Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

“Bouteflika, cela suffit”


Lu sur le web
Mercredi 5 Mars 2014 - 10:11

Alors qu’un président Bouteflika à bout de forces et paralysé du coté gauche vient d’annoncer à la télévision sa candidature pour les élections présidentielles en vue d’un quatrième mandat, l’Algérie s’embrase. « Non à Bouteflika, non à Toufik », réclame la rue en demandant la démission à la fois de l’actuel Président, mais aussi du général Toufik, le tout puissant patron des services algériens resté jusqu’alors dans l’ombre.


“Bouteflika, cela suffit”

 Immunisée par une décennie noire qui avait causé 150000 morts dans les années 1990, l’Algérie avait échappé aux soubresauts du printemps arabe. Le pouvoir avait réussi, grâce à des réserves pétrolières estimées à au moins deux cent milliards de dollars, à acheter la paix sociale. A l’exception d’un modeste rassemblement durant l’hiver 2011 de quelques milliers de militants du RCD, un parti kabyle dont la proximité avec une partie de l’institution militaire est connue, l’Algérie était restée à l’écart de l’ébranlement qui avait saisi l’ensemble du monde arabe et méditerranéen, du Caire à Tunis et à Tripoli. Cette parenthèse se referme, la poudrière algérienne est en train d'exploser.
 

Fahd plus Brejnev
 

A l’approche des élections présidentielles d’avril prochain, on assiste au spectacle surréaliste d’un président à bout de forces, paralysé du coté gauche et incapable d’articuler une phrase, qui se présente pourtant aux élections présidentielles pour un quatrième mandat. Le vieil homme est soutenu par son clan, nourri par les pharamineuses commissions sur les marchés publics et par l’Etat Major de l’armée. Le scénario est contesté par les puissants services secrets algériens, l’ancienne Sécurité Militaire devenue DRS. On assiste à une transition chaotique qui tient à la fois de l’ère Brejnev finissante, coté institution militaire, et aux derniers mois du règne du Roi Fahd en Arabie saoudite, coté Présidence. Le spectacle est médiocre et les héros, quatre-vingt ans en moyenne, fatigués.
 

Face à l’arrogance d’élites militaires et politiques qui cherchent à se neutraliser pour le futur partage du gâteau pétrolier, le pays tout entier est saisi par une fièvre de contestation grandissante. Et un pouvoir usé, divisé, tétanisé ne sait plus comment répondre à ces citoyens algériens. Tel le père Ubu, Bouteflika les avait fait disparaitre, ces citoyens, dans une trappe à oubli. Ce président fasciné par la stature d’un de Gaulle aurait du méditer la fameuse phrase du général affirmant qu’une élection présidentielle  était la rencontre d’un homme et d’un peuple. Or ce peuple algérien, Boutef, son frère Said et son clan ont eu tendance à l'oublier. La manne financière distribuée aux collectivités locales, ces dernières semaines, par un  Premier ministre transformé en père Noël ne suffit plus à apaiser sa colère et à répondre aux revendications de la rue devenues politiques.
 

« Cela suffit ! ». Un mouvement « Barakat », créé  à l’image du « Dégage ! » du printemps arabe, est en train de rassembler les classes moyennes et intellectuels. Chaque jour, la tension s’accroit. A Bejaia en Kabylie, l’armée oppose un char (!) à une manifestation de gamins. A Alger, des journalistes, et non des moindres et qui ne sont pas des rebelles, sont placés en détention. Dans le sud algérien, la région du Mzab où des conflits communautaires se nourrissent de l’incurie des autorités de l’Etat s’embrase. Et lorsqu’un chanteur rap d’Annaba, lance un tube anti Boutef, la vidéo sur le net rassemble immédiatement deux millions d’internautes !
 

L’argent qui gangrène !
 

Le pouvoir algérien qui avait paru suffisamment sophistiqué dans les années 2000-2005 pour promouvoir la paix civile, réintégrer les anciens maquisards du Front Islamique du Salut et satisfaire les différentes corporations en arrosant tout le monde  s’est peu à peu consumé de l’intérieur. Cette implosion s’explique par le formidable gâteau pétrolier et gazier, ces commissions phénoménales qui ont été distribuées à tout va durant les trois quinquennats de « Boutef ».  Préoccupés par le seul appât de fortunes bradées, l’entourage de « Boutef », son frère Said en tète, a juste oublié que l’époque, marquée par les réseaux sociaux et la mondialisation des images, avait changé. L’heure du secret des petits arrangements entre amis est révolue. Sur la place publique, plus personne n’ignore la boulimie indécente des amis du Président Bouteflika obsédés par ce qu’en arabe on nomme tegr’a, les relents de festaille, de mangeaille, de bakchichs.
 

Un seul dossier résume l’incurie et la corruption qui se sont généralisés sous Bouteflika : celui du fameux autoroute est Ouest qui traverse désormais l’Algérie. Le cout programmé avait été estime à un peu moins de 4 milliards de dollars ; la facture finale s’est soldée par une dépense de quinze milliards/ Excusez du peu.
 

Au départ, trois clans se sont partagés le pactole. Le premier est celui du ministre des Affaires Etrangères, qui a amenée les 25000 ouvriers chinois à qui il est revenu au paradis socialsite algérien de construire l’autoroute; le second est celui de Saïd Bouteflika, le frère du Président, qui à l’image de la famille de Leila Trabelsi, l’ex première dame et régente de Tunisie, touche à peu près tous les appels d’offre. Le troisième clan est celui du ministre des travaux Publics, Amar Ghoul, qui sera promu récemment ministre des transports, sans doute en raison de la gestion rigoureuse de ce dossier et de quelques autres.
 

A chaque étape de ce chantier considérable, des groupes amis de la Présidence, dont un notamment détient une télévision privée qui fait de la retape pour le quatrième mandant de Boutef, se sont sucrés au passage. Résultat, l’autoroute en question, déjà plein de bosses et de crevasses, n’est pas un modèle de finition.


La course vers une vice présidence !
 

Pour l’instant, les principales formations politiques, FLN et RND, le grand syndicat de l’UGTA et les notables de tous poils, qui ont bénéficié de quelques retombées de cet argent roi, soutiennent le quatrième mandat. La difficulté de tout observateur des  intrigues du sérail politique algérien, la voici : c’est que leurs calculs et leurs arrangements échappent au commun des mortels.  Ainsi un certain nombre d’opposants à Boutef ne se prononcent pas frontalement contre cette éventualité, qui s’accompagnerait d’un score soviétique de 80% des voix pour Boutef, très susceptible sur ce genre de détails.
 

Pour beaucoup des prétendants au trône, l’élection d’un Bouteflika à bout de forces est une sorte de façon de botter en touche, de laisser du temps au temps, de trouver enfin un candidat consensuel qui fasse l’unanimité au sein de l’institution militaire et dans la communauté des hommes d’affaires, les deux composantes qui détiennent la réalité du pouvoir en Algérie. Et c’est ainsi que la classe politique algérienne est en train de trouver une possible porte de sortie à la crise actuelle, la création de fonction de vice président. Une fois Boutef définitivement écarté par la maladie, ce vice-Roi non élu prendrait alors les commandes jusqu’aux Présidentielles de 2019. 
 

Des élections sans élections, voici la dernière trouvaille que Said Bouteflika, le frère bien aimé et l’homme fort du régme actuel, est venu vendre, ces derniers jours, aux autorités françaises. Sur fond de coopération sécuritaire au Mali.


« En slip et sans élastique »
 

Hélas pour lui, Bouteflika n’a plus les faveurs du chef des services algériens depuis 1990, le général Mohamed Mediene, dit « Toufik », qui fut, jusqu’à présent à chaque échéance électorale cruciale, le faiseur de roi. C'es lui qui va chercher Bouteflika en 1999, à la fin des années noires.  Lui encore qui écarte, en 2004, Ali Benflis, soutenu pourtant par le chef d'Etat major de ll’armée à l'époque, Mohamed Lamari, au profit cette fois encore du même Boutef. Lui enfin qui entérine le troisième mandat de l’actuel Président en 2009, avant de mettre la main sur le trésor de guerre pétrolier du régime, la société Sonatrach, dont il chasse le bras droit de Boutef.
 

Or on dit aujourd’hui que Toufik est affaibli par la guérilla qui l’oppose au chef d’Etat Major, le général Ahmed Gaïd Salah, un proche de Bouteflika qui rêve  à un scénario à l’égyptienne dont il serait le héros. Toufik est-il pour autant « en slip et sans élastiques », pour reprendre l’expression imagée d’un diplomate ? « Toufik, note ce dernier, n’a plus les moyens de choisir le futur président, mais il dispose toujours d’un doit de veto ». Le bon général Toufik dispose encore en effet de plusieurs atouts maitres : une alliance constante avec les Américains, favorables sans aucun doute au départ de Bouteflika; une formidable banque de données compromettantes sur l'ensemble du personnel politique et militaire algérien (dont les frasques du général Ahmed Gaïd Salah durant sa jeunesse); enfin des groupes discrets et rodés capables des pires coups tordus dans les moments de crise.
 

 Il ne faudrait pas enterrer trop vite le général Toufik, le vrai patron de l’Algérie depuis un quart de siècle!

Source : Mondafrique

Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
Inscription à la newsletter
Les + populaires