Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Birame Ould Dah Ould Abeid: Le "Ghandi de PK8"


Société
Mardi 10 Décembre 2013 - 12:47

Figure de proue aujourd'hui des mouvements anti-esclavagistes, et pour les droits des opprimés, en Mauritanie, Birame Ould Abeid a plus que jamais la flamme révolutionnaire. Surtout après la décision de l'ONU, de lui accorder le Prix des Nations Unies pour la Cause des Droits de l’Homme 2013. Portrait d'un homme de combat.


Birame Ould Abeid à droite, à la brigade des mineurs à Nouakchott. Crédit : Noorinfo/MLK
Birame Ould Abeid à droite, à la brigade des mineurs à Nouakchott. Crédit : Noorinfo/MLK
Mise à jour : Mardi 10 décembre 2013
* Article publié sur Noorinfo la première fois en août 2011.


—————

Assis en tailleur, sur une natte rapiécée, au pied du comptoir de la brigade des mineurs, Birame Ould Abeid, barbe poivre-sel de quelques jours, les yeux cernés, dans un boubou blanc immaculé, jongle entre son téléphone portable, son ordinateur et les questions d'un journaliste. Leur discussion porte sur l'agression dont son groupe et lui ont été victimes. «Les parents de Aicha Mint Saibott, l'esclavagiste arrêtée il y a deux jours par la police, ont déboulé ici armés et menaçant de tuer tout le monde. Ils ont tabassé quelques policiers, qui les ont exfiltrés par la suite. On a encore là, la preuve éclatante que l'administration de ce pays n'œuvre exclusivement que pour une communauté.» explique le président de l'initiative pour la résurgence abolitionniste (IRA) au journaliste.

À côté et aux alentours, des dizaines de personnes campent près de Birame, leur «messie attendu» comme le qualifie un avocat rallié à sa cause.

<<< Lire sur le sujet : Birame Ould Abeid, président de l’IRA-Mauritanie : "C’est une véritable colonisation économique, après celle administrative à laquelle on assiste en Mauritanie" >>>>
 
«On l'attaque pour s'être accaparé un combat essentiel pour l'avenir du pays. Qui peut l'attaquer sur le fonds de ses revendications égalitaristes? Personne de bonne foi» affirme le jeune avocat.

Quel qu'en soit le prix

Père aux 46 années sonnantes, de cinq enfants, âgés entre 2 et 16 ans aujourd'hui, Birame conçoit la difficulté de concilier une vie de famille pleine, avec ce combat auquel il «dédie sa vie». D'autant que sa progéniture en pâtit parfois, à l'école notamment, où «certains d'entre eux sont pris à parti» rapporte Birame. Mais ce «combat est essentiel», en tout cas à ses yeux, pour «tous ceux qui rêvent réellement d'une Mauritanie unie, sur les décombres d'un système ségrégationniste» considère-t-il, de sa maison toujours situé à PK 8, presque à la sortie de Nouakchott, en direction de Rosso.

"Mon combat est pour cette frange de la population délaissée, bafouée de tous leurs droits. Un des aspects pour garder la vigueur de ce combat était de choisir de rester parmi eux, parmi leurs difficultés, pour mieux les appréhender, et ne jamais faiblir, ne jamais être tenté par la corruption des idées" développe-t-il un jour, à la question d'un journaliste étonné de toujours le voir habiter ici, même à l'époque où il travaillait au commissariat pour des droits humains, avant d'être "licencié pour son combat".

Birame Ould Dah Ould Abeid: Le "Ghandi de PK8"
Révolté de la première heure

«Birame a toujours été choqué par la structure de la société mauritanienne; il en a toujours fait état, et d'ailleurs cela a orienté ses études par exemple» estime un observateur des mouvements abolitionnistes en Mauritanie. Ce choc viendrait aussi de ses origines tout simplement.

Né à Jidrel Mohguen, près de Rosso, où il a passé la totalité de sa jeunesse, Birame Ould Dah Ould Abéid est issu d’une famille modeste. Propriétaire terrien et de bétail, son père faisait parallèlement du commerce entre le Sénégal et la Mauritanie. Après l’obtention de son baccalauréat, il entre dans l’administration judiciaire en tant que greffier. Sa soif de découverte et de connaissance le pousseront à s’inscrire à l’Université de Nouakchott où il aura sa maîtrise en droit. À la suite de cela il obtient un DEA en droit à l'université Cheikh Anta Diop à Dakar.

<<<< Sur Birame Ould Abeid : Birame Ould Abeid brûle des recueils de Khlil, Ibn Acher et d'autres, qu'il qualifie de "pro-esclavagistes". >>>>

Sympathisant du mouvement égalitariste El Hor, Birame Ould Dah Ould Abeid a très tôt milité dans les mouvements d’élèves et étudiants avant de déposer ses baluchons à l’UFD/Ère Nouvelle, dirigée à l’époque par Ahmed Ould Daddah. C’était le parti d’opposition qui était en vogue. Mais, son passage dans ce parti ne sera que de courte durée. «Je l’ai quitté en 1993 lorsque j’ai constaté qu’il était devenu un parti dans lequel s’était installé le système social mauritanien que je critiquais» explique-t-il.

En 2007, il intègre l'équipe de Zeine Ould Zeidane, ZZ, dont il sera le communicateur principal. «Lâché par celui-ci après sa troisième position à l'élection présidentielle», selon un proche, Birame aurait revigoré son combat pour la cause haratine, au-delà même, négro-mauritanienne, après ce qu'il aurait perçu comme une trahison de la part de ZZ.

Cette ultime déception politique, et sociale, le convainc que le «salut des opprimés» passera par une fermeté et une volonté inébranlable, et à manifester à chaque occasion. Maintenir la pression donc. Ce qu'il fait maintenant depuis bientôt quatre ans.

Birame se pose en homme d'un combat qu'il veut porter aussi sur le champ international, comme ici lors d'une conférence anti-esclavagiste en Allemagne
Birame se pose en homme d'un combat qu'il veut porter aussi sur le champ international, comme ici lors d'une conférence anti-esclavagiste en Allemagne
Un combat de «Justes»

Rentré depuis quelques jours à peine d'un périple en Europe, Birame Ould Abeid développe son envergure internationale. «Messaoud n'avait pas de dimension internationale, que Birame cherche incontestablement à avoir» analyse un directeur de publication qui a eu à le côtoyer. «C'est nécessaire. Les combats de ce type sont des rapports de force, alors nous allons chercher partout des forces qui peuvent, veulent se joindre à nous, ou au moins nous aider à raffermir nos positions ici.» se justifie hargneusement Birame.

Selon la plupart de ses proches, même de ceux qui le jugent «extrêmiste», cette hargne est ce qui le caractériserait le plus. «Quand il tient un problème dans les mains, il est tel le molosse avec un os dans la gueule. Il ne lâchera rien, quelques soient les conséquences» témoigne un éditorialiste de la place. Birame estime que sans cette hargne, sans cette «volonté extrême que certains assimilent à de l'extrémisme», les choses n'auraient pas bougé. «La route est encore longue, même si des avancées inédites sont indéniables depuis quelques années. N'oubliez jamais que c'est avec nous que les intouchables ont été touchés, gardés dans leurs tours d'ivoire par l'argent, leurs agents religieux» raconte fiévreusement le président de l'IRA.

«Notre combat a plongé le groupe dominant dans le doute. Des ébullitions sont à venir à Nouakchott et à l'intérieur du pays. Il y aura un fort mouvement pour les droits civiques de tous les groupes opprimés du pays» promet Birame Ould Abeid.

Et les dates du 27 et 28 novembre reviennent dans toutes les bouches, ce jeudi après-midi. «Ce sera une épreuve populaire, comme l'état n'en a jamais connu. En quatre ans nous somme fiers de dire que nous avons fait ce que tous les autres réunis n'ont pu faire en 40!» clame une proche amie venue le soutenir.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              


1.Posté par kalladjo le 15/08/2011 13:33
Tous les mauritaniens victiment au quotidien d'injustice se reconnaissent à travers son combat. La plupart des cadres de ce pays par peur des représailles évitent de s'afficher. L'hégémonie bidannes a vraiment eu ses effets...

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter