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"C'était horrible" : les récits des otages d'In Amenas sur un cauchemar de quatre jours


Actualité
Lundi 21 Janvier 2013 - 11:10

"C'était horrible. Tout était difficile, de se cacher, d'entendre des bruits." Le visage fermé, encore sous le choc, Alexandre Berceaux, a raconté à la presse, dimanche 20 janvier, l'enfer qu'il a vécu pendant plus de 40 heures. Quarante heures pendant lesquelles ce Français de 32 ans a été pris en otage par un groupe islamiste sur le site gazier d'In Almenas dans le Sahara algérien. "Je suis content d'être revenu, mais il y a eu beaucoup de pertes", a-t-il confié à son retour dans l'est de la France.


Employé dans une entreprise de restauration, Alexandre Berceaux a expliqué avoir eu le réflexe de se cacher sous son lit, dans un camp proche de la "base-vie" attaquée par les islamistes. "On a entendu l'alarme retentir et personne ne savait ce qui se passait", a expliqué le jeune homme, qui travaillait sur la base depuis plus d'un an. Il a précisé avoir dissimulé son passeport et ses papiers "pour cacher qui j'étais". Il a dit avoir entendu régulièrement des tirs, vraisemblablement des preneurs d'otages.

"Ils n'étaient pas loin, à quelques mètres". "Tout le monde était en danger, pas seulement les Occidentaux. Ca tirait de partout et ça venait de n'importe où", a-t-il ajouté. Alexandre Berceaux a estimé que ses collègues algériens, qui avaient le droit de circuler dans le camp, avaient pris "des risques énormes" pour le ravitailler, car les islamistes cherchaient les Occidentaux. "On m'amenait de la nourriture, mais je ne pouvais pas la manger, je ne savais pas combien de temps j'allais rester là", a-t-il cependant précisé.

DES RÉCITS EFFRAYANTS

Sur cette capture d'écran de la chaîne de télévision privée algérienne Ennahar du 19 janvier 2013, des otages se rendent aux ravisseurs à In Amenas, en Algérie/ | AFP/-
Sur cette capture d'écran de la chaîne de télévision privée algérienne Ennahar du 19 janvier 2013, des otages se rendent aux ravisseurs à In Amenas, en Algérie/ | AFP/-
C'est le même récit effrayant d'un cauchemar de quatre jours, qui s'est terminé en bain de sang, qu'ont livré les rescapés de l'attaque d'In Aménas en Algérie. Le récit d'otages transformés en bombes vivantes, terrés pendant des heures pour tenter d'échapper au commando ou exécutés sommairement

"Je me trouvais à l'extérieur du bureau quand j'ai vu les terroristes arriver", a raconté un Roumain qui travaillait sur le site gazier et s'est retrouvé aux côtés de centaines d'employés algériens et d'expatriés sous la menace d'un commando proche d'Al-Qaida ayant pris le contrôle des installations. Aux dires des témoins, les assaillants étaient lourdement armés, avec des lance-roquettes en plus des kalachnikovs.

"Ils ont commencé à tirer sur les gardiens", puis "ils sont entrés et ont commencé à prendre des otages. Je me suis barricadé avec un autre collègue dans le bureau, en bloquant la porte avec un meuble", a expliqué cet ex-otage. Certains ont trouvé refuge dans de faux-plafonds, d'autres se sont terrés sous leur lit, comme Alexandre Berceaux. Mais les assaillants étaient visiblement prêts à tout pour débusquer les étrangers qui tentaient de se cacher, comme en a témoigné dans la presse un Algérien employé sur le site qui a réussi à leur échapper.

LES ALGÉRIENS REGROUPÉS À PART

Capture d'écran de la télévision algérienne montrant d'ex otages algériens qui ont pu échapper aux islamistes. | AFP/-
Capture d'écran de la télévision algérienne montrant d'ex otages algériens qui ont pu échapper aux islamistes. | AFP/-
Ils ont pris un Britannique et pointant leurs armes sur lui, "ils l'ont menacé jusqu'à ce qu'il appelle en anglais ses amis en leur disant : 'Sortez, sortez, ils ne vont pas vous tuer. Ils cherchent des Américains'", a raconté ce survivant à la presse. "Quelques minutes après, ils l'ont abattu". Les expatriés étaient apparemment systématiquement ciblés.

"Les terroristes nous ont dit : 'Vous n'avez rien à faire dans cette histoire, vous êtes algériens et musulmans. On va vous relâcher'", a expliqué Iba El Haza, un chauffeur algérien employé sur le site. Un récit corroboré par celui, anonyme, d'un autre employé algérien dans le Mail on Sunday : Ils sont allés dans un des bâtiments, "ont rassemblé les expatriés, les ont fait mettre en cercle et ils leur ont tous mis des explosifs autour du cou".

"Nous autres Algériens, nous étions regroupés à part et nous étions traités avec bienveillance. Ils nous ont dit que nous ne serions pas tués car nous étions musulmans et qu'ils ne cherchaient que les chrétiens", a-t-il raconté. Selon lui, les Algériens avaient le droit d'envoyer des textos ou de passer des appels, mais les preneurs d'otages, très bien renseignés sur la configuration des lieux, ont fait couper le réseau pour empêcher les expatriés de le faire.

Certains y sont toutefois parvenus grâce à un circuit de secours. "Vous m'entendez ? J'ai été pris en otage par Al-Qaida", a ainsi écrit à sa famille Stephen McFaul. Cet Irlandais âgé de 36 ans a ensuite réussi à s'échapper quand l'armée algérienne a attaqué les véhicules dans lesquels des membres du commando tentaient de déplacer des otages, bardés d'explosifs.

CERTAINS ONT RÉUSSI À PRENDRE LA FUITE

Capture d'écran de rescapés de la prise d'otages d'In Amenas, sur une télévision algérienne
Capture d'écran de rescapés de la prise d'otages d'In Amenas, sur une télévision algérienne
D'autres aussi ont réussi à prendre la fuite, comme ce Norvégien de 57 ans qui a passé 15 heures dans le désert avec sept autres personnes et a regagné à pied la ville d'In Amenas à près de 50 km de là, déshydraté et épuisé, selon un journal norvégien.

Alan Wright, un Ecossais de 37 ans, a rendu hommage à ses collègues algériens qui l'ont aidé à s'échapper avec d'autres expatriés, soulignant qu'il avait envers eux une "dette éternelle". L'employé de BP s'est caché pendant près de 30 heures dans un bureau avec quatre autres étrangers et des employés algériens sur le site, alors que les coups de feu faisaient rage à l'extérieur, et ceux-ci ne les ont jamais laissé tomber.

"Les Algériens pouvaient se déplacer librement. Alors, on se disait : 's'ils sortent, ils (les preneurs d'otages) vont leur demander d'où ils viennent et ils vont venir fouiller ici'", a-t-il relaté sur la chaîne Sky News. "C'était ma plus grande crainte: qu'ils se rendent et que nous soyons pris", a-t-il expliqué depuis son domicile en Ecosse.

Ce sont ces Algériens qui ont monté l'évasion du petit groupe et qui lui ont donné un chapeau pour qu'il ait "moins l'air d'un expatrié". Ensuite, "ils ont découpé le grillage et ça y est, nous étions partis". "Je ne pourrai jamais assez dire de bien de ces gars qui étaient avec nous dans ce bureau et qui avaient la possibilité de se rendre et d'être en sécurité mais qui ont décidé de rester avec nous et de nous aider à nous échapper", a souligné l'ex-otage. "Nous avons une dette éternelle à leur égard".

DES OTAGES EXÉCUTÉS

Tous n'ont pas au cette chance. Deux témoins algériens ont déclaré dimanche à l'AFP avoir vu neuf Japonais être exécutés par les islamistes dès mercredi. Les deux témoins ont expliqué que les islamistes avaient d'abord tué trois Japonais qui s'étaient échappés du bus, chargé vers 4 heures GMT (5 heures heure française), d'emmener notamment des expatriés vers l'aéroport d'In Aména. "Nous avons tous eu peur quand nous avons entendu des tirs de rafales mercredi à 05h30 (04h30 GMT). Après, nous avons réalisé qu'il venaient de tuer trois de nos collègues japonais qui voulaient s'enfuir du bus", a expliqué un témoin, Riad, qui travaille pour le Japonais JGC.

Les six autres Japonais ont été tués dans la base-vie, selon les deux Algériens. Riad a raconté que les assaillants étaient "arrivés sur le site avec des arraches-clous et se sont dirigés vers les chambres des Japonais". "Ils étaient au courant de toutes nos procédures", a-t-il affirmé. "Un terroriste a crié 'open the door' ("ouvrez la porte") avec un accent nord-américain, puis a tiré. Deux autres Japonais sont morts et nous avons trouvé quatre autres cadavres de Japonais à l'intérieur de la base-vie", a-t-il dit, très ému.

Source : lemonde.fr
Mamoudou Kane


              

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