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Noorinfo

Budgets des organismes: Des ateliers à tous les râteliers


Economie
Jeudi 8 Décembre 2011 - 19:36

Décembre est le mois du père Noël, c'est entendu. Mais à Nouakchott en particulier, ce mois prend des airs de fêtes chez les organisateurs d'ateliers, qui en font fleurir à tout-va, pour équilibrer des budgets qui seraient, par défaut ultra-positifs, au risque de voir le prochain exercice fortement raboté. Panorama d'une mini-industrie de fin d'année.


Tables et tabourets de la maison des sourds présentés à la galerie Sinaa à Noaukchott
Tables et tabourets de la maison des sourds présentés à la galerie Sinaa à Noaukchott
Chaque année, au mois de décembre, organismes nationaux et internationaux, institutions, sociétés de communication, hôtels, restaurants, invités, participants, animateurs, et serveurs se donnent rendez-vous dans un cycle annuel, devenu un véritable marronnier financier pour la plupart des acteurs précités. Les ateliers sont «anormalement multipliés» durant cette période, pour résorber le trop-plein d'argent non-utilisé pour des actions précises et particulières, dans des domaines aussi majeurs que la santé, les droits de l'homme, la presse, la justice, ou encore la culture.

«On rétorque souvent des problèmes de budgets aux demandeurs de financements d'activités importantes pour les domaines que vous évoquez, alors que les caisses sont pleines pour beaucoup des structures abordées, et qu'elles s'en délestent vivement et inutilement la fin d'année venue, pour éviter de voir leurs budgets baissés, durant l'exercice comptable suivant» dénonce Mohamed, un vieux de la vieille, d'un département du ministère de la culture, particulièrement concerné par cette situation. Une situation d'autant plus incongrue, qu'un festival majeur vient de se dérouler dans l'indifférence quasi-générale, alors qu'il était potentiellement majeur et prévoyait l'arrivée d'artistes internationaux importants, dans le cadre de la valorisation sociale des handicapés: Le handifestival, qui a eu lieu du 3 au 6 décembre passé.

Mais le malheur des uns faisant le bonheur des autres, une cascade de secteurs économiques y trouvent leur compte.

Une véritable chaîne financière

Des budgets d'ateliers à tout-va sur des sujets importants, qui auraient gagné à être utilisés autrement
Des budgets d'ateliers à tout-va sur des sujets importants, qui auraient gagné à être utilisés autrement
Souleymane N'Diaye est calligraphe dans le quartier BMD à Nouakchott. Pour ce dessinateur talentueux qui brade son art essentiellement sur «des banderoles d'ateliers» comme il le répète, décembre est le mois le plus prolixe en termes de commandes. «On n'est même pas à la mi-décembre, mais j'ai déjà eu trois fois plus de commandes que les deux mois écoulés!», soit 36 banderoles, pour deux en moyenne par atelier, une en français et une autre en arabe.

Il n'est pas le seul à profiter de cette aubaine chaque année. Les hôtels et quelques restaurants qui louent leurs salles de conférences, deux à trois fois par jour durant au moins trois semaines du mois de décembre, ne sont pas en reste. Avec en moyenne 120 000 déboursés pour la salle de conférence, pour une occupation de six heures, le compte quotidien est bon, et bien rempli. Dans cette spirale financière, vient ensuite les opérations de catering, qui coûtent une petite fortune, et qui représentent (le seul?) et véritable intérêt pour les participants à ces ateliers-de-remplissage-de-panse. «Ça change suivant les organisateurs et le nombre de personnes prévues, mais en gros, on nous commande des plats pour une quarantaine de personnes, en petit-déjeuners et déjeuners, en décembre en tout cas» explique ce gérant d'un grand restaurant de la ville, qui loue et prépare les plats, petits et grands, lors de ces ateliers.

Au sommet de cette chaîne alimentaire, pardon, financière, les sociétés de communication qui ont en charge ces ateliers, et juste après elles, les animateurs, payés une petite fortune pour agiter et dégraisser le mammouth-porte-feuille trop longtemps endormi durant l'année, à réciter des interventions à peu préparées, récitées, voire le plus souvent lues, sur un mur livide de projection, où s'enchaînent des formules entendues, ou des formulations à l'emporte-pièces, qui sentent le copier-coller-de-dernier-instant-sur-internet. Les budgets attribués varient entre 500 milles ouguiyas et 4 millions, selon le prestige de l'organisme organisateur, et surtout selon le nombre d'ateliers prévus pour un thème en particulier.

Mais oui! Pardi

Pour certains acteurs des organismes ou institutions qui financent ces ateliers, c'est «de l'argent qui aurait pu être utilisé à autre chose, dans le temps imparti de l'année comptable» déplore un jeune nouveau cadre d'une de ces institutions-bienfaitrices en ateliers de décembre.
Les exemples pullulent dans tous les secteurs, et concernent quasiment tous les organismes et institutions basées dans le pays, mais aussi certains départements, qui se ruent sur cette dernière ligne droite, pour ne pas voir leur budget trop rogné l'année suivante.

Au total, avec une moyenne de trois ateliers par jour et par hôtel et restaurant habituellement organisateurs, durant trois semaines, à Nouakchott, c'est à l'extrême minimum, en partant des coûts minima, une fortune de 50 000 000 d'ouguiyas qui est dilapidée. Osons le verbe, en ce mois de Saint-Nicolas, qui ne fait pas des heureux que dans le Nord, finalement.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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