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Noorinfo

Birame déclenche une guerre froide entre nos soufistes et Ould Dedew...


Lu sur le web
Mercredi 2 Mai 2012 - 13:08

Cet article est le plus complet sur le sujet. Un bravo à l'auteur qui a fait le tour du sujet avec brio ! Les francophones n'avaient pas jusque-là été mis au parfum au sujet des tensions entre les soufistes d'une part et Ould Dedew et Tawassoul de l'autre.


Birame déclenche une guerre froide entre nos soufistes et Ould Dedew...
L’Holocauste de Riadh' : Une véritable levée de boucliers.

Les médias mauritaniens ont donné un nom à l’initiative prise par Birame Ould Dah Ould Abeid et le mouvement IRA de brûler en public les livres du Fiqh malékite les plus vénérés dans le pays. Ils l’ont appelé "le Holocauste de Riadh".

Le geste jugé d’hérétique a provoqué une véritable levée de boucliers et a supplanté l’actualité nationale. Marches de colères, communiqués de condamnations, prêches virulents dans les mosquées, sorties des leaders politiques et religieux, jusqu’au président Mohamed Ould Abdel Aziz qui est sorti pour dénoncer.

Mais par delà ce fait, la politisation du geste commence à prendre le dessus, avec une majorité présidentielle qui semble avoir trouvé là, le moyen idéal de décapiter définitivement un mouvement casse-tête qu’il a toujours cherché à abattre, mais aussi une occasion de compromettre le principal ennemi, le parti islamiste Tawassoul et son guide spirituel, Cheikh Mohamed El Hassen Ould Deddew. La guerre prend même des ampleurs de règlement de compte entre le Soufisme et le Wahabisme, dont Ould Deddew est le maître à penser au niveau national. 

La course vers la condamnation de l’acte jugé profanateur de Birame Ould Dah Ould Abeid et de son mouvement antiesclavagiste IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste) est lancée. L’incinération en public de plusieurs livres du référentiel malékite en vigueur dans le pays, mais aussi dans toute cette partie du monde, le vendredi 27 avril dernier, a provoqué une réaction unanime de rejet. Les détracteurs du mouvement IRA s’en frottent les mains et pensent que Birame a creusé sa tombe de ses propres mains. Il est devenu subitement un paria que la plupart de ses partisans, cherchent aujourd’hui à fuir, selon leur analyse.

Les réactions n’ont pas tardé. Une monstrueuse et vociférante marche s’est ébranlée samedi soir en direction du Palais présidentiel. Les manifestants en colère ont été accueilli par le président Mohamed Ould Abdel Aziz en tenue du dimanche. Il a condamné l’acte et promis que l’Etat prendra des mesures fortes. Le soir, une unité de la police antiémeute prend d’assaut le domicile de Birame Ould Dah à Riadh, puis l’arrête ainsi que quatre de ses compagnons, après des échauffourées et une pluie de grenades lacrymogènes.

Les partis politiques sont sortis tous de leur réserve, dans une course à la montre, entre l’opposition et la majorité, à qui réagirait le premier.

L’opposition

La Coordination de l’Opposition démocratique (COD) au niveau de ses présidents s’est réunie pour prendre une décision commune par rapport aux actes délibérés du mouvement IRA à brûler les livres de base du Fiqh malékite en vigueur dans le pays. Pour l’opposition, il s’agit d’un crime impardonnable dont les auteurs doivent sévèrement punis. Le RFD (Rassemblement des forces démocratiques) a publié le lendemain de l’incident, samedi 28 avril 2012, un communiqué dans lequel il a condamné l’autodafé de Birame Ould Dah et de IRA, après avoir évoqué le degré de perfection du rite malékite, dont s’inspirent les pratiques religieuses en vigueur dans le pays et qui fondent son système juridico-judiciaire.

Pour le RFD, ces actes commis par IRA sont "symptomatiques de la déliquescence de l’Etat et de la déconfiture des valeurs sociales", trouvant qu’ils ne servent que le régime en place. Le parti islamiste Tawassoul, par la voix de son président Mohamed Jemil Mansour, a également "condamné la profanation d’ouvrages constituant une identité et un héritage qu’il faut préserver, respecter et consacrer pour réaliser toutes les ambitions".

Le guide spirituel du parti, Cheikh Mohamed El Hassen Ould Deddew a également fustigé, dans un communiqué diffusé hier, l’incinération publique de livres du Fiqh malékite en Mauritanie, qu’il qualifie d’incurie. Selon lui, Birame Ould Dah s’est trompé de cible dans son combat contre l’esclavage.

Majorité.

Le Parti républicain pour la démocratie et le renouveau (PRDR) a vivement réagi par la voix de sa présidente, Mintata Mint Hedeïd, contre le geste entrepris par Birame Ould Dah et son mouvement IRA. Le parti a demandé à l’opinion publique nationale à se dresser contre de tels agissements, une première en Mauritanie.

L’Union Pour la République (UPR), a également violemment réagi contre ce qu’il considère être une démarche hérétique et satanique, demandant la punition extrême pour ses instigateurs.

Le président du parti Renouveau Démocratique (RD), Moustapha Ould Abeiderrahmane, a quant à sa part soutenu que la lutte contre l’esclavage ne doit pas justifier l’incinération de livres vénérés en Mauritanie et égratigner la sensibilité religieuse du peuple en s’attaquant à ses convictions. C’est la quasi-totalité de la classe politique qui a ainsi diffusé des communiqués de condamnation.

Personnalités civiles

Parmi les personnalités religieuses, Ould Sidi Yahya, le prêcheur le plus adulé du pays pour son franc parler et son apolitisme, a été d’une modération exemplaire. Il s’est contenté de condamner l’incinération des référents religieux du pays, tout en invitant ses fidèles à la retenue et à la modération. Ce qu’a fait Birame Ould Dah relève selon lui d’une faute commise qui peut être réparée par des excuses et un repenti public. Le Syndicat du personnel de la santé a également publié un communiqué dans lequel il condamne l’incinération des livres du rite malékite qu’il qualifie de geste hystérique.

Le Syndicat se faisant le porte-parole du peuple mauritanien s’est cru obligé de s’excuser auprès des autres peuples africains et arabes ayant pour rite le Malékisme pour ce qui s’est passé dans le pays. Le geste de Birame a non seulement ravivé la guéguerre entre majorité et opposition, mais a mis en scelle une autre friction entre les Soufistes et Cheikh Mohamed El Hassen Ould Deddew.

Plusieurs leaders des Tarîqa soufistes ont en effet dénoncé l’attitude floue de Ould Deddew et du parti Tawassoul, qui seraient à leurs yeux les réels instigateurs du geste commis par Birame. Les érudits de ce courant philologique et ésotérique se sont attaqués à la Fatwa de Ould Deddew dans lequel il avait accusé les Soufistes d’innovation en matière religieuse et de légiférer hors des directives divines, allant même jusqu’à insinuer qu’ils ne seraient pas de vrais musulmans. C’est cette Fatwa selon les Soufistes qui aurait préparé le terrain à Birame Ould Dah et l’inciter à franchir le Rubicon.

A propos de la prière que IRA avait initiée vendredi dernier, les Soufis trouvent que cette prière séparatiste a eu lieu une seule fois dans l’histoire musulmane. C’était en 1948 sur un bateau en partance vers les Etats-Unis, lorsque le nommé Qotob dirigea une prière sur le pont avec une poignée de fidèles.

Selon les Soufistes, les référents religieux des Islamistes mauritaniens et du Cheikh Ould Deddew sont Ebnou Taymiya et Ibn Abdel Wahab aux sources fragiles selon eux. C’est de ces référents que serait née, diront-ils, cette animosité de Tawassoul contre le soufisme, en prenant pour source, une école dont les fidèles avaient brûlés des ouvrages du Fiqh.

Les Soufistes s’étonnent d’ailleurs de la manière avec laquelle le parti Tawassoul a condamné le sacrilège commis par Birame et ses partisans. Le parti se serait contenté selon eux de déclarer que "ce geste commis est contraire aux valeurs nationales", ce que les Soufistes considèrent comme une réaction compréhensible et non appréhensible face à l’incinération d’ouvrages qui contenaient des versets du Coran et des hadiths du Prophète (PSL).

Réaction de Birame Ould Dah Ould Abeid

En réaction à la levée de boucliers de la classe politique, Birame Ould Dah Ould Abeïd avait déclaré avant son interpellation que la coalition politique formée contre lui et IRA n’auront aucune influence sur la marche inexorable de son mouvement vers le changement radical qu’il compte mener en Mauritanie. La contre-réaction à son geste est selon lui amplifiée à dessein, affirmant avoir bien brûlé quelques livres de Khalil, de Ebnou Achar et d’autres.

Selon lui, la décision est irréversible et qu’il n’est plus question de prendre comme source de la religion autre que le Saint Coran et la Sunna du Prophète (PSL) au lieu des interprétations qui mélangent les textes sacrés, les opinions personnelles et les réalités du vécu quotidien. Il se dit d’ores et déjà prêt à toutes les mesures coercitives que le président Mohamed Ould Abdel Aziz et son pouvoir comptent prendre contre lui, mais qu’en aucun cas, il ne changera de position ni d’opinion par rapport à sa démarche.

Et d’ajouter "morts, nous alimenterons la révolution en Mauritanie et mettront fin post mortem à la chute du pouvoir de Aziz ; vivants, nous consoliderons la position du mouvement et son combat politique pour libérer les gens de l’emprise du système esclavagiste en vigueur et qui prend comme prétexte certaines interprétations erronées de l’Islam, qui est une religion de liberté et d’humanisme".

Pour lui, ces livres qu’il a brûlés légalisent la séparation familiale, le viol des esclaves, leur vente, leur prêt et leur échange. Il ajoutera "à chaque fois que je regarde dans les yeux de Saïd (un jeune esclave que IRA avait arraché à ses maîtres Ndlr), ou tout autre esclave privé de l’amour parental, je me rappelle de ceux-là qui légalisent pour les maîtres le droit de profaner l’intimité des gens sans raison ".

De l’autre côté, ajoutera-t-il en substance, "chaque fois que je parcours le Saint Coran ou la Sunna du Prophète (PSL), je me rends compte combien ces gens-là qui ont écris ces livres sont éloignés des sources de la prophétie ". Selon Birame, l’éloignent des gens des sources réelles de la prophétie sont les causes des malheurs d’aujourd’hui.

Sur son éventuel isolement politique après le geste unanimement condamné, Birame répond ; "aujourd’hui, nous sommes dans l’exécutoire de Abou Taleb (par référence à l’isolement du clan du Prophète dans le désert, quand les Mecquois les chassèrent de la ville et saccagèrent leurs biens pour les amener à renier la prophétie de Mohamed : Ndlr) ". Il se dit conscient de l’isolement dont il sera l’objet lui et ses partisans, ainsi que des exactions qu’ils subiront pour avoir choisi de ne s’en référer qu’au Saint Coran et à la Sunna du Prophète (PSL) au lieu de se référer à d’autres ouvrages. "Seul l’Histoire nous donnera raison sur ceux qui pensent qu’avec leur fausse puissance, ils peuvent vaincre la Vérité, celle des prêcheurs de la liberté".

Birame Ould Dah s’en est pris par la suite, avec virulence, aux leaders de l’opposition. Il dira que son geste a permis de dévoiler la nature réelle de leur pragmatisme et de leur fragile coordination bâtie, selon lui, sur des intérêts personnels. Il ajoutera que les chefs de l’opposition ne sont que des vils marchands, qui ne se différencient guère des marchands d’esclaves. A l’intention du président du parti islamiste Tawassoul Mohamed Jemil Mansour, du président du parti Hatem, Saleh Ould Hanana, et du vice-président du parti gauchiste l’UFP, Mohamed Moustapha Ould Bedredine, que "leurs vils communiqués montrent la fausseté des slogans qu’ils brandissent ".

Et il conclue "ce sont des marchands de principes, qui ne cherchent que le pouvoir à n’importe quel prix ". Il s’agit là, rappelons-le, de partis politiques qui étaient des alliés de Birame Ould Dah. Birame a par la suite précisé "si la priorité déclarée de Jemil Mansour et de l’opposition est le changement de pouvoir pour assouvir leur soif politique, nous à IRA, notre priorité c’est la libération des esclaves et des indigents.

Pas question pour nous de changer des esclavagistes par d’autres esclavagistes quels que soient la couleur de leur peau ou leur forme physique " Et d’ajouter à l’intention des parlementaires "en votant la loi incriminant l’esclavage, vous avez été les premiers à brûler les livres de Khalil et ceux des autres jurisconsultes des siècles passés".

Birame a rempli l’Imam Malick Ibn Aness de louanges, trouvant qu’il fut réellement un véritable Imam de la Sunna, et qu’il avait refusé avec courage à son époque de se ranger du côté des dictateurs. A ce titre, dira Birame, il mérite le respect. Quant à ses disciples, il trouve qu’ils ont perverti la religion et gâché la vie de générations d’hommes et de femmes par leur interprétation dont les érudits locaux se seraient vite emparés pour légaliser l’esclavage. Birame déclare avoir épluché tous les livres qui ont été brûlés et qu’il a enlevé toutes les pages contenant les noms divins ou des versets du Saint Coran avant d’incinérer le reste.

Cette étape marque selon lui une nouvelle étape dans la désacralisation du Fiqh local, celui des esclavagistes. Ces propos ont été recueillis quelques minutes avant l’interpellation de Birame Ould Dah par une unité spéciale de la police. Le président de IRA est invité à prononcer un mot le 7 main prochain devant le Parlement européen à Bruxelles.

Dans un communiqué publié hier, le mouvement IRA a condamné les conditions dans lesquelles la police a arrêté Birame Ould Dah, la nuit dans son domicile, sans mandat d’un juge, d’une manière violente et contraire aux dispositions de la loi. La police a non seulement semé la panique dans le quartier, dira IRA, mais elle a coupé l’électricité dans toute la zone pour mater en toute impunité les militants de IRA massés devant le domicile de leur leader.

IRA regrette que la police, même après que Birame se soit rendu volontairement sans violence, ait continué à user de la force exagérée, empoisonnant l’air par des grenades lacrymogènes et des bombes assourdissantes. Résultat, la police a pratiquement brûlé la maison de Birame et certains de son matériel. IRA déplore cette utilisation non justifiée de la force, et les nombreuses blessures qui s’en sont suivies dans les rangs des membres.

Cheikh Aïdara.
www.lauthentic.info


              

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