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Boubacar Ould Messaoud: "Oui, la lutte des militants anti-esclavagistes est en passe de réussir".


Société
Samedi 15 Octobre 2011 - 13:57

Boubacar Ould Messaoud, le président de SOS-Esclave à l'éternel béret, revient sur la détention jugée "arbitraire" d'Ould Dadde", et fait part de son optimisme quant au succès prochain de la lutte contre l'esclavagisme en Mauritanie.


Boubacar Ould Messaoud: "Oui, la lutte des militants anti-esclavagistes est en passe de réussir".

Vous venez de vous élever contre la détention, que vous jugez arbitraire, d’Ould Dadde, quelles en sont les raisons?

Les raisons de notre intervention dénonçant la détention arbitraire de Mohamed Lemine Ould Dadde, et exigeant des pouvoirs publics d’y mettre fin sont claires. Voilà un ancien commissaire aux droits de l'homme, qui a purgé deux détentions préventives depuis plus d'un an; détention qui du coup, légalement, ne peut plus faire l'objet de prorogation.

Ayant pris connaissance des avis des juristes avertis et soucieux de la règle du droit qui confirment que le détenu doit être impérativement libéré s’il n’est pas poursuivi pour une autre cause, nous avons pris acte à SOS-esclave et prenons position par rapport au droit.


Le fait qu’Ould Dadde soit présenté comme un militant anti-esclavagiste n’est-il pas l’une des raisons qui vous aient incité à demander sa remise en liberté?


Nous ne faisons aucune différence entre les personnes quant à leurs engagements ou leurs opinions. Retenez-bien que depuis sa fondation en 1995, SOS-Esclaves s’est illustrée comme une sentinelle vigilante pour la défense des droits de l’homme, de TOUS les hommes. Les militants anti-esclavagistes, les autres défenseurs des droits de la personne, les journalistes, les syndicalistes, les politiques et autres détenus d’opinions connaissent bien notre organisation pour notre assistance sans condition à eux, au cours de ces seize dernières années.

Face au déni officiel, nous sommes bien dans notre rôle premier de promoteur de la lutte sans merci contre l’esclavage et ses séquelles quand nous mettons en lumière la situation des gens simples que personne ne connait, les sans-voix et sans-noms qui vivent l’injustice tous les jours.
Cela étant, nous remercions bien sûr Mohamed Lemine pour son engagement anti-esclavagiste, mais ceci c’est une autre affaire.


D'aucuns pensent que la lutte des militants anti-esclavagistes est en passe de réussir? Êtes-vous de leur avis?


Je suis bien de cet avis! Je me permets de faire d’abord un rappel sur le processus et le chemin parcouru dans la lutte d’émancipation des esclaves en Mauritanie. Depuis l’accession à l’indépendance et même avant, des luttes sourdes et silencieuses ont été menées contre le phénomène de l’esclavage; les différents pouvoirs qui se sont succédé, incapables d’affronter leurs familles, leurs castes et toute leur classe sociale n’ont voulu reconnaitre de l’esclavage que ses séquelles en préconisant des solutions économiques pour en venir à bout.

Il a fallu attendre la fin des années 70 pour que s’engage la lutte contre l’esclavage menée à visage découvert essentiellement par des descendants d’esclaves, mais aussi par d’autres compatriotes épris de justice et de dignité humaine. Ce fut l’avènement d’El Hor dont les militants remportèrent une première victoire, suite au procès des dirigeants à Rosso, avec la Déclaration d’abolition de l’esclavage le 5 juillet 1980.

Cette abolition promulguée le 9 novembre 1981 par son article 2 reconnaissant aux maitres le droit à une compensation sans qu’aucune protestation ne s’élève, consacrait l’éclatante vérité: l’esclavage et une réalité incontestable de notre société et ses dirigeants ne l’avaient en fait pas vraiment combattu.

Cependant, le décret d’application de cette ordonnance ne sera jamais pris.

En 1983 une réforme foncière, comme mesure d’accompagnement de l’abolition, est engagée avec pour objectif déclaré le démembrement de la propriété collective et sa redistribution entre tous les membres des collectivités tribales et autres communautés dont les anciens esclaves.

A partir du 12 décembre 1984 avec l’avènement de Maouiya les véritables objectifs de cette réforme se dévoilent: cette loi sert depuis à attribuer les terres de culture dans la vallée aux hommes d’affaire et aux officiers en dépossédant sans scrupule les paysans négro-africains sous différents prétextes jusqu'au déni de la nationalité et le recours à la déportation hors du pays de villages entiers. Avec le retour des déportés ces terres sont aujourd’hui une source de conflits inter-communautaires. Les anciens esclaves et ou les descendants d’esclaves qui manifestent la volonté d’indépendance par rapport aux anciens maîtres et refusent d’appliquer les consignes de vote sont systématiquement chassés des terres qu’ils ont défrichées, mises en valeur et exploitées jusqu’ici eux-mêmes.

Cette lutte engagée et menée par toutes les forces vives du pays abouti à la promulgation de la loi 048/ 2007 du 3 Septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes. Ce fut la seconde victoire d’E Hor partagée avec toutes les forces vives du pays, dont SOS-Esclaves. C’est le lieu de rappeler qu’au second tour des élections présidentielles de 2007, le parti politique Alliance Populaire Progressiste (APP) conditionna son vote en faveur du candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi à l'engagement une fois élu de promulguer cette loi et d’entreprendre le rapatriement des mauritaniens déportés.

Aujourd’hui, en utilisant l’ensemble de cet arsenal, les militants anti-esclavagistes sont en train de pousser les esclavagistes dans leurs derniers retranchements. Ceux-ci en perdent leur arrogance et leur fierté légendaire de guerriers et /ou de marabouts dont ils se réclament. Alors ils usent et abusent de mensonges en refusant de reconnaitre que ceux qu’ils exploitent comme domestiques sont leurs esclaves. Et ils prétendent, contre tout bon sens que ce sont des salariés même quand ils sont encore mineurs, ce qui est une violation de la loi.


La possibilité d’appliquer la loi dérange trop d’intérêts et remet en cause toute une construction philosophique réactionnaire. Et beaucoup se liguent à l’empêcher, clairement ou sournoisement. Alors dans ce contexte je dis: oui, la lutte des militants anti-esclavagistes de plus en plus nombreux et déterminés, dont nous sommes, est en passe de réussir.Mais, ne soyons pas naïfs: l’éradication de l’esclavage et de ses séquelles prendra encore beaucoup de temps, et nécessitera encore beaucoup d’efforts de la part des esclaves, des anciens esclaves et de toute les forces vives du pays. Cette lutte fait partie intégrante d’un effort plus large qui doit assurer la liberté, l’égalité et une vie digne à tous les citoyens mauritaniens, sans aucune distinction.


Propos recueillis par Samba Camara

Mamoudou Kane


              

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