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Camp de M'Berra : Le difficile retour des réfugiés qui ont fui Tombouctou


Actualité
Jeudi 22 Août 2013 - 16:00


Selma (au premier plan), jeune réfugiée malienne originaire de Tombouctou. Crédit : Noorinfo/MLK
Selma (au premier plan), jeune réfugiée malienne originaire de Tombouctou. Crédit : Noorinfo/MLK
La chaleur est accablante, les températures dépassent parfois les 50 degrés. Seules quelques rares pluies rafraîchissent cette atmosphère surréaliste où des milliers de tentes sont plantées au milieu de nulle part. Sous l’une d’elles, une femme vieillissante est abattue par le temps. Elle est âgée d’une cinquantaine d’années, mais son visage est marqué par les turpitudes de son existence. L’exilée est contrainte de s’endormir pour contenir sa soif. L’eau potable n’est pas très abondante par ici.

A l’ombre de cet abri de fortune, quelques enfants jouent avec des bidons vides. « Ma fille est née ici, en 1992, quand nous avions séjourné dans ce camp, à la suite du conflit des années 1990 au Nord Mali, et sa fille, à son tour, est aussi née ici, en 2012, c’est une histoire qui se répète sans cesse pour nous », se désole cette femme, qui séjourne pour la deuxième fois dans ce camp en vingt ans. Ils sont plusieurs comme elle, en majorité touareg et maures. Ils avaient fui le conflit du Nord Mali, déjà en 1991, puis à partir de janvier 2012. Celui-ci atteindra des proportions sans précédent avec l’offensive djihadiste délogeant l’armée malienne de cette partie du pays. Une dernière vague de réfugiés arrivés en janvier 2013 avaient été chassés par les exactions de l’armée malienne revenue avec l’opération « Serval ».
 
Les tensions interethniques nées dans le sillage de la guerre française se poursuivent. Les Touareg, les Maures et les « teints clairs » sont assimilés par les populations noires aux djihadistes. Ces derniers martyrisaient les habitants de Tombouctou, avant l’arrivée des Français qui ont extirpé les groupuscules terroristes.
 
Le dernier signe de ces tensions communautaires est survenu le 11 août 2013, jour du second tour de l’élection présidentielle malienne, dans la ville de Léré, à quelques dizaines de kilomètres du camp de M’béra. Un Touareg d’une soixantaine d’années, « qui était allé voter » d’après plusieurs sources, est décédé, « lynché par des habitants noirs de la ville », rapporte un proche de la victime. « Ces derniers contestent le leadership d’une fraction touareg, c’est ce qui expliquerait l’assassinat de ce fils d’un défunt chef local », analyse Mohamed Ag Malha. Consterné, ce principal responsable du camp de M’béra affirme que « le marché de Léré est totalement interdit aux Touareg, c’est inacceptable ».
 
Pour beaucoup de réfugiés, la paix n’est toujours pas revenue chez eux. Le retour n’est donc pas en vue. Ils seraient 100 000 selon leurs responsables, environ 75 000 d’après le recensement officiel. Leurs conditions de vie sont difficiles et l’aide humanitaire est parfois insuffisante. « Le HCR (Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés – NDLR) attribue dix kilos de riz et un litre d’huile par personne, pour le reste chacun se débrouille comme il peut », témoigne sobrement Abu Bakren, chef d’une famille d’une dizaine de personnes. Malgré leur chaotique existence, les réfugiés espèrent que l’élection du nouveau président malien pourra « mettre fin au calvaire ».
 
Dans le camp, le taux de participation du premier tour était de 9 %. Beaucoup de personnes se sont présentées, mais impossible pour elles de retrouver leur nom sur les listes électorales. D’autres n’ont pu récupérer leur carte d’électeur. Un responsable des réfugiés estime que « deux tiers des personnes inscrites n’ont pas pu voter », en raison des dysfonctionnements. En revanche, au second tour, le 11 août, la tendance s’est inversée, le taux de participation grimpant à 36 %, avec une très large avance pour Ibrahim Boubacar Keïta.
 
Les réfugiés lancent aujourd’hui un appel au chef de l’État, pour un dialogue inclusif sur la résolution de la crise du Nord Mali. « Le projet que nous proposons est pour tout le Mali, il est aussi bon pour Sikasso et Ségou que pour Tombouctou ou Kidal. Ce projet tient compte de la diversité géographique, ethnique, culturelle et économique du Mali », insiste Abdoullahi Ag Mohamed El Maouloud, président de l’Organisation des sociétés civiles de l’Azawad (Osca) qui fait figure d’interlocuteur pour les négociations prévues par l’accord de Ouagadougou.

« Nous sommes les principales victimes de ce conflit, donc personne ne négociera à notre place », dit un réfugié présent lors d’une assemblée de l’Osca dans le camp de M’béra. L’organisation comprend différentes confédérations touareg de la région de Tombouctou. Ces composantes ont fait le choix d’approfondir la réflexion sur le statut et l’avenir du Nord Mali, sans entrer en guerre avec l’État central. C’est en ce sens que la naissance de l’Osca marque un tournant majeur dans l’histoire des revendications politiques touareg. Elle fait consensus pour représenter la base, à travers les voix des élites traditionnelles, dans le dialogue inclusif prévu par l’accord de Ouagadougou dans son article 21.
 
Pour les responsables de cette société civile, si les précédents accords sont restés sans effet, c’est parce qu’ils ont été négociés de manière restreinte avec les seuls groupes armés. Alors, les prochains pourparlers devraient nécessairement intégrer ces interlocuteurs civils, afin d’assurer une représentation de toutes les régions touareg non homogènes et non représentées au sein du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA).

Intagrist El Ansari
Pour humanite.fr
Mamoudou Kane


              

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