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Bien loin du retour d’Aziz, des artistes mauritaniens heureux et des nouvelles de Marie-Françoise Delarozière…


A.O.S.A
Lundi 26 Novembre 2012 - 02:19


Mamadou Anne et Sylvain Fourcassié
Mamadou Anne et Sylvain Fourcassié
Enfin j’entends sa voix, du moins ses mots.. Ah ! Du temps de Delarozière me disent tant d’amis maures en parlant de ce temps où ils étaient plus jeunes… Ils en parlent toujours comme d’un paradis perdu… C’était le temps d’avant la survie qui ne laisse aucune place à la lecture, fini le temps de pouvoir zigzaguer dans les couloirs de la bibliothèque du CCF. Il y a quelques temps, j’ai accompagné un ami, de ces maures-là, qui n’avait plus mis les pieds au CCF depuis le départ de Delarozière. Fallait voir sa tête, il m’a dit qu’il a lu presque tous les romans de la place, je veux bien le croire. 
 
Qui est cette fameuse Delarozière mythique, celle du temps où le rêve était permis dans une société mauritanienne où l’on finit par ne plus avoir le temps de rien sinon le temps de n’avoir plus que le temps de se plaindre du temps qui manque ou du temps de trop à perdre son temps ? On n’en saura jamais rien sinon qu'elle fut une remarquable directrice du centre culturel français avant les murs et les barbelés...
 
Voilà soudain qu’on l’entend nous parler de bien loin… Ce sont ses mots portés par la voix cristalline d’Emilie qui lut cette lettre comme on donne vie avec un naturel parfait et une dextérité exquise jusqu’aux liaisons sans forcer; juste le ton qu’il faut pour faire résonner dans cette salle les mots pleins et entiers d’une amie qui se souvient la main sur le cœur et les yeux dans le vague.
 
Rarement nous avons eu droit à plusieurs moments de sincères émotions. 
 
Toute la salle jusqu’à Barcelone a bondi de joie en apprenant que Hussein Haidara a eu le prix Delarozière, prix du Jury à l’unanimité ! Ce garçon est l’être le plus charmant que j’aie rencontré dans le monde des artistes. A peine peut-on entendre sa voix. D’une timidité inouïe. Devant lui, on craint de remuer l’air de peur de l’affecter. Il n’a pas démérité car pour un artiste c’en est un. Un artiste plein d’un vacarme silencieux comme une lumière qui s’étouffe pour laisser sa place à d’autres. C’est le protégé de notre artiste nationale, la plus mauritanienne de toutes, Isabel Fiadeiro, assise à mes côtés quand elle bondit de joie pour lui.
 
Une autre a de quoi être heureuse mais elle n’était pas là, c’est Eléna Barroso, notre pénélope, ce jeune inconnu à qui elle a donné un toit pour exercer son art a reçu la mention spéciale du jury ; ce n’est pas rien pour un jeune talent qui déploie ses ailes : Hamady Diallo.
 
Mention spéciale aussi à une charmante toute jeune artiste, Nebghouha Mint  Abdellahi (Faiza)
 
Le prix Wane Bocar, prix du public, fut décerné à un sacré personnage : Mohamed Aly ! Un artiste peintre à plein-temps. Il est le seul à adhérer à l’Union des Artistes Peintres Africains dont le siège est à Addis-Abeba. Personnage incroyable comme peuvent l’être à leur façon Mamadou Anne, Mokhis, Hamed, Sidi Yahya et bien d’autres diables dont l’univers artistique fait l’objet d’une première thèse de doctorat en anthropologie par Francesca Nucci.
 
Qui n’a pas connu la première maison des artistes peut difficilement savoir qui sont ces sacrés personnages.
 
Quant au critique et historien de l'art, Philippe Piguet, arrière-petit-fils de Monet, à chacun son prophète, c’est quelqu’un de fort sympathique, de compétent et de simple surtout. Il donne une dernière conférence à la maison des artistes tout à l’heure à 17h sur l’histoire de l’art.

Merci à tous de nous permettre gratuitement de changer d’air. Quant aux photos, nous attendrons celles de nos journalistes, les miennes sont toujours nulles faute d’avoir eu le temps de régler l’appareil.

Vlane.aosa

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Bien loin du retour d’Aziz, des artistes mauritaniens heureux et des nouvelles de Marie-Françoise Delarozière…
Voici la poignante lettre de Marie-Françoise Delarozière…
 
«  A monsieur Bourdais
 
Rêver toute sa vie «d’échanges de Cultures» et voir son nom participer au Premier Salon mauritanien des Arts Plastiques est magique.
Cet honneur me touche infiniment et je remercie avec émotion l’Union des Artistes Peintres de Mauritanie et l’Institut Français de Nouakchott. Merci.
 
J’ai tant espéré qu’un jour, les Artistes mauritaniens en Arts Plastiques auraient le courage, parce que ce n’est pas toujours facile, de se confronter à un public, de montrer leurs créations et que l’Institut Français les accueillerait. C’est un bonheur réalisé.
 
Il y a bien longtemps, mais il me semble que c’était hier, un petit garçon mauritanien, fort sérieux, a frappé à ma porte, qui d’ailleurs n’était jamais fermée, et il est entré dans mon bureau. Je me souviens qu’il retenait dignement, d’une de ses mains, sa derraa blanche au creux de ses reins… Nous avons échangé des salutations.
 
«Je suis venu, me dit-il, vous féliciter » et moi (très surprise) de lui répondre «mais pourquoi donc !» - «Parce que vous avez fait des dessins pour mon livre de lecture». Cette réponse m’a infiniment émue et je ne l’ai jamais oubliée.
Et puis un jour, à Oualata, les enfants de l’Ecole m’ont offert, pour la même raison, leur petit jeu de noyaux de dattes sculptés. Il fait partie de mes trésors.
L’Art et la Poésie ont fait ma vie.
 
Aujourd’hui, je voudrais partager cet honneur avec tous ceux qui m’ont fait le plaisir de réaliser avec moi des rêves, des découvertes, des créations, des surprises, des folies parfois, des rencontres merveilleuses, et qui m’ont permis d’espérer un Monde de Paix débordant d’Artistes.
Je vous prie d’accepter un bouquet de remerciements.
 
Je remercie la Mauritanie qui m’a reçue avec amitiés et qui m’a permis de rêver avec toute une génération.
Je remercie tous les artistes mauritaniens, et je n’oublie ni les calligraphes, ni les teinturières et les artisanes du cuir amoureuses des couleurs, ni les perlières qui m’ont fait tant rêver, ni les forgerons-bijoutiers créateurs, ni bien sûr les poètes, si nombreux, les musiciens et les acteurs…
 
Je remercie tous les « coopérants », qu’ils aient été professeurs ou techniciens, qu’ils aient été français ou étrangers, ainsi que les diplomates sympathisants, qui ont partagé mes rêves et les ont souvent précédés.
Je n’oublie pas tous ceux qui au Centre Culturel m’ont aidée sans mesure. Je leur dois des années de bonheur partagé.
 
Lorsque je fais des ateliers de poésie avec les enfants de mon village, je leur affirme toujours, ce qui les amuse beaucoup, que ce sont les poètes, les musiciens et les acteurs et surtout les artistes un peu fous qui sauveront la Planète.
C’est cette mission que je vous confie, avec des vœux chaleureux. Merci.
 
Cadenet le 20 octobre 2012
 

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chezvlane


              

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