui évoque plutôt une organisation sociale basée sur le savoir-faire et fondée sur le respect des différences.
 
Le cousinage à plaisanterie a été introduite dans cette Charte, estime M. NIANE qui reconnaît sa présence dans l’essentiel des sociétés ouest africaines, rendant difficile de remonter à son origine. Mais il insiste sur son rôle pour le maintien de la paix civile et le respect de l’autre.
 
Elle évoque même l’immunité diplomatique, enseigne Djibril Tamsir NIANE qui signale que le chargé de mission ne risque rien au Mandé. Ainsi les messagers détenteurs d’une déclaration de guerre étaient accompagnés jusqu’à leur lieu de provenance.
 
Cette Charte n’oublie pas non plus la nature dont la gestion est organisée dans plusieurs de ses énoncés, indique le conférencier qui signale que les fondateurs de cette loi ont pensé aux générations futures auxquelles doit être léguée une terre bien préservée.

"La charte de Kurukan Fuga est l’une des valeurs africaines les plus remarquables ; elle constitue une contribution non négligeable de l’Afrique à l’histoire des droits humains et de la démocratie. Que faire ? Découvrir notre passé c’est bien, en traduire les leçons en force de progrès pour bâtir notre future, tout est là ; voilà le problème à résoudre." Concluait-il en fin d'intervention.

TELECHARGER CI-DESSOUS LE COMMENTAIRE COMPLET DE LA CHARTE PAR TAMSIR NIANE DJIBRIL

djibril_t_niane_la_charte_kouroukan_fouga.pdf Djibril T Niane-la Charte kouroukan fouga.pdf  (128.25 Ko)


INTEGRALE DE LA CHARTE DE KOUROUKAN FOUGA

Portrait de Soundjata Keita
Portrait de Soundjata Keita
Les représentants du mandé primitif et leurs alliés, réunis en 1237 à Kouroukan Fouga (actuel cercle de Kangaba en République du Mali) après l’historique bataille de Kirina ont adopté la charte suivante pour régir la vie du grand ensemble mandingue.
 
I - DE L’ORGANISATION SOCIALE:
 
Article 1er: La société du grand mandé est divisée en seize (16) porteurs de
                  carquois, cinq (5) classes de marabouts, quatre classes (4) de  
                  nyamakalas. Chacun de ces groupes a une activité et un rôle
                   spécifiques.
 
Article 2: Les nyamakalas se doivent de dire la vérité aux Chefs, d’être leurs
               conseillers et de défendre par le verbe les règles établies et l’ordre sur
               l’ensemble du royaume.
 
Article 3: Les morikanda Lolu (les cinq classes de marabouts) sont nos maîtres
               et nos éducateurs en islam. Tout le monde leur doit respect et
               considération.
 
Article 4: La société est divisée en classes d’âge. A la tête de chacune d’elles est
              élu un chef. Sont de la même classe d’âge les personnes (hommes ou
              femmes) nées au cours d’une période de trois années consécutives.
 
Les Kangbès (classe intermédiaire entre les jeunes et les vieux) doivent être conviés pour participer à la prise des grandes décisions concernant la société.
 
Article 5: Chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité  
               physique. En conséquence, toute tentation d’enlever la vie à son
               prochain est punie de la peine de mort.
 
Article 6: Pour gagner la bataille de la prospérité, il est institué le Kön¨gbèn
               Wölö (un mode de surveillance) pour lutter contre la paresse et
               l’oisiveté.
 
Article 7: Il est institué entre les mandenkas le sanankunya (cousinage à
               plaisanterie) et le tanamanyöya  (forme de totémisme). En  
               conséquence, aucun différent né entre  ces groupes ne doit dégénérer,
               le respect de l’autre étant la règle.
 
Entre beaux-frères et belles-sœurs, entre grands parents et petits-enfants, tolérance et le chahut doivent être le principe.
 
Article 8: La famille KEITA est désignée famille régnante sur l’empire.
 
Article 9: L’éducation des enfants incombe à l’ensemble de la société. La
               puissance paternelle appartient en conséquence à tous.
 
Article 10: Adressons-nous mutuellement les condoléances.
 
Article 11: Quand votre femme ou votre enfant fuit, ne le poursuivez pas chez le
                 voisin.
 
Article 12 : La succession étant patrilinéaire, ne donnez jamais le pouvoir à un
                  fils tant qu’un seul de ses pères vit.
 
Ne donnez jamais le pouvoir à un mineur parce qu’il possède des liens.
 
Article 13: N’offensez jamais les nyaras.
 
Article 14: N’offensez jamais les femmes, nos mères.
 
Article 15: Ne portez jamais la main sur une femme mariée avant d’avoir fait
                 intervenir sans succès son mari.
 
Article 16: Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes doivent être
                 associées à tous nos Gouvernements.
 
Article 17: Les mensonges qui ont vécu 40 ans doivent être considérés comme
                des vérités.
 
Article 18: Respectons le droit d’aînesse.
 
Article 19: Tout homme a deux beaux-parents: Les parents de la fille que l’on
                 n’a pas eue et la parole qu’on a prononcé sans contrainte aucune. On
                 leur doit respect et considération.
 
Article 20: Ne maltraite, pas les esclaves, accordez leur un jour de repos par
                 semaine et faites en sorte qu’ils cessent le travail à des heures
                 raisonnables. On est maître de l’esclave et non du sac qu’il porte.
 
Article 21: Ne poursuivez pas de vos assiduités les épouses: du Chef, du voisin,
                du marabout du féticheur, de l’ami et de l’associé.
 
Article 22: La vanité est le signe de la faiblesse et l’humilité le signe de la
                 grandeur.
 
Article 23: Ne vous trahissez jamais entre vous. Respectez la parole d’honneur.
 
Article 24: Ne faites jamais du tort au étrangers.
 
Article 25: Le chargé de mission ne risque rien au Mandé.
 
Article 26: Le taureau confié ne doit pas diriger le parc.
 
Article 27: La jeune fille peut être donnée en mariage dès qu’elle est pubère sans
                 détermination d’âge. Le choix de ses parents doit être suivi quelques
                 soit le nombre des candidats.
 
Article 28: Le jeune homme peut se marier à partir de 20 ans.
 
Article 29: La dote est fixée à 3 bovins: un pour la fille, deux pour ses père et
                 mère.
 
Article 30: Venons en aide à ceux qui en ont besoin.
 
II - DES BIENS:
 
Article 31: Il y a cinq façons d’acquérir la  propriété: l’achat, la donation,
                 l’échange, le travail et la succession. Toute autre forme sans
                 témoignage probant est équivoque.
 
Article 32: Tout objet trouvé sans propriétaire connu ne devient propriété
                 commune qu’au bout de quatre ans.
 
Article 33: La quatrième mise-bas d’une génisse confiée est la propriété du
                 gardien.
 
Article 34: Un bovin doit être échangé contre quatre moutons ou quatre chèvres.
 
Article 35: Un œuf sur quatre est la propriété du gardien de la poule pondeuse.
 
Article 36: Assouvir sa faim n’est pas du vol si on n’emporte rien dans son sac
                 ou sa poche.
 
III - DE LA PRESERVATION DE LA NATURE:
 
Article 37: Fakombè est désigné Chef des chasseurs. Il est chargé de préserver la
                 brousse et ses habitants pour le bonheur de tous.
 
Article 38: Avant de mettre le feu à la brousse, ne regardez pas à terre, levez la
                 tête en direction de la cime des arbres.
 
Article 39: Les animaux domestiques doivent être attachés au moment des
                cultures et libérés après les récoltes. Le chien, le chat, le canard et la
                volaille ne sont pas soumis à cette mesure.
 
III - DISPOSITIONS FINALES:
 
Article 40: Respectez la parenté, le mariage et le voisinage.
 
Article 41: Tuez votre ennemi, ne l’humiliez pas.
 
Article 42: Dans les grandes assemblées, contentez vous de vos légitimes
                 représentants et tolérez-vous les uns les autres.
 
Article 43: Balla  Fassèkè KOUYATE est désigné grand Chef des cérémonies et
                 médiateur principal du mandé. Il est autorisé à plaisanter avec toutes
                 les tribus en priorité avec la famille royale.
 
Article 44: Tous ceux qui enfreindront à ces règles seront punis. Chacun est
                 chargé de veiller  à leur application.
Mamoudou Kane


              

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