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Blackwater.ru : l’avenir des Sociétés Militaires Privées Russes


Lu sur le web
Mardi 18 Novembre 2014 - 11:00

Pendant l’époque soviétique, les militaires professionnel russes travaillaient dans le monde entier, de Cuba au Vietnam, enseignant, conseillant et parfois juste en pointant les cannons des Kalachnikov vers l’ennemi pour le bien du prolétariat.
A l’heure actuelle, les autorités russes veulent que ces armées professionnelles s’y remettent, mais cette fois, pour de l’argent et, éventuellement, en tant que proxy gouvernemental.


Blackwater.ru : l’avenir des Sociétés Militaires Privées Russes

Une proposition de loi déposée à la Douma d’Etat  en fin de mois dernier légaliserait les sociétés militaires privées (SMP) en Russie, une idée soutenue en 2012 par Vladimir Poutine.

Les plus enthousiastes disent qu’il est grand temps pour la Russie, qui a une forte tradition militaire, d’entrer sur le marché mondial des SMP, estimé l’année dernière à plus de 350 milliards de dollars, selon la proposition de loi.

Le marché est actuellement dominé par des sociétés occidentales, et beaucoup de nations en développement seraient ravies d’accueillir des SMP affiliées à différents groupes géopolitiques, dit l’analyste Ivan Konovalov, qui, l’an dernier, a coécrit une monographie en russe sur les SMP en Russie et dans le monde.

« Mais cela requiert beaucoup d’efforts pour évincer les joueurs déjà existants », dit Konovalov, qui dirige un think-tank  à but lucratif appelé : Center for Strategic Trends Studies, à Moscou.

Les services de sécurité  russes sont hésitants, malgré le soutient de Poutine, puisqu’ils ne veulent pas renoncer au monopole de la violence légale, et craignent que se développe ce qui pourrait bien devenir une force de mercenaires incontrôlable, d’après des analystes du journal The Moscou Times.

Et même les gains potentiels en terme d’image, que serait d’utiliser des SMP au lieux des troupes armées dans des situations sensibles, comme en Ukraine, seront plus faibles si l’on peut trouver des liens qui rattachent ces sociétés au Kremlin, dit l’analyste militaire Alexander Golts.
 

Des Rangers du Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie

La nouvelle proposition de loi vise à autoriser les SMP russes à faire du consulting militaire, à protéger, à déminer, et, le point le plus ironique de tous, à faciliter le règlement des conflits armés en dehors de la Russie de façon alternative.

Selon le projet de loi, disponible sur le site de la Douma d’État, les SMP seront autorisées à user d’armes à feu, mais pas d’armements lourds.

L’auteur de ce projet de loi, un député  de la Russie Juste, Gennady Nosovko, a réfuté le fait que, dans sa formulation actuelle, la loi pourrait signifier donner carte blanche pour toutes les activités extérieures des mercenaires .

Le Service Fédéral de Sécurité de la Fédération de Russie (FSB), une agence qui succède au KGB, sera chargé de surveiller les SMP et de les empêcher d’user de violence excessive,

« La différence entre des mandatés et des mercenaires est comme celle entre un garde-chasse et un braconnier « , a-t-il déclaré au The Moscow Times dans un récent entretien téléphonique.

Mais jusqu’à maintenant, ni les SMP ni le Ministère de la Défense  n’ont donné leur avis sur cette proposition de loi, cependant Nosovko prétend qu’en privé les officiels la soutiennent.
 

Une fine ligne rouge

Le mercenariat, une profession milléniaire, est réapparu en Afrique et en Amérique Latine dans les dernières décennies du 20ème siècle , lorsque les régimes autoritaires et les insurrections se reposaient sur des professionnels étrangers hautement qualifiés pour réprimer la dissidence ou renverser des gouvernements indésirables.

Mais les mercenaires, définis par l’ONU comme des civils recrutés pour se battre pour de l’argent dans un pays ou lors d’un conflit avec lesquels ils n’ont pas de liens formels, sont illégaux dans la plupart des pays.

Les SMP, sont cependant des entreprises légales dont les domaines d’expertises principaux sont : le support logistique, le déminage, la protection, l’entraînement, mais pas de tirer sur des dictateurs ou sur leurs ennemis.

Contrairement aux mercenaires du passé, les SMP ont rarement accès à des équipements lourds comme des tanks, des avions de combat… ; les véhicules personnels lourdement armés sont généralement autorisés.

Mais il y a toujours une grande différence entre un employé de SMP et un mercenaire, dit Alexander Nikitin, un expert en sécurité de l’Institut d’État des Relations Internationales de Moscou (MGIMO).

« Toute implication d’une SMP dans un conflit armé ouvert signifierait dépasser une ligne rouge et d’être qualifié de mercenaire par les conventions de l’ONU », dit Nikitin, qui a été, pendant 6 ans, un membre du groupe de travail à l’ONU sur l’utilisation des mercenaires. Il ajoute qu’un travail rigoureux sur la législation est nécessaire pour donner aux SMP assez de liberté pour agir sans outrepasser leur autorité et devenir de-facto des mercenaires.

Les SMP ont atteint leur apogée pendant les années 2000, à cause de leur utilisation dans les campagnes Étasuniennes en Afghanistan et Irak. L’ancienne et tristement célèbre SMP Blackwater, désormais rebaptisée Academi, s’est fait plus de 1 milliard $ grâce à ses contrats avec les États-Unis en 2007 ; en 2001, ce chiffre était de $ 700 000, selon le Forbes Russie.

Les États-Unis utilisent les SMP parce que leurs services, malgré les coûts exorbitants, sont moins onéreux pour le Pentagone que d’utiliser des soldats normaux, qui ont le droit à de nombreux avantages d’état, nous dit Golts.
 

Offre et Demande

La Russie est mûre pour entrer sur le marché des SMP, quand on considère le nombre élevé des 760 000 militaires professionnels à la retraite, sans compter les autres 300 000 jeunes hommes qui terminent leur service militaire chaque année, dit Golts.

« Nous avons probablement plus de gens qui savent comment manier une Kalachnikov que les États-Unis, » ajoute Golts.

Les domaines où les SMP russes auraient certainement de la demande sont les projets des sociétés russes transnationales comme Gazprom ou RusAl, qui emploient à l’heure actuelle des SMP occidentales, a dit Konovalov, du Center for Strategic Trends Studies.

Les contrats avec les Nations Unies pour le support logistique et en infrastructure pour les opérations de pacification sont une autre perspective réjouissante. La Russie était pour les Nations Unies le deuxième plus gros contractant pour de telles opérations (même sans les SMP), mais elle a été éjectée du top 10 ces dernières années, raconte Nikitin qui travaille à l’Institut d’État des Relations Internationales de Moscou.

Et puis, il y a des nations qui ont des relations plus qu’hostiles envers les pouvoirs occidentaux et qui ont besoin des services des SMP, dit le député Nosokvo.

Il ajoute qu’il y a  »les pays d’Afrique et d’Amérique Latine, par exemple. Ils n’ont juste pas d’offres alternatives pour le moment, mais nous pourrions leur en apporter une. »
 

Légaliser les  »Hommes Polis » ?

Cependant, selon les experts, les retombées de la guerre civile en Ukraine sont peut-être à l’origine du nouvel engouement pour les SMP.

La Russie annexa la Crimée  en Mars à l’aide des troupes de l’armée qui étaient masquées sans insignes, ils sont surnommés les «hommes polis» ou «petits hommes verts. » Poutine n’a admis que c’étaient effectivement des troupes russes qu’après l’annexion, après avoir nié leurs présences en Crimée.

La Russie a aussi été accusée, en août et cette semaine, de déployer ses soldats pour sauver les insurgés pro-russes de l’est de l’Ukraine de la défaite. Moscou ne l’a jamais admis, mais les rumeurs persistent, soutenues par une multitude de preuves suggérant que les troupes n’ont, soit pas été au courant de leurs déploiements dans une zone de guerre, ou contraintes de se faire passer pour des bénévoles retraités.

Les morts  supposées de soldats Russes dans une guerre pas transparente ont été accueillies au pays avec peu d’enthousiasme, et selon Golts, le Kremlin a donc pensé aux SMP.

Il ajoute que l’utilisation des SMP au lieu de troupes régulières dans des situations sensibles est une pratique commune à travers le monde. Mais un contrat avec une ou plusieurs SMP ne saurait éviter au Kremlin quelques atteintes à sa réputation si les uniformes sur le terrain sont perçus comme avançant sous la volonté du gouvernement.

De plus, une nouvelle convention des Nations Unies, actuellement en discussion, ferait des états qui engagent des SMP les responsables des actions qu’elles pourraient commettre, indique Nikitin qui travailla sur le brouillon de la convention.

Il assure que « La convention pourrait mettre trois, quatre ans à être ratifiée, mais quand elle le sera, elle changera les règles du jeu ».

Il a dénigré le projet de loi de Nosovko, en disant que c’était « trop simpliste ». Le projet doit être mis en conformité avec les documents existants, y compris le Code International de Conduite pour les Fournisseurs Privés de Service de Sécurité, et le brouillon de la convention des Nations Unies sur les SMP, proteste l’expert.
 

Une rude compétition

Les experts s’accordent pour dire que s’offrir une place sur le marché des SMP requiert bien plus d’effort que de simplement faire adopter un loi.

Le marché est dominé par des sociétés basées en Europe et en Amérique du Nord, qui, combinées, représentent 75% des 703 sociétés qui ont signé le Code International de Conduite pour les Fournisseurs Privés de Service de Sécurité, un ensemble de lignes directrices pour les SMP.

Les signataires forment un lobby dont on peut attendre qu’ils engagent leurs meilleurs avocats pour empêcher l’entrée sur le marché de rivales russes, nous dit Konovalov.

Il ajoute de plus, que ce sont les contrats avec les États-Unis qui sont les plus juteux, et que les SMP russes sont peu susceptibles de les gagner.

Golt indique qu’un autre obstacle peut être l’attitude des Russes vis à vis de leur service militaire. Pour eux, le service militaire est largement considéré comme étant un devoir civique plutôt qu’un travail bien rémunéré, ce qui n’encourage pas le travail militaire à but lucratif. 

Cependant, il y a une multitude de candidats pour garnir ce genre de société : la page de réseau social Antiterror, une des rare SMP Russe, regorge d’annonces de travail. Il y quand même quelques commentaires qui certifient qu’une expérience militaire préalable est nécessaire.

Antiterror ne fait pas de retour sur les commentaires. Mais des experts disent que la Russie a une poignée de SMP opérant dans une « zone grise » dans l’attente d’être légalisée.

« Nous aurons notre propre industrie de SMP, c’est inévitable, » dit Konovalov. « Nous allons juste attendre de voir à quel point elle va grandir une fois légalisée. »

 

Traduit par Florian Couteux pour Réseau International

Texte original : http://www.themoscowtimes.com/news/article/blackwater-ru-the-future-of-russian-private-military-companies/511056.html

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